109. "Laïcité"

Cédant à la pression de l'extrême-droite, Macron et son ministre de l'Intérieur tirent en tous sens en criant "Guerre à l'islamisme". Pour frapper les "aides directe et indirecte » à l'assassinat du Professeur…ils mettent en cause l’Observatoire de la Laïcité. Pou une laïcité qui exclue tout ce qui sort de leur norme identitaire. Lettre qui soutient le travail de l’Observatoire.

Cédant à la pression de l'extrême-droite, Macron et son ministre de l'Intérieur tirent en tous sens en criant "Guerre à l'islamisme". Pour frapper les "aides directe et indirecte » à l'assassinat du Professeur…ils mettent en cause l’Observatoire de la Laïcité. Car ils veulent une laïcité qui exclue tout ce qui n’est pas dans leur norme identitaire. Je reproduis ici la Lettre qui soutient le travail de l’Observatoire. Michel-Lyon.

 

Monsieur le Président,

Notre pays continue d’être secoué par des attentats islamistes, événements dramatiques qui, tout à la fois, peuvent rapprocher les Français et nourrir des antagonismes identitaires.

Le dernier acte de ce terrorisme a visé le cœur même de la République, à savoir l’école laïque. Un professeur de collège est mort alors qu’à travers son enseignement moral et civique, il participait à la construction de la citoyenneté. Cet assassinat ne doit pas nous diviser mais au contraire, comme vous l’avez souligné, nous conduire à faire bloc contre la barbarie.

Dans l’adversité, alors que les angoisses légitimes des Français peuvent conduire à des confusions qui renforceraient l’adversaire, nous croyons qu’il importe de garder recul et équanimité.

C’est à cette condition que l’État de droit républicain sera préservé dans ses principes fondamentaux de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous voudrions, à cet égard, en tant que chercheurs et universitaires travaillant sur la laïcité, les libertés publiques, les phénomènes religieux et les fondements symboliques du lien social, exprimer notre total soutien à Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, et à Nicolas Cadène, rapporteur général, qui, durant tous ces événements, ont su et savent encore, avec si peu de moyens, assurer contre vents et marées, en s’élevant au-dessus de toutes les querelles partisanes, les missions fondamentales de l’Observatoire  : fournir des informations objectives remontant du terrain, prévenir et souligner les dérives ­contraires à la laïcité, former et outiller les acteurs de terrain, permettre un dialogue constructif avec les représentants des grandes religions et courants de pensée, et enfin rappeler inlassablement les textes en ­vigueur des lois laïques de la fin du 19ème siècle jusqu’à nos jours, en passant par la loi de 1905.

Nous développons des approches disciplinaires distinctes et incarnons des courants variés, parfois très divergents, mais, au-delà de nos différences, nous reconnaissons unanimement le travail ­salutaire - de Jean-Louis Bianco et de Nicolas Cadène à la tête de l’Observatoire de la laïcité, tant il est considérable et palpable sur le terrain.

Et il est, à notre sens, absolument indispensable que ce travail continue et soit publiquement soutenu par les pouvoirs publics contre les injustes attaques et les tentatives de déstabilisation dont il fait l’objet, en particulier venant - entre autres - de courants identitaires, comme de ceux qui se plaisent à faire de la laïcité un catalogue d’interdits, oubliant qu’elle est d’abord un système de libertés.

Nous vous prions de bien vouloir croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre haute considération et de nos sentiments très dévoués

Signataires :

Jean Baubérot, Directeur honoraire à l’Ecole Pratique des Hautes Études (PSL).
Céline Béraud, Directrice d’études de l’EHESS.
Pascal Bourdeaux, Maitre de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Études (PSL).
Claire de Galembert, Chargée de recherche au CNRS.
Sébastien Fath, Historien, Chargé de recherche au CNRS.
Franck Frégosi, Directeur de recherche au CNRS, Chargé d’enseignement à Sciences Po Aix.
Stéphanie Hennette Vauchez, Professeure de droit public Université Paris Ouest-Nanterre, Institut universitaire de France.
Farhad Khosrokhavar, Directeur d’études de l’EHESS.
Francis Messner, Directeur de recherche émérite au CNRS, Professeur conventionné à l’Université de Strasbourg.
Philippe Portier, Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (PSL), Professeur à Sciences Po Paris.
Florence Rochefort, Chargée de recherche au CNRS.
Pierre Rosanvallon, Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Professeur au Collège de France.
Haoues Seniguer, Maître de conférences en science politique, Sciences Po Lyon.
Michel Wieviorka, Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
Jean Paul Willaime, Directeur d’études émérite à l’École Pratique des Hautes Études (PSL).
Michelle Zancarini Fournel, Professeure émérite d’histoire contemporaine, Université Lyon 1.
Thierry Zarcone, Directeur de recherche au CNRS, Chargé d’enseignement à Sciences Po Aix
Valentine Zuber, Directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études (PSL).

