S 22. Mutation néolibérale : sa victoire... et sa perte.

L'emprise des Marchés sur les Etats de la planète s'affiche et nous coûte très cher. Les gouvernants se coulent dans leurs Règles d'Or. Les peuples qui se battent pour leur survie subissent une guerre multiforme. Les peuples sont confrontés à un éco-système destructeur mondialisé qu'il faut apprendre à combattre ensemble.
  • On connaît  les revirements récents du FN qui ne veut  plus sortir de l'euro et de l'UE. Le revirements dans le discours de Macron pour chaque réforme. Revirement historique du PS un an après l'élection de Mitterrand.  Retournement sous la violence, de Siriza à Athènes etc.…

Ainsi s'affiche la victoire des Marchés.

1. Commençons par contrer l'accusation inévitable de complot :

Je rappelle la longue stratégie développée à partir du Colloque Walter Lippmann août 1938 organisé par le professeur Rougié, puis en 1947 la société du Mont-Pélerin etc... Stratégie qui a consisté à diffuser patiemment le socle de ce qui est l'actuel néolibéralisme, sur tous les continents, dans les milieux universitaires, bancaires, affaires, industriels, et bien sûr dans les Ecoles supérieures à commencer par les Ecoles de journalisme, etc...

Cette longue marche a été décrite dans de nombreux ouvrages.

Lorsque dans les années 70 la mise en pratique  par Reagan et Thatcher s'est concrétisée, les réseaux nombreux, appuyés sur des Fondations, des think tanks, des acteurs convaincus, étaient prêts à agir pour "Libérer les forces des Marchés" . La dictature de Pinochet sur le Chili et plusieurs pays d'Afrique ont été les premiers champs d’expérience à l’échelle de pays.

2.    Cinquante ans plus tard, le néolibéralisme a développé sa théorie. Il ne dénonce plus les Etats et les politiques publiques comme ennemis à neutraliser. Mais il a reformé niveau par niveau les Etats pour en faire les instruments de sa domination, domination supra nationale. Et il a en tous domaine réalisé une interpénétration contraignante, qu'il faut repérer.

Une stratégie d'emprise sur les nations sur les Etats du monde, et sur les instances internationales est solidement installée. Et cela ne se réduit pas au jeu des lobbies. L'intérêt national de chaque pays n'est plus pris en charge à aucun niveau. En creux de leur discours, Macron et Philippe nous en assènent des preuves tous les jours. Il l’y a pas d’autre choix. En toute chose, pas d'alternative aux reformes néolibérales. Aussi le " débat" ne peut être que série monologues pour ressasser l'obligation de se soumettre même à ce qui est inadmissible. Les peuples et leurs souffrances sont délibérément ignorés. Effacés.

Ce constat est indéniable.   

Le surgissement des Gilets jaunes a cette fonction : imposer la présence et la parole des effacés. En métropole et dans l'Ile de la Réunion. Et cependant, l'abondant monologue macronien du Grand Débat deux fonctions : Impossible que je vous entende. Mais dites moi ce que je dois faire et je m'en servirai pour vous berner.

https://www.mediapart.fr/journal/international/150219/des-activistes-au-royaume-uni-le-brexit-est-une-diversion/commentaires

https://blogs.mediapart.fr/alexis-chaussalet/blog/020419/la-reunion-terrITIL ré

Les luttes sociales sont séculairement habituées à avoir comme interlocuteur le souverain et son entourage, à qui arracher des concessions. C’est FINI !

Désormais, viser le seul jeu oral des partis et groupes politiques qui rivalisent de tromperie, est inepte.

Le néolibéralisme ne se réduit pas à des règles économiques qu’il faudrait contrebalancer par le rapport de forces.. 

Lgouvernance néolibérale est idéologique (étudier les glissements sémantiques dans les discours gouvernementaux ; les crédits de la Culture essentielle dans l'émancipation sont déviés vers les sociétés du spectacle pour les foules)

son pouvoir corrupteur est institutionnel, Il ne se réduit pas à acheter politiciens et experts, non plus qu'à placer des pions aux postes clefs.   Il dévoie fondamentalement les missions des institutions. Le gouvernement ne définit plus de politique sociale : les services publics sont outillés pour la gestion de masse des publics, dans l'intérêt du profit privé. Le management en est un outil pour l'emprise sur les subordonnés. 

Domination et abus de pouvoir sont les principes d'action fondamentaux du néolibéralisme. Ses procédés pour façonner notre façon de nous concevoir et de concevoir le monde sont considérables, utilisent toutes les technologies de masse. Et s’emparent de l’enseignement. Il s’appuie sur la propagation des drogues dont l’alcool, pour casser la révolte de la jeunesse.

Sa dynamiques, ses valeurs sont différentes. Le capital humain  n'est plus qu'une marchandise sur un marché au moins disant. Les Etats ne sont plus que des pions sur une table de jeu.

Les citoyens ne sont plus reconnus : ils ne sont vus que comme masse d'assujettis, d'objets méprisables qu'on doit berner ou écraser. Un tract syndical de police écrit le mot cafards pour désigner les citoyens qui protestent dans la rue.

