Billet de blog 7 oct. 2021

RC 147. Soigner, Manifeste pour une reconquête de l'hôpital public et du soin

Issu d'une réflexion collective, dans le contexte du Covid, cet ouvrage regroupe un manifeste, un glossaire critique et des témoignages sur le soin à l'hôpital et hors de ses murs. Il exprime un refus de voir périr l'hôpital public et se déliter le soin sous la pression de spécialistes financiers, d'experts en management et de cabinets de conseil, enfermés dans un langage d'emprise mentale.

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Je reproduis ici une expérimentation qui veut résister au dévoiement des services publics dans notre pays sous domination des Marchés, et notamment le marché de la Santé. Reprise du billet du Dr Vernaudon, médecin gériatre, qui annonçait une conférence de presse à Paris.      Michel-Lyon  

Copie du billet du 15 juin 2021:

Les éditions C&F publient notre ouvrage du collectif Les Furtifs dans la collection Interventions, intitulé Soigner, Manifeste pour une reconquête de l'hôpital public et du soin 

15 € - ISBN 978-2-37662-026-6 - 13,5 x 21cm - 126 p.

https://cfeditions.com/soigner/

Partie manifeste en libre accès

Présentation de l'ouvrage 

« La santé, les services publics de santé, le prendre soin, avec l'épidémie, n'ont jamais été autant au coeur de nos vies. Aussi voulons-nous les remettre au coeur de la cité. Nous voulons en faire l'affaire de tous, une res publica. »

La pandémie du covid a démontré l'urgence de faire vivre et développer le service public de santé et les pratiques du soin. Une telle reconquête demande une vaste réflexion collective incluant l'ensemble de la population, partant des besoins et du travail vivant.


Cet ouvrage regroupe un manifeste collectif, un glossaire critique et des témoignages sur le travail du soin à l'hôpital et hors de ses murs. Il exprime un refus de voir périr l'hôpital public sous nos yeux, de voir se déliter le soin sous la pression de spécialistes financiers, d'experts en management et de cabinets de conseil, enfermés dans un langage qui nous échappe.

Interview de Fabienne Orsi, coordinatrice de l'ouvrage

La crise sanitaire a accentué celle de l'ensemble des milieux du soin. Vous avez réussi à faire coopérer les diverses professions de santé et les usagers dans cet ouvrage. Quelles ont été les étapes ?


C'est une belle histoire, une étincelle au plus profond de la pandémie, qui est issue de la démarche que nous avions initiée quelques mois plus tôt en lançant les ateliers pour la refondation du service public hospitalier. S'écouter, prendre le temps de se comprendre, accepter de douter, sortir de ses certitudes. En fait les furtifs, sont aussi pour la plupart ceux qui sont à l'origine de la conception des ateliers de Montreuil (2020) et de Marseille (2021). Nous avions prévu l'atelier de Marseille pour le mois de janvier, tout était prêt et puis nous avons dû reporter à une date inconnue à cause de la pandémie. Nous ne pouvions pas rester sans rien faire, nous aurions perdu le lien et le souffle qui nous unissaient. Alors nous avons décidé d'écrire, écrire dans un élan vital, écrire pour resister er rester unis, malgré tout.


Comment s'est déroulée l'écriture de ce manifeste ?


Mon idée était de proposer un texte appelant à la rencontre, à la reconquête de notre désir, de notre pouvoir d'imagination créatrice. À plusieurs, nous avons proposé une première architecture qui a suscitée l'enthousiasme. Des groupes se sont ensuite constitués pour écrire. J'ai organisé la mise en cohérence des différentes parties du texte, nous nous sommes réunis en visio à plusieurs reprises jusqu'à obtenir notre manifeste. Nous voulions un texte court et percutant, accesible à tous et toutes. Nous y avons ajouté un glossaire des termes utiles pour éclairer notre propos. J'ai beaucoup apprécié cette expérience d'écriture collective avec des personnes aussi différentes et venant de multiples univers. Bien sûr nous avons connu des moments de tension et de désaccord, mais c'est le propre de la rencontre et de la création.
Un nouvel atelier va se tenir à Marseille en juillet 2021. Comment faire progresser l'idée d'un changement radical des politiques du soin et de la santé ?


L'idée ne pourra progresser que si le plus grand nombre s'en empare. Ce changement radical est à construire. Pour cela il est important d'inventer des espaces et des lieux où l'on peut apprendre les uns des autres, débattre, prendre le temps d'élaborer une connaissance et un langage communs. Du soin, de la santé et de l'hôpital public, beaucoup en ont une expérience, une pratique ou un savoir spécifiques mais pas une connaissance d'ensemble. Si bien qu'on peut avoir tendance à laisser aux « experts » la tâche de proposer des solutions… ou pas. Il faut que la « chose publique » redeviennent l'affaire de tous. Nous voulons oeuvrer dans ce sens et c'est l'objet de nos ateliers : se réapproprier collectivement la santé publique, créer des ponts, du débat, à partir de nos pratiques, expériences et savoirs de soignants, de chercheurs, de patients, d'usagers, d'aidants.


La santé en commun signifie une implication de toutes et tous, depuis les actions de prévention jusqu'à l'inclusion dans le soin. Pourquoi les communs sont-ils une opportunité pour redéfinir les politiques de santé ?


Je préfère parler d'une approche par les communs, c'est-à-dire faire en sorte de créer du lien et des échanges entre personnes qui, jusque-là, ne se parlaient pas. Mettre en commun des savoirs et des pratiques et construire à partir d'eux. Lors de la préparation de nos ateliers et pendant notre écriture collective, nous avons beaucoup appris les uns des autres. Cela nous inspire pour avancer des pistes de travail comme celle de réinvestir la médecine sociale qui oblige à prendre en compte les milieux de vie ou encore en mobilisant les principes fondateurs de la psychiatrie de secteur, pourtant très fortement attaquée par les gouvernements successifs. Cette « démarche en commun » nous aide à repenser les notions de soin, de collectifs de soin, du rapport à l'autre. C'est également un moyen de réfléchir à la notion d'hôpital dans et hors ses murs, la place que nous avons envie de lui donner dans la cité. Le champ de la santé est très cloisonné et très hiérarchique, les frontières sont étanches en son sein même mais aussi avec le champ du social. Ceci relève de l'histoire longue. Le pouvoir est concentré, les pratiques démocratiques et horizontales quasi inexistantes. Nous sommes donc aux antipodes de la logique des communs. Dès lors décider de partir de cette approche par les communs pour repenser la santé et le soin signifie s'engager dans un renversement radical de la manière de penser et de faire. Le chemin sera long, mais c'est un chemin porteur de possibles.


Les furtifs sont un collectif d'auteurs et d'autrices, pour la plupart engagés dans l'organisation des Ateliers pour la refondation du service public hospitalier. L'Appel fondateur de ces ateliers a été initié à l'orée de l'été 2020 par : le Collectif Inter-Urgences, les Économistes atterrés, le Collectif Inter-hôpitaux, le Printemps de la psychiatrie, les Ateliers travail et démocratie, puis repris par de nombreux collectifs et signataires individuels. Une seconde session aura lieu à Marseille les 3 et 4 juillet 2021.


"L’hôpital public est malade. Enserré dans un étau budgétaire, son fonctionnement, ses règles administratives, la place qu’il occupe dans la politique de santé ont petit à petit conduit à marginaliser le soin dans les décisions. Il est temps qu’au côté du personnel de santé, la société dans son ensemble travaille à remettre en chemin ce navire en déroute."

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