No Impact Man

«Pour devenir No Impact Man, il ne suffit pas d’entrer dans une cabine téléphonique et d’en ressortir avec un slip enfilé par-dessus le pantalon, déguisé en super-héros écolo».

«Pour devenir No Impact Man, il ne suffit pas d’entrer dans une cabine téléphonique et d’en ressortir avec un slip enfilé par-dessus le pantalon, déguisé en super-héros écolo».

Les super-héros ont le vent en poupe. Nous avions découvert leur vie sexuelle. Nous allons en rencontrer un nouveau, No Impact Man, «un nom de guerre qui donne une carrure de super-héros environnemental» : Colin Beavan qui décide de ne plus rester les bras croisés face au réchauffement du climat, à la disparition des ours polaires, à la fonte des glaces, l’éradication des forêts et autres catastrophes écologiques annoncées.

Comment réduire son bilan carbone quand on a 42 ans, qu’on vit en plein Greenwich Village, au 9° étage d’un immeuble new-yorkais ? Parce qu’avoir une empreinte énergétique neutre signifie bien entendu ne plus utiliser inutilement l’électricité ou le pétrole : ascenseur, frigo, taxis, micro-ondes… mission difficile quand on a une fille de 18 mois, un chien et qu’on est marié à une fashionista élevée à «la culture American Express Gold». Mais rien d’impossible pour No Impact Man qui se lance dans une aventure d’un an, narrée dans ce drôle de journal de bord.

«Je n’avais pas l’intention de faire dans la demi-mesure, de me contenter d’utiliser des ampoules basse consommation ou de recycler à tout-va. L’idée était d’aller aussi loin que possible, d’atteindre le zéro impact environnemental. Je visais non seulement le zéro carbone, mais aussi le zéro déchet, zéro pollution dans l’air, zéro toxine dans l’eau, zéro source pompée à la planète. Je ne voulais pas seulement réduire mon empreinte carbone à zéro. Je ne voulais avoir aucune empreinte écologique».

Colin Beavan a mené son expérience en famille, au jour le jour, en tenant un blog. Le New York Times a fait son portrait et il est devenu une sorte de porte-parole écolo, «mon expérience a fasciné la presse du monde entier et je me suis retrouvé pris dans une tempête médiatique parfois centrée, à mon grand désespoir, sur le fait dérisoire que j’avais opté, en matière d’hygiène intime, pour une méthode plus écologique que le papier-toilette», écrit-il en introduction de No Impact Man. De la vie quotidienne au blog, du blog au livre (en France d’abord chez Fleuve Noir et aujourd’hui en 10/18) et du livre au film.

De la nourriture exclusivement bio au «marasme existentiel des poubelles», de la climatisation coupée au chou, du no Fiat Lux à «la vie après une année sans papier toilette», nous voici invités à partager une drôle d’expérience un peu loufoque et jusqu’au-boutiste mais qui a pour but, au-delà du sourire, de nous faire réfléchir à notre civilisation de la surconsommation et à la manière dont, nous aussi, nous pourrions changer le cours des choses. Parce que si la météo se dérègle, ce n’est pas que de «la faute de George Bush», comme le pensait Colin. Chacun doit agir. Ce qui pose des problèmes concrets immédiats et bassement matériels, voire triviaux : Dans quoi se moucher ? Qu’utiliser à la place du PQ ? Comment et que manger ?

Le combat quotidien de la famille new-yorkaise contre son bilan carbone est prétexte à une chronique savoureuse et souvent drôle qui égrène cependant des chiffres et des faits qui font froid dans le dos, très sérieusement répertoriés et référencés en fin de volume.

«Pondre des philosophies est une choses. Inventer des règles de conduite pratiques qui ne mèneraient pas au divorce en est une autre». Tel est l’enjeu de ce livre très sérieux sous son comique décapant : non devenir un No Impact Man, ce qui est évidemment impossible, mais au moins, un «homme à impact modéré».

CM

Colin Beavan, No Impact Man, traduit de l’américain par Joëlle Touati, 10/18, 313 p., 8 € 20

À noter, No Impact Man est bien entendu imprimé sur du papier 100 % recyclé, à haut niveau d’éco-responsabilité, bilan carbone neutre. Évitez simplement de le lire sous un halogène ou dans votre voiture.

Prolonger : Le blog de Colin Beavan

Un documentaire, sélectionné au Sundance Film Festival 2009, a été réalisé par Laura Gabbert et Justin Schein. Vous pouvez voir sa bande-annonce en en-tête de cet article.

Extrait numérisé.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.