Avant l'envoi massif des emplois productifs en Asie, la financiarisation de l'économie de production s'était expérimentée avec les holdings et le morcellement en filiales plus ou moins factices, mais dépendantes. La délocalisation supranationale s'expérimentait. Le nombre de paradis financiers a alors explosé.

Ce qui reste d'entreprises de production est malaxé par les jeux spéculatifs exercés par les marchés.

Ecouter 3 interviews sur France-Culture mardi 23 04 2019. Le néolibéralisme dans un paradis fiscal : Monaco. Sidérant. La norme de référence !

Les Etats sont mis en rivalité au mieux disant. Ce qui généralise les captures, les exonérations, la casse des droits des travailleurs, et subventions publiques pour attirer ce qui est abusivement appelé investissements, mais vraies razzias et concours spéculatifs. Coûts évidemment compensés par la compression des conditions imposées aux populations. Aucun niveau de décision ne prend en charge l’intérêt des populations. Les Etats sont de plus en plus réduits au prélèvement de l’impôt et à la répression violente. 

Depuis les années 70, progressivement des zones d'apartheid ont été formées privées de présent et d'avenir. Ecouter :    https://www.mediapart.fr/journal/france/250419/ce-que-veut-dire-etre-pauvre-en-banlieue    La concentration des difficultés est organisée. Services publics y sont sous-dotés. Beaucoup veulent réussir, et ne veulent pas quémander les aides sociales.L'appel de Grigny voulait lancer une réconciliation nationale, (22 mai)  

En quoi la société française après trente ans de refondation néolibérale diffère t'elle de la politique de Victor Orban, dont Macron proclame qu'elle est illibérale ???


Mais ce n'est là qu'une description macroscopique, qu'il importe d'affiner dans chaque domaine de la vie publique. Et affiner par exemple lors du remplacement du candidat Fillon par le candidat-surprise Macron : quels acteurs ont joué ce coup ? Préparé comment ? (une partie de la réponse est dans cet interview https://www.youtube.com/watch?v=-FGHlHiFq8Y Denis Robert interviewe Marc Endeweld qui a publié  "Le Grand Manipulateur : les réseaux secrets de Macron")

Et affiner l'examen au niveau européen, en vue de la proche élection au parlement UE, 

Travail énorme, mais fondamental, pour amplifier la portée des manifestations massives qui surgissent dans de plus en plus nombreux pays. 

 Construire un système quel qu'il soit, limite un fonctionnement democratique, enferme et pervertit l'intelligence collective dans une grille de lecture du réel,  finit par substituer au cosmos les limites de champs de batailles stupides, au nom d'absolus illusionnistes auxquels tout doit être sacrifié. Tout système centralisé tend vers l'autoritarisme.

La guerre a été une façon de faire la politique. Avec la mutation néolibérale, c'est la politique qui est devenue une façon de faire une guerre d'exterminations. Qui vise des peuples ET qui du même coup casse les rythmes de l'évolution de la vie sur cette planète.

Aux systèmes de l'époque encore récente des royaumes, et empires, s'est substitué un système unique, multipolaire, conflictuel et destructeur,  ingouvernable, où solidarité et écologie sont des délits réprimés comme des crimes, système qui ne supporte pas une once de démocratie.

La Nef des fous.

Quelle issue ?  Par la poésie, par la solidarité, résistance et résilience, et en défendant la démocratie pied à pied.

 

3. En 50 ans, le néolibéralisme a produit une nef des fous ingouvernable.

Sa faiblesse est d’être fondé sur la guerre contre les peuples, sur la concurrence sans entrave pour le seul profit,  sur le dogme de la domination de chacun sur tous,

et sur la spéculation planétaire gérée par les Marchés, qui a rejeté en Asie le travail producteur des richesses.

C'est un partage des tâches suicidaire.

 

Devenu capitalisme de spéculation trans-nationale, il s’appuie non plus sur les Etats mais sur les Paradis financiers, et réalise avec les Etats sous son emprise un éco-système qui épuise les pays, leurs richesses et leurs populations. Il a généralisé la concurrence jusqu’en son sein.

Il ne s’agit pas d’une « oligarchie » mais d’un marigot de requins qui se déchirent, s’arrachent les prises et les profits. Un écosystème éminemment conflictuel, spontanément structuré en forces mafieuses, au- dessus les jeux politiciens des pays.

Menacé par les luttes de décolonisation par les révoltes ouvrières et paysannes rejointes par les déplacés des banlieues, le capitalisme a opéré sa mutation néolibérale dans les années 70. qui lui a donné un sursis.

Ingouvernable, foncièrement destructeur et fondé sur la violence, le capitalisme néolibéral ne survit que par la guerre multiforme contre les peuples de la planète qu'il s'efforce de morceler et opposer entre eux.

Impasse.

Les Printemps arabes ont sonné le début de sa perte. Ils ont été violentés. Mais la révolte s'étend. Elle expérimente de nouvelles voies.

 

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