Billet de blog 1 sept. 2014

T3. Le peuple qui fait l’Histoire.

Le peuple ne figure pas dans le vocabulaire néolibéral. Pour la finance, le peuple n'existe pas. Cependant beaucoup d'acteurs politiques s'en réclament ou le citent pour l'écraser. Le Peuple qui fait l'Histoire, ce n'est pas la foule ! 

michel-lyon
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Le peuple ne figure pas dans le vocabulaire néolibéral. Pour la finance, le peuple n'existe pas. Cependant beaucoup d'acteurs politiques s'en réclament ou le citent pour l'écraser. Le Peuple qui fait l'Histoire, ce n'est pas la foule ! 

1. Il ne s’agit pas de la foule malléable, que l’on utilise, que l’on menace, que l’on assomme de méga sonos dans des supers stades, que l’on flatte avec des supers divertissements, que l’on berne de mensonges et pseudo sciences, ou de romans ésotériques fertiles en obscurs complots, que l’on fait consommer et cotiser … Et soumise à des concours de démagogie pour glaner ses votes. Vue par la haute finance, un méprisant qualificatif : Racaille !

Le Peuple de Paris a fait la Commune.

Le Peuple a surgi en Mai-Juin 68

Le Peuple apparaît lorsque les pouvoirs, les autorités, et les bergers  sont démythifiés. Quand se rompent la soumission et la peur. Dans ses luttes, le Peuple se gouverne lui-même !

 2. L’exploitation capitaliste, l’aliénation, ce n’est pas seulement un abus de la force de travail. C’est aussi et principalement, une domination idéologique qui nous entraîne dans ses pseudos logiques, qui nous amène à contribuer à notre exploitation, pour que nous soyons notre propre chiourme. Actuellement, la pseudo science économique nous persuade qu’il n’y a pas d’autre alternative que ce que dicte la finance.

Le premier pas de l’émancipation, c’est le rejet des leurres, la démystification. Penser par soi-même une autre façon de vivre.

L’émancipation est un processus sans fin, individuel et collectif au fil des combats menés. Avec des avancées et des reculs. Notre édition « Résister. Créer » donne un petit aperçu de sa richesse, de sa multitude. Ce n’est pas encore le peuple, Mais c’en sont des germes. Rien à voir avec une performance d'intellectuel !

3. Pas n’importe quels combats : les cortèges pour interdire les mariages homosexuels, au nom d’une image de « la famille »  qui n’a existé que dans l’imaginaire bourgeois et fondée sur la soumission de la femme, cela fait désormais partie de l’arsenal idéologique d’extrême-droite. 

Pas la seule classe ouvrière. Car le pas peut être franchi par des personnes de toutes les couches sociales.

 A l’appel d’un syndicat, des travailleurs arrêtent le travail, bien ! Mais cela ne signifie pas lutte autogérée, si simplement ils ont suivi le mot d’ordre, et attendent ce que le syndicat va dire de faire ensuite.

Cependant, à tout moment, il y a, depuis les années 60, quelque part des aliénés qui cassent leur aiénation. Un atelier se met en grève illimitée, un cadre livre à la presse les malversations de son employeur, des jeunes vont s’installer dans l’Ardèche, des cultivateurs qui font barrage aux usines à bestiaux, ou s’opposent aux produits chimiques, des poètes qui disent ce que nous n’arrivons pas à exprimer, etc, etc…


Il y a profusion de ces ruptures : je le vois encore plus avec la rubrique « Résister. Créer » (Il ne s’agit pas de réaliser une exposition. Mais de favoriser des liens, des échanges d’expériences.)

4. Cela ne constitue pas « le peuple », mais ce sont des germes.

Mai-juin68 a été un moment où beaucoup de gens qui s’étaient dégagés du carcan, qui avaient engagé des combats depuis plusieurs années se sont mis penser autrement, se sont mis à penser une autre société. Il y eut alors des moments de liberté et de fraternité incroyables.

 C’était le cas de certains ateliers, en accord avec leurs délégués CGT dynamiques, qui se sont mis en grève, puis en grève illimitée pour avoir le temps de débattre. De plus en plus largement imités, avec occpation d’usine pour ne pas en être expulsés. 

Mais j’ai vu aussi les ouvriers Berliet bien encadrés par la CGTaussi, fermer le portail « pour protéger l’usine », à l’approche d’un cortège d’étudiants ! Là, si on occupait, c’était pour protéger l’outil de travail…

Plus récemment, l’une des manifs intersyndicales « Retraites » à Lyon a drainé énormément de monde. D’importants groupes dynamiques sont venus des villages des monts du lyonnais, …, les Libraires indépendants, etc, etc …j’ai pris plein de photos,  chaque famille avait fait sa banderole, et les enfants leur pancarte au feutre et une incroyable ambiance de fête.

Je dis simplement qu’aujourd’hui il y a des moments, des circonstances où le peuple apparait et se sent vivre… Ce n’est pas simple vue de l’esprit.

Mais c'est localisé, éphémère, et la pesanteur reprend le dessus.   On se sent étouffer, comme dans les années avant mai-juin 68 !

 On a vu, par exemple en Egypte, en Tunisie à certaine périodes, les combats du peuple briser les soumissions, rejeter les discriminations, instaurent l’égalité de droit ;  développer les libertés individuelles et collectives pour se dégager du diktat du profit financier et du diktat religieux. ; et développer de nouvelles fraternités de citoyens du monde, curieux de toutes les cultures du monde. Et pacifiques.

5. Chacune de ces initiatives chacun de ces combats, transforme les individus qui y participent. Et transforme le collectif. Voit émerger des individualités qui ont meilleure capacité à  percevoir le meilleur développement possible pour le mouvement. Ainsi émerge une avant-garde. Non-professionnelle !

L'inventivité n'est pas programmable. C'est une entrée dans l’inconnu.    Nécessairement autogérée !

Loin des avant-gardes et guides éclairés, loin des élites professorales. Loin des programmes « prêt-à-porter ». Loin des partis à la remorque de dirigeants qui, inévitablement, réduisent la base à diffuser leur parole, à suivre l’action qu’ils ont décidée. Cette vision d’élites de gauche éclairées qui doivent rendre son identité à la classe ouvrière et au peuple, a prévalu depuis la Révolution russe, Sans que jamais ce soit confirmé par les faits. Au contraire, jusqu’à la crise américaine de 2007, ces élites de notre pays ont été incapables de comprendre le néolibéralisme qui, pourtant avait sévi sur le Japon, sur l’Angleterre, sur l’Afrique et l’Amérique Latine, avec d’indescriptibles souffrance pour ces peuples.

Le peuple en action n’est pas un troupeau !  

6. L’émancipation dans la façon de vivre, passe inévitablement par des combats.

Car ces tentatives sont conduites dans le milieu néolibéral corrosif, mortifère.

La finance ne tolère pas ce qui lui échappe, ne tolère pas ce qui ne contribue pas à la course au profit.

Les innovations dissidentes sont soit étouffées, soit déviées pour en faire un rouage du système.

Aussi, ce qui est accumulé, c’est l’inventivité, c’est l’expérience, ce sont des liens de plus en plus riches, et des connaissances mille fois plus solides, mille fois plus opérantes que toutes les études livresques.

 Le peuple ne se vit pas comme victime. 

 Mais comme acteur, inventeur de Vie, dans un autre rapport à soi et au monde. 

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