Méli-Vélo

Le 96 ° Tour de France part (de Monaco) samedi 4 juillet 2009. Voici, pour réviser vos fondamentaux, un dictionnaire du vélo, « amoureux » et malicieux, dû à Paul Fournel, oulipien et petitereinophile (bécanofan ?).

Le 96 ° Tour de France part (de Monaco) samedi 4 juillet 2009. Voici, pour réviser vos fondamentaux, un dictionnaire du vélo, « amoureux » et malicieux, dû à Paul Fournel, oulipien et petitereinophile (bécanofan ?).

 

Cet abécédaire — qui juxtapose définitions sportives, digressions argotiques, portraits, lieux mythiques, anecdotes, citations littéraires — était nécessaire, comme le souligne l’une des citations en exergue :

« Les dictionnaires qui possèdent la réputation d’avoir raison sur tout se trompent sur un point : le vélo n’est pas un moyen de locomotion. C’est un conte de fées » (Jean-Noël Blanc, La Légende des cycles).

Un délice de mots, également. Réjouissant, même pour les ignares de la discipline. « Le vélo est une langue », comme le rappelle Paul Fournel en introduction, une langue de l’effort, de la sueur, des joies et douleurs. Une langue parfois verte, souvent lyrique. « Le vélo est un espace lyrique. On peut, entre amoureux du cyclisme, s’indigner, admirer, pousser les hauts cris, glorifier les jeunes et les anciens, vilipender les traîtres et les tricheurs, aimer jusqu’à l’aveuglement, s’emporter, parier, jurer. » Le vélo se vit et se dit. En juillet, il nous transmet la xanthopsie, « cette curieuse maladie se caractérise par le fait qu’elle fait tout voir en jaune ».

Grâce au Méli-Vélo, les grandes expressions du cyclisme n’auront plus de secret pour vous. Vous saurez comment pédaler, pédaler avec les oreilles, pédaler carré, pédaler dans l’huile… Prenons, avec une subjectivité assumée, « Chasse-patate » pour exemple :

« Se retrouver en chasse-patate, c’est se retrouver dans une position inconfortable entre les échappées et le peloton. La position est particulièrement délicate parce qu’elle est indécise et que les options sont peu nombreuses. Les chances de rentrer sur le groupe à l’avant sont minces, et se laisser reprendre par le peloton, c’est accepter de perdre une avance chèrement construite ».

Au chasse-patate, Richard Virenque dit préférer « bâcher » (« abandonner », autre entrée de l’abécédaire). Chaque entrée ouvre des paysages, des perspectives. Se développe par une citation, une anecdote, une légende, un parti-pris. Ce dico est un Tour des Mots du vélo, avec ceux que l’on croyait connaître et dont on découvre le sens caché (autobus, cocottes, emballage), ceux, si verts et délicieusement poétiques (compter les pavés, coup de cul, sorcière aux dents vertes, avoir un coup de bus). Ceux qui demeurent malheureusement sous les feux de l’actualité, comme « dopage », auquel Paul Fournel redonne une densité autre, en déroulant ses synonymes :

« Marcher à la topette, se charger, allumer les phares, bourrer le canon, charger la chaudière, charger la mule, pousser les feux, saler la soupe, etc. »


Ce Méli-Vélo se lit comme un roman, engagé, qui sait prendre position, mais aussi comme un dictionnaire amoureux, à lire en grappillant ou d’une traite. Chaque définition comme une étape, pour les amateurs de vélo et/ou de langue française. Une fois lu Méli-Vélo, vos commentaires du Tour seront épatants, et vous pourrez « flinguer » vos interlocuteurs, au sens cycliste du terme, bien sûr, les distancer dès les premiers mètres.

Tous en selle ! Ce Méli-Vélo en a sous la pédale !


Paul Fournel, Méli-Vélo, Abécédaire amoureux du vélo, Points, 246 p., 6 € 50.

Première page :

« Le vélo est une langue. Une langue ou tout se mêle dans l'essoufflement de l'effort. Une langue de cris. Une langue d'alerte et de joie qui perd dans Le silence de la montagne et se retrouve au coin du bois. Une langue du soir, paisible qui raconte et reraconte le souvenir des grands et des petits exploits.

Je la parle couramment depuis mon enfance et la voici rangée de A à Z. L’alphabet met de l’ordre dans les mots et dans les sentiments. Il met de l’ordre dans mon amour du vélo.

Ce petit dictionnaire fait la part belle aux mots du peloton : on y flingue, on y bâche, on y gicle ; mais aussi aux coureurs que j'admire les Robic, les Anquetil, les Merckx ; aux montagnes que je grimpe, l’Izoard, Le Galibier. Le Tourmalet ; aux batailles héroïques des grands Tours et aux balades du dimanche dans la vallée de Chevreuse. C'est l'abécédaire d'une passion paisible pour le vélo, cet engin merveilleux qui vous emmène sans bruit, plus vite que vous-même, jusqu'au bout de la route. »

Paul Fournel

Coincer (définition) :

Coincer, c’est ne plus pouvoir. Il existe mille façons de coincer et chaque cycliste en expérimente de nombreuses au cours de sa carrière. On coince n’importe où, n’importe comment. On coince dans une bosse que d’ordinaire on avale sur le grand plateau, on coince dans le col que l’on préfère, on coince dans une petite sortie pépère du dimanche matin, on coince au détour d’un virage sur une petite route paisible. En général, on met les mains en haut du guidon et on laisse filer, à bout de forces. Coincer est imprévisible, sinon on ne coincerait pas. Coincer est désagréable physiquement puisqu’on se retrouve sans force, mais coincer est aussi moralement difficile puisqu’on se retrouve sans désir. Ensuite, c’est selon : ou bien on s’enfonce dans un vrai coup de pompe ou bien on se décoince peu à peu et on se refait la cerise. Dans tous les cas, l’étendue des dégâts est considérable.

Paul Fournel

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