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A lire  :   https://reporterre.net/Islamo-gauchisme-et-capitalo-fascisme

La loi de 1905 et l'islam et la colonisation.  :   "(...) L’islam est pourtant une des principales religions présentent dans le pré carré français depuis le XIXe siècle comme le rappelle Raberh Achi dans ses travaux sur la laïcité appliquée à l’empire colonial. Car les croyants musulmans sont bien là mais majoritairement dans les colonies. Lorsqu’advient finalement la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, son application dans les territoires de confession musulmane fait éclater les contradictions coloniales et républicaines. Si le principe républicain réclame l’application universelle de la laïcisation de la société à l’ensemble des territoires sous domination française, c’est-à-dire la liberté de conscience, le libre exercice du culte et la neutralité de l’État, pour garder le contrôle sur les pratiques religieuses indigènes et préserver la domination coloniale, des adaptations locales sont inventées en Algérie : le financement des religions aussi bien musulmanes que catholiques s’y poursuit et crée un « islam officiel » contre les confréries religieuses reléguées à la marge jusqu’à l’indépendance en 1962. C’est dans ces zones d’exclusion de la religion autorisée que sont nés dans les années 1930 les discours de contestation et paradoxalement la revendication de la séparation de l’Église et de l’État dans les colonies contre l’interventionnisme de l’État dans la sphère religieuse. Une velléité interventionniste qui pourrait se répéter sur le territoire français aujourd’hui dans les discussions de projet de loi sur le séparatisme, et une loi de 1905 qui peine toujours à s’appliquer à la religion musulmane qu’elle touche pourtant depuis sa rédaction, il y a aujourd’hui plus d’un siècle."      https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/la-loi-de-separation-de-1905-entre-leglise-et-letat-et-lislam

Comment s'est formé l'islam d'aujourd'hui ?   

Le site de réflexion Daraj (L’escalier), basé au Liban, en fait partie. Cette semaine, le magazine Courrier international publie la traduction d’un texte important, mis en ligne sur Daraj. Titré « Les dictatures du monde arabe ont entraîné l’Islam dans leur faillite », il est signé Abdallah Hassan.  depuis les indépendances, l’islam, n’a cessé d’être instrumentalisé par des despotes incompétents pour masquer l’échec de leur politique. Je cite : « Mettre les oulémas à l’honneur et multiplier des mosquées était un moyen de contrôler la population à moindres frais. Il aurait été plus difficile d’ouvrir à leur peuple des écoles et des universités de qualité. (…) Cet attelage entre dictature militaire et discours religieux continue d’exercer son emprise sur des millions de gens. Mais là où les régimes pensaient que les mosquées allaient d’administrer au peuple de l’opium, elles ont au contraire transformé les ouailles en bombes à retardement. » 

Toutes les religions, ainsi que l’expliquait récemment la rabbine Delphine Horvilleur, évoluent et se métamorphosent avec le temps. Nonobstant les intégristes, qui voudraient « vivre comme au temps du Prophète », l’islam n’est pas, non plus, une essence, qui aurait traversé le temps en demeurant inaltérée. "L’islam n’a pas cessé d’évoluer", écrit Abdallah Hassan. « Et les nouveaux régimes ont à leur tour apporté leur ADN à l’islam. » Ils l’ont modifié, hélas, dans le sens d’un autoritarisme accru. C’est pourquoi, plaide-t-il, il faut « réinventer l’islam ». En faire un « islam de l’excellence », alors qu’il est devenu "la religion « des Etats faillis".

« Pourquoi le monde arabe – parlons avec franchise – est-il si arriéré ? » demande Mohamed Chtatou ? A cause des carences des différents systèmes d’enseignement, est sa réponse. Je le cite encore : « La propagande hypernationaliste, la rhétorique d’exclusion et le discours religieux dogmatique ont été leurs traits caractéristiques. Le résultat a été que des générations d’Arabes ont non seulement été privées d’une bonne éducation, mais qu’elles ont appris à être étroites, intolérantes et mal équipées pour participer à un monde globalisé et compétitif. » 

« Traditionnellement, les systèmes éducatifs arabes étaient axés sur le contrôle. Les écoles enseignaient l’obéissance au régime, plutôt que la résolution des problèmes, la pensée critique et la liberté d’expression. » « Mais les démocraties ont besoin de sociétés ouvertes, avec des cultures qui embrassent _la diversité et le pluralisme_, acceptent les opinions contradictoires, tolèrent la dissidence et reconnaissent que toutes les vérités ne sont pas absolues. » Mais « les forces du statu quo considèrent les étudiants indépendants, créatifs et bien éduqués comme une menace. » 

En Tunisie, Habib Bourguiba avait limité l’enseignement proprement religieux à une ou deux heures par semaine et favorisé le bilinguisme pour ouvrir les jeunes Tunisiens sur le monde. Alors que dans les écoles saoudiennes, les cours de religion se voient accorder huit heures par semaine, contre seulement cinq pour les mathématiques et trois pour les sciences. Ce n’est pas par hasard que la démocratie ait triomphé en Tunisie, alors que les Printemps arabes ont été ailleurs des échecs, souligne  Mohamed Chtatou. (cf Article 19, revue marocaine.)

« A bas l’intelligence, vive la mort ! » disaient les fascistes.

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