Le pouvoir calomnie la ZAD, pour qu'on laisse tout raser sans bouger. Mais la ZAD invente en commun une nouvelle démocratie. "On n'est pas des "zadistes", on est des habitants de la ZAD. Reportage https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/la-zad-ca-marche-ca-palabre-cest-pas-triste.
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Extraits :
Fayance : « Le commun en partie est déjà là, dans les assemblées, la prise de décision ensemble, la construction d’infrastructures communes : la menuiserie, la fromagerie… Mais on n’a pas encore eu le temps de construire des coutumes, c’est-à-dire ce qui remplace le droit. La capacité d’édicter ensemble des règles qui font sens commun. Il ne s’agit pas de retourner à des coutumes “traditionnelles” mais d’une coutume qu’il faut inventer. »
Jet : « Je n’ai jamais vécu ça. J’ai pu travailler dans des mouvements dotés d’une force énorme. Ici, c’est dix fois plus. Quand on a lancé le projet de construire un phare sur la zone, pour accueillir les gens et servir d’outil de défense, j’ai rencontré un paysan qui avait un pylône d’électricité dans son champ. Il me dit : “Tu le veux ?” Dans le monde normal, pour faire un projet artistique comme ça, tu mets un an et c’est très cher. Deux semaines plus tard, le pylône arrive tiré sur 30 kilomètres par un tracteur sur deux plateaux. Pareil pour la passerelle en métal qu’on a récupérée ailleurs. »
Quand tu donnes une certaine énergie à un territoire, il y a un réseau énergétique qui nous lie.
« Et ça arrive tout le temps. Quand tu donnes une certaine énergie à un territoire, il y a un réseau énergétique qui nous lie. Comme en acupuncture. Si tu as une diversité de gens, et des interconnexions entre eux, ça crée beaucoup plus de liens. Beaucoup de gens veulent résister mais ne savent pas comment. Comme la ZAD est un territoire matériel, ils peuvent réfléchir à contribuer matériellement. »
« J’avais besoin d’un laser pour prendre les niveaux du sol. Ça coûte très cher. Un soir à l’apéro, un mec arrive. Je ne sais pas qui c’est. Il vient d’un comité local. Il explique qu’avant sa retraite, il faisait des niveaux. “Ah tu fais des niveaux ? Je cherche un laser, tu pourrais venir le faire ici un jour ? ” “Oui, tout de suite, j’en ai un dans ma voiture.” »
« Les gens qui construisent le hangar de l’avenir étaient réunis pour dessiner les plans afin de le couvrir avec des ardoises. Coût estimé : 3 000 euros. Dans le parking, un mec en costume passe. “Belle charpente ! Je cherche les gens du hangar. Je travaille dans une boîte d’ardoises, on a deux conteneurs, vous les voulez ?” »
Gab, à propos de la conserverie de la Noë verte : « À Nantes, on a plein de réseaux de récup et cela s’est renforcé en venant sur la ZAD. On a une liste de gens qui soutiennent la ZAD. Des fois, des trucs tombent du ciel. Avec un collectif de Longo Maï, on a fait une bouffe, ce qui nous a permis de financer un autoclave, une machine pour stériliser les bocaux. La Noë verte a été ouverte en octobre 2015 pour installer une conserverie : depuis septembre 2016, chaque mardi, on fait de la transformation pour le non-marché du vendredi. »
Gab : Un week-end de chantiers collectifs pour développer les structures de l’occupation et non l’aéroport., une soixantaine de personnes étaient là. Certaines disaient : “Je devrais être en train de retaper ma baraque, j’ai un crédit.” Mais elles étaient là en train de creuser des trous dans le fossé. On imaginait construire un atelier en charpente. Un mec débarque un lundi. “Je suis charpentier, j’apporte du bois sur mon toit de voiture. Je suis disponible trois jours.” Et avec lui on a fait le truc qu’on imaginait. Un autre jour, un mec arrive avec une quinzaine de poules. “Ça vous intéresse?” On venait de finir le poulailler. Un dimanche, il y avait une balade qui s’organisait sur la ZAD, du monde était attendu, on s’est rendu compte qu’il n’y avait plus de café. À peine une heure après, on voit un camion de torréfacteur se garer devant la maison. Il venait du coin. Avec une demi-palette de café. Lui : “C’est pour vous ! Et vous m’appelez si vous en voulez encore.” Cent vingt kilos de café environ. On a fourni les lieux d’accueil et le non-marché. Un jour, j’étais dans une ressourcerie à Nantes pour chercher du carrelage. On me demande si j’en veux beaucoup et pour faire quoi. Je réponds que c’est pour un projet de conserverie. La personne a capté que c’était pour la ZAD, du coup, c’était gratos. »
Loïc : « Habiter la ZAD fait que je lutte au quotidien. Même quand je dors, je continue de lutter. Même quand on s’embrouille ici, on lutte. Tu dépasses le caractère événementiel de la politique. Ici nous sommes dans l’auto-organisation. C’est concret. Tu es confronté aux personnes réelles. Tu rentres dans l’affectif, l’émotionnel. En sciences, tu définis des modèles pour décrire une réalité. Ici c’est le bruit au sens scientifique, c’est ce qui est négligé par le système mais qui fait bouger le modèle.
... Sur la ZAD, de nombreux lieux de production et de transformation ont vu le jour : moulin de Saint-Jean, jardin maraîcher collectif des Rouge et Noir, champs de céréales, élevage bovin et production laitière, fabrication de pain, gestion forestière et production de bois, conserverie, bibliothèque. L’enjeu est autant d’occuper le territoire que de démontrer qu’il est possible et souhaitable de produire des biens matériels en dehors des cadres de l’État et du marché.
A SIVENS, ils ont tué Rémi Fraisse, ami connu de la Nature.. A NDDL, oseront-ils détruire tout et espoir de vie pour demain. Miche-Lyon.
Des habitant-es de la ZAD s’expriment régulièrement sur le site zad.nadir.org. On y trouve des textes politiques, des témoignages, des photos, des appels à soutien, des dessins… On peut aussi écouter leur webradio, Radio Klaxon.
Sur la ZAD, par des personnes qui y vivent ou la défendent : Défendre la ZAD et Contrées, par le collectif Mauvaise Troupe ; Chronique de la zone libre. Des ZAD au maquis : fragments de l’imaginaire autonome, de Cosma Salé (Le passager clandestin, 2016).
Sur une généalogie des liens entre les mouvements punks et la critique de la civilisation industrielle : Écopunk. Les punks, de la cause animale à l’écologie radicale, de Fabien Hein et Dom Blake (Le passager clandestin, 2016).
Sur l’histoire de l’autonomie italienne, une référence importante pour certain-es occupant-es : La Horde d’or. Italie 1968-1977, de Nanni Balestrini et Primo Moroni (Édition de l'éclat, 2017).
Sur le mouvement de paysans en Angleterre au XVIIe siècle, qui luttèrent pour préserver un usage commun de la forêt contre son appropriation par les pouvoirs politiques et ecclésiastiques : La Guerre des forêts, d'Edward P. Thompson (La Découverte, 2014).
Sur l'importance des luttes de territoire : À nos amis, du Comité invisible (La Fabrique, 2015).
Ils inventent une nouvelle démocratie active : https://www.mediapart.fr/journal/france/230118/la-zad-se-cherche-un-avenir?page_article=3 j'écris démocratie active où chacun assume ce qu'il a dit. Pour la différencier de la démocratie d'opinions, que nous ne connaissons que trop : des paroles qui n'engagent en rien celui qui les prononce.
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