Transversale T2. Le miroir à deux faces par CERISE.

Entre le billet de Samy Josuha  « on a choisi un candidat issu d'une famille de juif d'Egypte »  et notre édition « les mots piégés du libéralisme » j'ai fait un drôle de rapprochement, celui de deux violences qui se répondent

Le libéralisme économique a besoin d'avancer masqué derrière des mots destinés à rendre présentable ce qui est un deni d'humanité permanent.

« Relayer les évolutions, optimiser les ressources du capital humain par un management de la performance individuelle efficiente, tout ça en fonction de l'évolution des marchés et de l'environnement économique ». Rechercher l'adaptabilité de la « ressource » pour qu'elle soit employable,  voilà le langage parlé par les manageurs

Et ce langage directement sorti de l'ENA et des écoles de commerce trouve une de ses remarquables réalisations  dans le fait qu'une entreprise peut jeter 3000 ouvriers à la rue avec 7000€ d'indemnité.   C'est d'une brutalité inouie et une optimisation  du capital assez remarquable. .

A longueur d'antenne on nous dit que compétitivité oblige, que plan social, cellule de reclassements, formation vont rendre ces ouvriers « employables », on va faire des « réformes », celle  du Code du travail afin  que les salariés soient moins protégés et se préparent à la concurrence, que leurs droits soient réduits et surtout  qu'ils se taisent, tout le monde le sait il n'y a plus de classe ouvrière.

 Ces mots piégés, ces mots qui dissimulent la réalité crue de l'exploitation , ces mots choisis pour ne plus savoir ce qu'est le travail, ces mots servent à étouffer la parole ouvrière, à rendre inaudible  la  parole de ceux qui disent la réalité du travail salarié .

Ces mots ont pour but dans le système libéral  d'empêcher de penser une société où l'être humain soit autre chose qu'une ressource adaptable, employable et pour finir jetable.

 Ce discours est en fait extrêment violent et habitue à cette violence.  Quand on n'est pas compétitif, on dégage, ça finit par paraître normal, on ne se pose plus la question de quelle compétitivité ? au service de quoi ? Jusqu'à quand cette compétitivité est tenable ?

La performance individuelle c'est quoi d'autre qu'une concurrence et une compétition impitoyable entre salariés, performance évaluée et organisée jusqu'à ce que le salarié arrive à l'épuisement.

Les suicides en entreprise sont le résultat de cette violence tempérée par le ronron de phrases technocratiques qui sont du meilleur effet dans un discours de manageur ou de PDG mais qui détruisent les collectifs de travail et isolent les individus dans une compétition mortifère.

 Pendant que dans les entreprises la langue de bois bat son plein, à l'extérieur c'est une autre chanson qui se chante. Il ne s'agit plus d'étouffer une parole, il s'agit de crier à pleins poumons «  je suis français moi, Madame,»

Dans l'article paru dans LIBE sur les élections municipales et les candidats de la diversité,  nous trouvons des termes curieux : Français d'origine étrangère, candidats issus de l'immigration, élus d'origine extra-européennes, minorités invisibles, liste black-blanc-beur et candidat issu d'une famille de juif d'Egypte

Marine le PEN parle depuis pas mal de temps, des« français de souche » ce qui n'a strictement aucun sens juridique ou administratif. Il faudrait désormais se situer par rapport à cette prétendue « souche ».

Toutes ces personnes que le journaliste de LIBE a tant de mal à profiler sont des français et ce sont les vociférations de Madame Le Pen qui entraînent dans cet impasse  d'une obligation de désigner des français qui ne le seraient pas tout à fait, ou qui le seraient un peu moins, 

Madame Le PEN renvoie à ce qui s'appelle le droit du sang qui définit la nationalité par l'hérédité et s'oppose au droit du sol.

Ces diversités des origines poussées sur la scène politique servent à faire oublier une diversité essentielle et structurante de la société : la diversité sociale.

Les ouvriers et employés sont exclus  des institutions, à cette absence sociale qui semble aller de soi   on tente de substituer la présence  ethnique. Sur ce terrain,  celui du pire adversaire, pas étonnant qu'il y ait très vite des « dérapages » et qu'on renvoie un candidat à sa judéité, à son arabité, à sa banlieue etc...

Pourtant la catégorie ouvriers, employés recoupe l'ensemble des « diversités ».

Les candidats ne sont plus définis par leur représentativité sociale, leur programme politique, leur activité militante, mais par leur origines nationales et ethniques. C'est l'ultra nationalisme de Marine Le Pen qui amène à faire ces différenciations proprement scandaleuses.

La dépêche AFP reprise par LIBERATION qui fait une sorte de tri entre élus d'origine extra européennes, de français d'origine étrangère, de minorités invisibles  et ce candidat juif d'Egypte ne se rend pas compte du racisme latent qu'elle véhicule.

Ces gens, sont des français tenus à l’écart de la politique. Mais  nés en France ils sont des  français, totalement français et doivent avoir leur place à ce titre dans les institutions. 

Le « français de souche » a imbibé dangereusement notre société au point que la notion de « diversité » amène à ce que des citoyens candidats à une élection doivent se justifier de leur qualité de français, ils doivent montrer patte blanche, sous peine d’être renvoyés  brutalement à leurs origines.

Madame Le Pen qui fait semblant de s'apitoyer sur le sort du « peuple » ne s'inquiète jamais de l'absence des ouvriers et employés dans l'hémicycle. Elle ne veut pas entendre leur parole, ce qu'elle veut, elle, c'est la proclamation d'un nationalisme qui laisse intact les rapports sociaux actuels, qui dans la compétition entre salariés renvoie la responsabilités non aux patrons mais aux travailleurs immigrés et aux sans papiers. 

L'assignation aux origines proclamée haut et fort,  est  tout aussi violente que la réduction au silence des salariés qui doivent se taire, abasourdis qu'ils sont par le discours de la performance. C'est parce qu'on n'entend plus ceux dont le mouvement a fait avancer  la société entière avec les congés payés, la Sécu, les 35 heures,  que de sinistres voix envahissent l'espace, elles s'appellent le FN, la « manif pour tous », ces voix celles de tous les retours en arrière de toutes  les idées nauséabondes à l'origine de discriminations,  d'exactions, sont le contre point à l'oppression vécue dans les entreprises.

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