123. Universalisme, racisme, racialisation.

La doxa néolibérale s'autoproclame universelle parce qu'elle s'impose partout. Lorsqu'une "minorité" se proclame racialisée par le dominateur ou discriminée par les machos ou par les valides, c'est taxé de prétention identitaire, donc séparatiste, donc portant atteinte à l'unité nationale. La perversion des campagnes conduites par trois ministres retourne le réel comme un gant.

La doxa néolibérale s'autoproclame universelle parce qu'elle s'impose partout. 

La proclamation d'"universel" doit toujours être passée au crible :   quels rapports d'exploitation, de domination englobe t'elle ?  Quelles voix, quelles protestations étouffe t'elle, Quelles capacités d'initiatives veut-elle garder sous contrôle ?  La véhémence contre les réunions de travail réservées à une catégorie infériorisée est éminemment suspecte de préserver des formes d'exploitations sournoises, difficiles à cerner.

Le racisme a sa source dans les dominations sociales qui se justifient en hiérarchisant les groupes sociaux de sorte que la domination soit divine,  "naturelle", biologique, héréditaire, et culturelle.

Au sommet de la Création, l'homme, blanc, valide, représentant de la divinité aujourd'hui financière, qui se hausse du col à peu de frais en méprisant "ceux qui comptent pour rien".

Asservissements "naturels", sur les femmes, les personnes handicapées, et sur les populations non blanches. Et droits illimités sur leurs corps, sur leur travail, sur leurs terres et ressources.  Les différences de mode de vie, ou de religion, sont aussi des critères d'asservissement pour les formes fondamentalistes de chaque religion.

La racialisation que tous combattent résulte du regard du blanc machiste possesseur. (Quand je me réveille, je ne me sens pas noir, jusqu'à ce que je rencontre le regard de l'homme blanc)  (Femmes, nous ne sommes pas des proies) (Un handicap n'est pas une infériorité : égalité !)

Les sociétés racistes se caractérisent par une ségrégation spatiale, qui sépare des groupes favorisés au train de vie luxueux, très protégés y compris sur le plan judiciaire. Et divers groupes laborieux :  comptables, juristes, artisans chargés de leur bien-être, services et sécurité. Et moins qualifiés en chambres de bonne,  en banlieues et à la campagne pour les fruits frais et les loisirs sains. Ou privés de travail et de ressources relégués hors de vue.

Différenciation dans l'éducation et le relationnel pour la promotion sociale qui reproduit une "élite" autoproclamée qui se considère dé-responsabilisée de ses actes, au-dessus des lois faites pour le commun.  "Elite" mue par la recherche du profit et des plaisirs "quoi qu'il en coûte" à autrui. 

"Elite",  caste mafieuse qui se croit légitime à détruire des populations de réfugiés chassés de leurs lieux de vie par la domination néolibérale. Populations haïes et méprisées depuis plusieurs siècles d'esclavage puis de colonisation industrielle.

La violente dégradation de la société grecque  agressée à partir de l'été 2015 par la Troïka sous prétexte de dette, devance le devenir de notre propre pays, notamment en destruction des services publics et dépendances en approvisionnements.  

Or toutes ces différenciations ont leurs trames dans toutes les formes de racismes qui ne s'expriment pas par des règlements, Mais par de subtiles et efficaces processus, d'autant plus complexes à analyser et contrer. *

L'universel que nous cherchons à construire dans nos mobilisations veulent permettre à chacun d'être reconnu dans sa différence et d'inventer l'apport qu'il peut faire au combat commun, à l'oeuvre commune. 

L'universel ne se décrète pas : il se vit et se constate lorsqu'il existe.

Ajout du 7 mai 21

* https://blogs.mediapart.fr/etienne-balibar/blog/070521/racisme-antisemitisme-islamophobie

A lire:  Lilin Thuram. La pensée blanche  Ed. Ph. Rey   Article de présentation du livre :https://ujfp.org/lecture/thuram-encore/?sfw=pass1621854468

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