Pour Christiane Taubira, «l'affect ne doit pas nous submerger»

Interrogée à propos du débat actuel autour de l'article 20A du projet de loi Égalité réelle Outre-Mer, Christiane Taubira a réagi en fustigeant l'impasse de l'idéal victimaire, et en appelant à un projet commun.

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C'est toujours la force des aguments de Christiane Taubira, que de nous inciter à regarder plus haut et plus loin. Interrogée lundi 16 janvier à propos du vif débat autour de l'article 20A du projet de loi Égalité réelle outre mer, l'ex-Garde des Sceaux a reconnu que deux visions mémorielles de l'esclavage s'affrontent dans ce débat, avant de fustiger l'enfermement que représente la victimisation : 

"Je pense à un très beau texte de James Baldwin qui s'appelle "La prochaine fois le feu". Dans une lettre, il explique à son neveu comment le peuple africain américain est un peuple extrêmement résistant et robuste. Parce que même lorsqu'il est resté sur les plantations, même lorsqu'il a subi l'esclavage, il ne s'est pas vécu comme victime, il s'est vécu comme sujet de droit, comme être humain, il n'a jamais accepté la dénégation de son humanité, de son intégrité humaine. Il a construit l'Amérique de cette façon-là, il a donc des droits sur la nation américaine, parce qu'il a construit l'Amérique y compris lorsqu'il était soumis à l'esclavage. Je crois que c'est cette vision qui peut émanciper, grandir, rendre plus fort et permettre de maîtriser à la fois sa destinée individuelle et collective."

 

Entretien avec Christiane Taubira, 16.01.2017

Pour l'intégralité du texte de l'entretien : http://m.la1ere.francetvinfo.fr/christiane-taubira-commemorations-esclavage-affect-ne-doit-pas-nous-submerger-433927.html

 

Victimes et résistants, filiations et héritages

C'est encore vers la parole de grand sens portée par Christiane Taubira que je me retourne aujourd'hui, dans le flot des confusions auxquel on assiste actuellement. Le 29 mai 2015, nous l'avions invitée, alors qu'elle était encore Gardes des Sceaux, à une rencontre avec des lycéens, à Paris, Maison de la Poésie. L'occasion pour celle grâce à qui la loi française reconnut l'esclavage comme crime contre l'humanité, de nous redire non seulement le sens de son combat d'alors, mais encore combien en replongeant dans cette histoire, elle avait retrouvé la trace de l'éminente dignité de femmes et d'hommes qui jamais n'acceptèrent la domination et l'oppression. Elle avait retrouvé les sujets agissants derrière les bien meubles, les résistants derrière les victimes. Ce jour-là, elle nouis dit aussi qu'au delà des recherches certainement utiles des filiations, elle portait en elle tous les héritages, et nous y avions vu le signe actif de ce que Glissant nomme la Relation. J'invite encore ici tous à réécouter Christiane Taubira : 

Christiane Taubira, 2015 © INSTITUT DU TOUT-MONDE

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