9. L’exigence démocratique (imposée à l'Afrique)

Les prêts financiers et dons aux gouvernements africains sont accompagnés systématiquement de conditions financières et structurelles.S’y ajoute l’exigence démocratique.

 C’est à Aminata Dramane TRAORE que je donne la parole ici. Dans son livre « L’ETAU, l’Afrique dans un monde sans frontières » (Ed. Babel, septembre 2001), elle décrit ce qu’a été l’irruption néolibérale en Afrique Et elle relaie la parole de dirigeants de plusieurs pays d’Afrique.

Psychosociologue, femme d’entreprise, militante de la cause des femmes africaines, elle a été ministre de la Culture et du Tourisme du MALI

 

« Nous pensions avoir trouvé notre chemin, ou tout au moins des pistes, avec les indépendances et les promesses de développement dont elles étaient assorties. En guise d’indépendance et de développement, nos pays –ceux ayant opté pour une économie planifiée, comme ceux qui ont choisi la voie libérale- auront tout simplement eu la latitude, le droit et la liberté de s’endetter au-delà de leur capacité de remboursement(….)

Nous ne sommes plus des colonies, mais nos pays sont soumis à des réformes économiques et culturelles draconiennes que nous n’avons pas demandées, qui appauvrissent et assujettissent.

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« L’éviction du général Moussa Traoré fut vécue comme l’avènement de la démocratie. Tel aurait pu être le cas si des forces extérieures n’avaient pas interféré et identifié la soif de démocratie politique des Maliens avec une libéralisation économique qu’ils n’ont ni choisie ni préparée. …Le jeu démocratique est faussé : il se limite aux modalités de l’accès à un pouvoir dont la réalité échappe aux nationaux.

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« Marginalisation et sanctions plus ou moins déguisées sont réservées aux hésitants et aux récalcitrants.

« Les réformes imposées à nos pays n’ont aucun rapport avec les besoins fondamentaux et les attentes des électeurs africains. Leur mise en œuvre exacerbe les inégalités et aggrave le chômage, la pauvreté et la violence. Combien de coups d’Etat, de luttes fratricides, de génocides et d’autres horreurs devrons-nous encore subir avant que l’étau se desserre ?... »

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« Les pays africains ont déboursé 170 milliards de dollars pour le service de la dette, intérêts et capital.  Ce service coûte chaque année 4 fois le montant des budgets d’Education et de Santé. Il dépasse les dépenses salariales. En 1994, il accaparait 48 % des recettes budgétaires ou 37 % des exportations.

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« Dans un contexte caractérisé par des surplus de liquidités des banques privées, la BanqueMondialea poussé les régions du Sud à l’endettement aux fins de recycler les pétrodollars. Elle a décuplé ses prêts entre 1968 et 73, et les  a augmentés plus rapidement durant les cinq années suivantes. La vérité reste masquée par la prime à la démocratisation que les puissances occidentales continuent à faire valoir dans leurs rapports aux pays débiteurs.

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«  Tout pays endetté qui sollicite des fonds du FMI et de la Banquemondiale (…) est obligé de se soumettre à l’ajustement structurel. Qui comporte deux étapes distinctes : - d’une part la stabilité macroéconomique à court terme, qui se traduit par la libéralisation des prix, l’austérité fiscale, la dévaluation – et d’autre part, les réformes structurelles : dépérissement de l’Etat, libéralisation du commerce et du système bancaire, la privatisation des entreprises et sociétés d’Etat, la compression de l’emploi dans la fonction publique. Cela s’est exercé sur le Mali dans les années 1990  - 1994.

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« Les contraintes que les gouvernements des pays industrialisés se donnent pour maîtriser taux d’inflation, déficit budgétaire et dette publique, sans pouvoir gérer les conséquences sociale, sont minimes, à côté de la médecine de cheval administrée à l’Afrique subsaharienne depuis plus de 15 ans ! Si la déception et la douleur des citoyens des pays industrialisés sont grandes face aux restrictions budgétaires, aux délocalisations etc.…, celles des populations africaines sont indicibles !

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En mars 1995, le président du GHANA « au terme de 12 années d’ajustements structurels…les principes que le marché et les programmes définissent pour nous, sont clairement manipulés à travers les tarifs, les quotas, les bas prix, le tout à nos dépens…. »

(…)

De 1986 à 1991, le ZIMBABWE qui était autosuffisant a remboursé plus de 2.6 milliards à ses créanciers au titre du service de la dette (environ 50 000 dollars par heure !) Conséquence : le Zimbabwe importe maintenant des denrées alimentaires, et les infrastructures de la santé et de l’éducation naguère parmi les meilleurs d’Afrique, sont devenues inaccessibles à la majorité de la population.

(…)

  

Ce sont là trois exemples pris en Afrique. Représentatifs. Il pourra s’y ajouter des exemples d’Amérique latine.

Plus encore dans un pays pauvre, économie et politique sont fragiles et imbriquées. La soumission économique écrase la démocratie

Au passage, nous avons reconnu les « Règles d’or » que Sarkozy nous a assénées pendant son quinquennat, qui nous faisaient découvrir la réalité du néolibéralisme délibérément destructeur.

Nous ignorions que les pays d’Afrique, d’Amérique latine le subissaient bien plus durement depuis près de trente ans, avec des résultats absolument catastrophiques, des sociétés détruites. Aucune leçon n’a été tirée, aucune modification n’a été apportée. Et toujours, cette réalité est recouverte de commentaires foireux sur « les luttes tribales » ou les guerres de religion »

Il n’existe pas de direction  occulte qui puisse être accusée.  Pas de pilote dans l’avion !

Ces dévastations et guerres civiles, comme notre chômage et centaines de milliers de sans abris, doivent être attribuées à un système mondialisé animé par d’innombrables instances de décision à tous les niveaux, dont chacune est animée par l’unique volonté de sa rentabilité immédiate maximale, à tout prix et veut ignorer les conséquences de ses actes.

 Et cependant des centaines de professeurs d’économie, de banquiers, d’experts, de commentateurs corrompus, résolument autistes, viennent obstinément asséner dans les médias, jusqu’aux Matins de France-Culture ou en fin de matinée les dimanche, qu’il faut « pousser les réformes », « rétablir la compétitivité ». Comme si tout s’inventait de rien,  jour après jour !

 Assassins !

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