RC 117. 2 juin 2020 jour où le peuple s’est levé

" Mardi 2 juin 2020, à Paris, devant un haut lieu de la justice, des dizaines de milliers de personnes ont mis un genou à terre et levé le poing en hommage à George Floyd, Adama Traoré et toutes les victimes de violences policières. »   Je reproduis ici des extraits du reportage utiles pour mon travail  "Aux sources des dominations". Dominer est le moteur du néolibéralisme. (Voir mon blog)

Pour lire l’article intégralement avec ses photos : https://www.mediapart.fr/studio/portfolios/justice-pour-george-floyd-pour-adama-traore-pour-tous/commentaires. Ici  Michel-Lyon.

 

 

« Justice pour Adama ! »  C’est le plaquage ventral qui a entraîné l’asphyxie d’Adama Traoré, 24 ans, en tout cas c’est ce que dit, ce jour même, une nouvelle contre-expertise, indépendante, réalisée à la demande des parties civiles

Babacar Gueye aurait eu 32 ans à la fin de l’année. Il est mort il y a cinq ans, dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Maurepas, un quartier pauvre de Rennes. Il est mort menotté, au terme d’une longue agonie. Sénégalais sans papiers, il avait été victime d’une crise d’angoisse et s’était mutilé avec un couteau de table. Son ami a appelé les pompiers. Ce ne sont pas des ambulanciers mais huit policiers dont quatre de la brigade anti-criminalité (BAC) qui ont débarqué. L’un d’entre eux a tiré et atteint cinq fois Babacar… 

Depuis, sa famille se bat, sa sœur, sa mère… réclament « Justice et vérité pour Babacar ». Comme pour Adama et tous les autres, Amine, Zakaria, Ali, Adama, Angelo, Henry, Zyed, Bouna, Gaye, Morad, Zineb, Steve, Aboubacar, Selom, Matisse, Baptiste, Aboulaye, Wissam… Sa famille se bat contre le récit de la police qui fait de leur fils, leur frère, un forcené qui aurait agressé les forces de l’ordre, un bourreau et non plus une victime. Contre l’impunité des violences policières. 

Alexandre, Damien et Jacques-Henri en discutent non loin de l’entrée du tribunal flambant neuf de Paris. L'un est consultant, l’autre commercial, le troisième comptable. Ils sont jeunes et noirs. Et il semblerait, dans leurs mots, que ce qui les définit le plus aux yeux des institutions reste leur couleur de peau.   La police n’est que l’incarnation d’un système totalitaire. 

Wissal et Soumaya écoutent attentivement. La première a 19 ans et étudie l’animation, la seconde 20 ans et étudie l’architecture. Elles se décrivent comme « racisées », puis précisent « maghrébines » et pour toutes les deux, c’est la première manifestation de leur vie. « On en a marre », lâchent-elles en chœur. Marre du racisme, des violences policières, du sort réservés aux quartiers populaires.  

 le chanteur Abd al Malik prend la parole à la tribune : « Nous sommes tous légitimes dans ce pays. Ce qui se joue ici, c’est l'avenir de notre pays, l’avenir de la France. Se battre pour ces familles, c’est se battre pour nous, pour la dignité, la nôtre, mais aussi celle de notre pays. Nous sommes l’âme de ce pays. » 

Quand on leur demande à quelle fréquence elles assistent à des scènes de violences policières, elles répondent en chœur : « Tout le temps. » Depuis quand ? « Toujours. »  Et les dernières fois ne sont jamais très loin. Pour Tiguide, dans le Val-d’Oise, la dernière fois c’était hier. ...son grand frère est revenu de garde à vue, le visage pleins d'hématomes.

Pour manifester, l’horloger de 30 ans est venu avec une pancarte où l’on peut lire : « L’humain n’a pas de couleur. » Dans sa bouche, les récits de violences policières se succèdent et, en bout de course, « il n’y a jamais aucune conséquence pour eux parce que l’IGPN c’est des flics qui protègent des flics ».  

 C’est l’histoire d’un énième contrôle, de l’agacement du jeune homme et rapidement des insultes racistes. « On a le droit à négro, nègre, ferme ta gueule, c’est habituel ça. »

Après les insultes, les policiers lui demandent de se retourner, ils le fouillent et veulent lui toucher les parties génitales. « Là, j’ai dis non, c’est interdit ! Puis il m’a donné une grande gifle. » Dans son souvenir, plus douloureux encore que la souffrance physique, l’humiliation, encore une.

 la fille de Jerôme Rodrigues qui a vu son père « se faire descendre en direct » selon ses propres mots, en référence au 26 janvier, jour de manifestation où son œil droit a été touché par un tir de LBD.

 Daniela a bientôt 30 ans et elle est aide-soignante en Île-de-France.« J’espère que cette manifestation permettra au moins aux personnes privilégiées, les Blancs, de se rendre compte de combien nous sommes maltraités. » 

« Maintenant, on va parler. »

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Mon commentaire : 

Les gouvernements successifs ont formé contre les banlieues des unités de combat équipées et prêtes à tout. Les banlieues, c'était l'ennemi intérieur depuis l'attentat de 2001. Ces unités ont été redéployées contre les nouveaux ennemis intérieurs : les mouvements locaux (Rémi tué à la grenade),  puis contre les Gilets Jaunes , puis contre les étudiants opposés à Parcours Sup discriminant, puis contre les manifestations du samedi avec de nombreux mutilés, et contre les soignants qui s'opposaient à la destruction de l'hôpital public. La haine raciste est doublée d'une hargne contre la contestation politique assimilée à du terrorisme. Voir à ce propos la façon dont Geneviève Legay, 73 ans a été projetée au sol. Ou l'acharnement à fracasser le crâne d'une jeune fille.

La société est fractionnée par de nombreux murs. Le mur raciste a été façonné au cours de quatre siècles d'esclavage puis de colonialisme : nos Trente glorieuses ont été payées très cher en Indochine, à Madagascar, Cameroun, Algérie etc... d'où venaient les matières premières pour l'industrie, payées très cher sous les interventions militaires. Ce mur a aussi  joué contre les travailleurs immigrés dans les usines et chantiers de l'hexagone.

Nouer des liens de solidarité est une condition pour tous les mouvements que nous conduisons.  Sinon toutes nos luttes sont vouées à l'échec. (comme celles du 20° siècle)

Pour nier ces crimes, et les renouveler, le pouvoir tente d'interdire la diffusion d'images de la police !  

Or ces images qui dérangent le pouvoir organisateur de la violence, sont d'intérêt public.

Nous refusons un monde d'après dictatorial et policier.

L'enjeu des Municipales :  Reconstruire la démocratie qui a été sapée au cours des 20 dernières années et le plus lourdement par ce quinquennat.

Michel-Lyon.

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