4. Du Service public... au service de la finance

Fin du Service public, …qui passe au service de la finance. Le Service public issu de la Libération reposait sur deux principes à valeur constitutionnelle : le principe de continuité et celui d’égalité de droit pour tous.

Fin du Service public, …qui passe au service de la finance. Le Service public issu de la Libération reposait sur deux principes à valeur constitutionnelle : le principe de continuité et celui d’égalité de droit pour tous.

 L’un et l’autre sont trahis pas à pas, selon que l’on a ou pas de l’argent, que l’on est ou non européen du nord ; femme ou homme, ou femme de… ;  valide ou handicapé…

 La RGPP Révision Générale des politiques publiques, lancée en juin 2007, grand œuvre de l’UMP, a été prolongée par la MAP (Modernisation de l’Action publique) du PS. La RGPP a redistribué les services publics, ce qui a eu pour effet de couper les liens des services entre eux, de placer ces services sous des hiérarchies qui ignorent tout de leur domaine. Et de casser les habitudes du public. Parallèlement, la LOLF (Loi organique relative aux lois de finance) a accentué la réorganisation, selon une logique comptable au lieu de la logique des missions. En outre, la LOLF s'est révéléecomme un levier redoutable de restrictions budgétaires, et de compression du personnel de l'Etat.

 Ces lois ont ouvert aux intérêts privés le recrutement de directeurs de la fonction publique, des Agences  et des collectivités locales. Ces recrutements dotés de belles payes, ont été affranchis de la garantie républicaine des concours de recrutement.

La contrainte a été faite aux services publics de faire appel aux financements privés qui entrent dans leurs instances de pilotage : le mécénat est devenu un investissement juteux exonéré d’impôt !

La fonction publique multiplie les Partenariats Public-Privé, PPP, qui institutionnalisent les confusions d’intérêts (façon de ne pas dire corruption), les retours de dessous de table, le renoncement par l’Etat de ses missions de contrôle : contrôles protégeant les salariés, contrôles protégeant la santé publique et l’environnement sont remis à des sociétés privées qui n’ont que leur intérêt particulier comme motivation. Affirmation mensongère selon laquelle les entreprises porteraient l’intérêt général, travailleraient mieux pour moins cher que l’Etat !

Les contrats de PPP sous-estiment les coûts prévisionnels au tiers de leur valeur, engagent l’Etat et les collectivités territoriales en endettement très coûteux à long terme, piégé par des indemnités de rupture ruineuses.

 S’est installée une consanguinité entre la haute fonction publique, les chefs de partis politiques « de gouvernement » et les dirigeants de grandes entreprises. C’est renforcé par la rotation de tous dans toutes ces fonctions dirigeantes. D’où les fameux « carnets d’adresses » porteurs de réseaux d’influence et d’intérêts croisés. Les affaires judiciaires auxquelles cela donne lieu, révèlent déjà l’émergence de réseaux  de type maffieux à la limite du crime organisé. 

Par ailleurs, l’Elite n’est plus composée des personnages qui jouent un rôle moteur et novateur dans la nation. L’élite est désignée par les instituts de formation, consultants, cabinets qui diffusent la « modernité », le nouveau management, les règles d’or du néolibéralisme. L’élite, désormais, c’est leurs contingents d’élèves. 

"Vous êtes l'élite !" proclament les instituts de formation des administrations. Formule perverse, car fausse : ils n'apportent rien à la nation, mais surtout elle les contraint tout au long de leur carrière de donner des preuves de servilité. Ce sont les nouveaux chiens de garde.

 La nouvelle organisation du travail et le néo management ont cassé les collectifs de travail et détruit le professionnalisme des fonctionnaires.  Chacun doit s’appliquer à lui-même les directives, incohérentes, contradictoires, conformer les tableaux d’activité aux calendriers imposés. Faire plus avec toujours moins. Chacun doit se sentir victime de tous les autres.

Dans un contexte bureaucratique dont le fonctionnement absurde est épuisant, autobloquant, dominé par l’arrivisme, l’irresponsabilité organisée grandit avec le grade. Les missions sont vidées de sens.

 

La mainmise « néolibérale » n’est pas seulement économique :

- elle ruine les services publics, en détruit l'esprit, et livre leurs champs d’activité au secteur privé (Enseignement supérieur, Santé publique, Culture, Forêt, …),, ou met sa puissance au service des plus gros intérêts privés.

- loin de réduire l'Etat elle l'a investi, détourné à son profit la puissance publique ; elle a donné aux intérêts privés libre accès aux fonds publics et alourdi considérablement l’endettement public

- elle casse la souveraineté des nations.

- elle casse les solidarités entre travailleurs et vise à détruire ceux qui résistent.

- elle nie les individualités qu’elle prétend valoriser.

- elle bafoue la démocratie et ses instances

Elle détruit le contrat social conclu à la Libération.

Elle détruit les valeurs des Lumières, dont le libéralisme, qui est perverti en un sinistre concours international pour la cupidité maximale.

 

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