121. "Pédagogie" impuissante et discorde : main-basse sur la contestation populaire.

Le discours présidentiel prétend gagner l’adhésion avec la pédagogie vertueuse. Mais celle-ci s'est toujours fracassée sur le réel très dégradé par 20 ans de réformes néolibérales. Ainsi, le Covid a dévoilé la ruine de l'hôpital public. Alors des ministres-soldats ont activé la tactique perverse de la zizanie au sein de la contestation. C'est flagrant avec l'offensive sur des ateliers syndicaux.

La com' macronienne dans notre pays, comme à l'international enfile la blouse de l'Instituteur, et tartine la vertu. Je vais tout vous expliquer patiemment.

Mais le réel fortement dégradé de notre société a toujours révélé que ce n'est que creuse rhétorique, tartuferie :  Créer une cellule sur le Rwanda, une sur la guerre d'Algérie commune avec son gouvernement, alors que des parts importantes d'archives restent bloquées, inaccessibles... Promettre la victoire par les masques puis par les tests puis par les vaccins, alors que le pays de Pasteur a sabordé sa capacité à en produire. Puis se révéler incapables même d'en organiser la mise en oeuvre...  Capituler devant les techniques d'étouffement mortel et armes mutilantes... Mobiliser des citoyens sur la transition climatique et réduire  leur travail à peanuts.  etc., etc... Et maintenant aggraver les dispositions discriminantes et d'exclusion sous couvert hypocrite de cohésion nationale...  

Les diversions ne parviennent plus à masquer les réformes de dégradation sociale et dégradation de notre démocratie brutalisée. Le droit de manifester a été violenté bien avant le covid.

Hans joueur de flûte conduit le peuple des rats se noyer à la rivière.

Les protestations et initiatives populaires se développent.

Leur dénigrement est une vieille tactique. Il en a fallu beaucoup pour isoler le mouvement Gilets Jaunes.

Une tactique nouvelle, manipulatoire, est mise en oeuvre par des ministres-soldat.e.s sans doute la seule leçon tirée des Gilets Jaunes :   

provoquer des discordes pour nous empêcher de nous accorder sur une action commune.

Des paroles de ministres, seconds violons, on connaît ...ça a peu de poids. (on n'est pas prêts d'oublier les fake news d'attaques de manifestants contre deux hôpitaux)

Mais la fanfare est convoquée, et les médias et commentateurs aux ordres se déchaînent, martèlent, créent des scandales sur rien, exacerbent tout ce qui relève du débat normal en affrontements irréductibles. 

Jusque sur les réseaux dits "sociaux", où des fake news, des commentaire surgis d'on ne sait quelles officines, ou même algorithmes, vont draguer les crédules.  Fausses réalités contre d'autres fausses réalités. C'est l'embrouille, la noyade dans la rivière du doute.

Plus perverse est la confusion sur nos valeurs trafiquées :

- l'antiracisme, l'universalisme,  brandis contre des ateliers syndicaux de personnes discriminées qui veulent clarifier les procédés agissant contre eux (handicapés, femmes, (ex)colonisés...) et discriminations croisées. Accusé.e.s de racisme antiblanc proche du terrorisme !  (le racisme est une arme de domination, pas de dominés)  Confusion scandaleuse.  Dans les années 70, de tels ateliers ont permis aux femmes travailleuses de faire surgir leur situation dans le champ syndical, notamment autour de la revue de la CGT Antoinette animée par Georgette Vacher (1)

- notre laïcité qui a séparé pouvoir politique, institutions et pratiques religieuses,  devient un outils d'exclusion aux mains du pouvoir politique, afin de ghettoïser les banlieues, ou aux fins "d'émanciper" les femmes, comme on l'a vu sur une plage, humiliée et verbalisée.  Le heurt entre une rhétorique perverse, et la revendication simple de liberté, combat des femmes elles-mêmes, est flagrant entre Valls ancien ministre et une universitaire portant le voile sur le plateau de Usul.   Destruction scandaleuse de l'Observatoire de la laïcité sur de fausses accusations.

- l'"islamogauchisme" fatwa gouvernementale promettant la destruction à tout travail universitaire qui pourrait contrevenir au règne des marchés. Notamment, le passé esclavagiste puis colonial et le présent néocolonial, leur empreinte sur la mentalité dans l'hexagone socle de la pensée d'extrême-droite.

- ...

Autant de manœuvres méprisables pour créer une confusion généralisée et empêcher  l'agrégat d'actions populaires par manipulation psychologique.

Jeu dangereux sur une société mise sous pression par la crise sociale (pas d'avenir pour les jeunes ni pour les paysans, ni pour la culture), par une politique policière brutale, puis par les mesures sanitaires mises à profit pour faire passer sous la table des ordonnances et lois fortement antisociales.

