C10 Banlieues (4). Nadir Dendoune: "J'écris pour venger les quartiers impopulaires"

Nadir Dendoune est écrivain et journaliste. Il a également vu son exploit, celui de gravir l’Everest sans expérience aucune, adapté au cinéma avec le film « L’ascension ». Rencontre avec celui qui se surnomme « Le tocard » à l’occasion de la sortie de son quatrième livre, « Nos rêves de pauvres ».

Comment est née l'idée de ce recueil de chroniques ?

Tout naturellement : ce sont les lecteurs qui m'ont convaincu d'en faire un livre. A force de recevoir des messages de leur part, j'ai fini par craquer...

Vous avez commencé à lire pour une fille, le visage de votre papa se retrouve sur une façade d'immeuble à Malakoff, votre maman est l’héroïne de nombre de vos chroniques.. Finalement, le fil conducteur de vos actions, c'est l'amour ?

L'amour oui, mais aussi la rage. Une envie viscérale de faire un bras d'honneur à cette élite qui nous méprise, nous habitants des quartiers impopulaires. Une revanche sociale.

On devine aussi beaucoup de colère dans vos chroniques, notamment dans « Madame la France » et « A l'école de la République ». Une relation contrariée avec la République Française. Pensez-vous que cette colère s’atténuera un jour ?

La colère c'est bien : c'est mon moteur. Non, elle restera toujours intacte. Elle me permet de ne pas oublier, comme certains, d'où je viens.

La chronique « Ma cité Maurice Thorez » humanise la banlieue et détruit les clichés qu'on lui accole. Il y a aussi votre ascension victorieuse de l'Everest, où l'on vous voit tenir un cœur en carton dans lequel vous avez inscrit « 93 ». Ils sont plutôt rares ces hommages à la banlieue.

Oui, beaucoup de celles et ceux issus de ces quartiers et qui arrivent à faire des " choses" aiment bien cracher sur les "leurs". Cela leur permet de croire qu'ils sont meilleurs que les autres. Cela leur permet de se distinguer de cette "racaille", comme ils disent. Ça leur permet surtout de se faire bien voir par cette République qui a besoin d'eux pour légitimer tous les discours caricaturaux qu'on entend tous les jours sur la "banlieue". Ils savent aussi que c'est vendeur et qu'ils gagneront des médailles. La République sait récompenser les larbins.

Vous évoquez Salah, un ancien éducateur de rue, qui vous a permis de croire en vos rêves pendant l'adolescence, mais également de ces rencontres avec des jeunes en prison. Comment garder l'envie de se battre pour les « oubliés de la République », donner confiance aux jeunes de banlieues quand la tendance est plutôt à la répression de l'autre côté du périph ?

En allant sur le terrain et en ne lâchant rien. En trois mois, j'ai parcouru une bonne partie de la France et j'ai vu beaucoup de forces positives, des gens bien déterminés. Je me rends compte que les habitants des quartiers impopulaires ressemblent beaucoup à ceux des milieux ruraux. Les deux subissent de plein fouet la relégation spatiale et sociale. Les gens sont bien plus conscients de la réalité qui les entoure que certains peuvent penser.

 Dans la chronique éponyme de votre recueil, vous parlez d'un « cheminement vers la paix ». L'écriture chez vous se vit comme un exutoire?

L'écriture m'apaise c'est vrai. J'écris pour venger les miens. Mes parents, mon quartier, ma race de fils de prolos. La paix, oui, seulement si elle est accompagnée de justice.

Vous semblez vous amuser avec les mots, ce qui rend votre style assez unique. Y-a-t-il des écrivains qui vous ont inspirés, ou vous êtes-vous formé seul?

 

En fait, j'écris avec mon oreille. Si la phrase sonne bien, je la garde. J'ai lu sur le tard et j'ai écrit sur le tard. Il y a plusieurs écrivains que j'adore, Romain Gary, Virginie Despentes, mais aussi Boris Vian, Albert Cohen,  Milan Kundera. De là à copier tous ces génies...

"Nos rêves de pauvres" par Nadir Dendoune - Editions JC Lattès "Nos rêves de pauvres" par Nadir Dendoune - Editions JC Lattès

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