Nous ne pourrons pas empêcher ces procédés.  

A nous de ne pas s'en faire le jouet.

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(1) Lire la notice de Wikipédia sur la syndicaliste responsable du secteur féminin CGT, Georgette Vacher animatrice de la revue Antoinette suicidée après son éviction de la CGT . Je reproduis ci-après la synthèse de son action qu'a écrite la journaliste Ch. Passevant (Crise du mouvement ouvrier et nouveaux mouvements sociaux p. 132.)   Pour elle le féminisme faisait partie de la lutte des classes jusqu'au sein de son syndicat. Michel-Lyon.

Georgette Vacher, Chacun compte pour un, Christiane Passevant. Lyon, 1989, MB Composition/ Édition.

Permanente à l'Union Départementale-CGT du Rhône et responsable du secteur féminin, Georgette Vacher s'est suicidée en octobre 1981, à la veille du congrès de l'UD, parce qu'on lui retirait ses responsabilités syndicales. Ce livre est la transcription de ses notes pendant la dernière année de sa vie, une sorte de carnet de route et un journal de réflexion sur sa position au sein du syndicat et, plus largement, sur la place des militantes dans cette branche industrielle du monde ouvrier. Le texte est resté très proche du langage parlé et répond aux questions que certains se posent actuellement. Redéfinition de l'individu dans le collectif, position de la militante face aux rapports hiérarchiques et à ses formes bureaucratiques. Témoignage sur la crise du syndicalisme. Rôle des femmes dans la lutte syndicale et pour une reconnaissance de leur identité.

"Après sa disparition, plusieurs de ses compagnes de travail, ouvrières chez Calor, de ses amis ont décidé de faire paraître le message que laissait Georgette Vacher. Le travail du collectif féminin dont elle a été l'animatrice et le souvenir de ses combats permettent de saisir combien sa conception du travail collectif ne correspondait pas à l'idée traditionnelle que s'en faisait le monde syndical. Pour elle chacun(e) compte pour un(e). Pas de responsable en titre. Pas de hiérarchie. Les femmes travaillaient ensemble et discutaient des difficultés rencontrées dans leur travail comme dans le fonctionnement de la structure syndicale. L'élan solidaire de chacune a créé une dynamique de groupe qui, finalement, est devenue gênante pour la hiérarchie syndicale, d'ailleurs à forte majorité masculine. « La bagarre dans la boîte, les conditions de travail, les salaires, toute l'activité syndicale, ça n'a jamais été cloisonné. » En effet, sans parfois tenir compte des mots d'ordre du syndicat, les femmes se regroupaient en cas de conflits dans les entreprises et s'associaient avec des syndiquées d'autres syndicats ou des non-syndiquées pour des luttes ponctuelles.

La question des femmes dans le contexte syndical est cruciale puisqu'elle tourne autour du pouvoir et des revendiations égalitaires. Impossible d'évacuer le problème du pouvoir et de la domination qui est au cœur de la problématique syndicale et sociale. Impossible d'évoquer un système social égalitaire sans rechercher de nouvelles^ valeurs sur des bases nouvelles. Et pour juger de l'évolution du système, l'un des critères essentiels n'est-il pas l'égalité entre sexes ? « En tant que femme, j'ai vraiment vu les pires choses, pas uniquement pour moi mais pour les copines aussi. Le regard de ces mecs sur les militantes, sur les femmes en général, c'était le regard de la société où on est. » Le rapport de domination entre les individus étant au centre des tensions sociales, il n'est pas suffisant de respecter certains quotas pour permettre une présence plus importante des femmes au sein des formations syndicales ou politiques, il faut créer de nouvelles valeurs pour établir de nouveaux rapports entre les personnes. Georgette Vacher a été une de ces femmes dont les principes et la pratique souvent à contre-courant, de même que la constante remise en cause ont permis une prise de conscience. Responsable syndicale du secteur féminin, elle n'a pas accepté de récupérer ce mouvement et c'est pour cela qu'elle a été écartée. « Je n'ai jamais rencontré dans la CGT, dans les dirigeants, de véritables camarades fraternels et sains. J'ai toujours rencontré des gars imbus de leur personne, des gens qui se prenaient très au sérieux, des dictateurs [...] mal dans leur peau et qui faisaient peser sur moi, sur la "femme" tout ce que probablement ils ne pouvaient pas vivre ailleurs. »

C'est pourquoi il est intéressant de découvrir ce texte où il est question de respect, de conscience, de la lutte au quotidien des femmes, de leurs revendications face à une société où chacun(e) devrait compter pour un(e).

Christiane Passevant.

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