L'autre Israël...

Souvent, quand on évoque ce qui se passe en Palestine, on oublie de préciser qu’à l’intérieur de la société israélienne, des gens se battent au quotidien au côté des Palestiniens. A Tel Aviv, Ifraim Davidi, un syndicaliste d’une cinquantaine d’année, barbe de plusieurs jours, membre du parti hadash, un parti qui compte 4 députés à la Knesset (parlement israélien) nous reçoit dans son bureau. Anti-sioniste, il fait le lien entre capitalisme et occupation.

Est-il difficile d’être anti-sioniste en Israël ?

Aux dernières municipales de 2008, notre liste Une ville pour tous s’est présentée contre une coalition sioniste (Kadima, Likoud, Travailliste…) et malgré notre anti-sionisme assumé, nous avons réalisé 30 % des voix. Oui, c’est difficile parfois d’être anti-sioniste parce que certains ne comprennent pas que l’on puisse être Juif Israélien et anti-sioniste et qu’il nous est même arrivé de recevoir des menaces. Ceci dit, cela ne nous empêche pas, et ne nous empêchera jamais de nous battre aux côtés de nos frères Palestiniens. On peut aussi évoquer le cas des Refuznik ; ces jeunes israéliens qui refusent d’exécuter leur service militaire et qui paient le prix fort puisqu’on le jette en prison.

- De France, on entend que les Israéliens, dans leur grande majorité sont pour un état palestinien et pourtant le mouvement de la paix en Israël n’a jamais été aussi peu audible. De plus, lors du mouvement des indignés, la cause palestinienne était absente des revendications.

ID : Et pourtant, je peux vous assurer qu’il existe. C’est vrai que dans les années 80, il y avait plus de monde dans les manifestations contre l’Occupation israélienne. Aujourd’hui, il faut attendre un gros événement pour que les gens se mobilisent, c’est ce qui passé durant l’opération plomb durci à Gaza en 2009. Les temps changent et les modes d’actions diffèrent. Nous sommes actifs sur internet et nous essayons de faire prendre conscience aux Israéliens que le soutien au gouvernement israélien est une menace, non seulement pour les Palestiniens, mais également pour le peuple israélien. Nous restons persuadés que les Israéliens sont prêts à lâcher l’Occupation mais le gouvernement, comme dans d’autres pays, utilisent la peur avant chaque élection pour monter les peuples entre eux. Nous échangeons aussi toujours avec nos homologues palestiniens. En ce qui concerne le mouvement des indignés auquel nous avons participé, je vous assure que beaucoup en parlaient, notamment notre parti, mais que les médias ont préféré taire ses revendications.

- Que pensez-vous de la division des partis palestiniens ?

Pour nous, clairement, elle sert les intérêts du gouvernement israélien car il se sert de ce prétexte en répétant qu’il n’y a pas d’interlocuteur fiable. Ce n’est pas un hasard si Marwan Barghouti croupit dans une geôle israélienne depuis 10 ans, il est l’un des rares, voire le seul, à pouvoir unifier les partis palestiniens entre eux.

45 ans d’Occupation, 500 000 Colons en Cisjordanie, des millions de réfugiés palestiniens, peut-on encore espérer ?

-Oui : la fin de l’Occupation ne peut qu’arriver si la Communauté internationale le décide et c’est à vous, citoyens, où que vous êtes, de faire pression sur vos gouvernements pour qu’Israël respecte les résolutions de l’ONU. En interne, le coût de l’Occupation obligera Israël à terme à lâcher prise : Israël dépense des milliards d’euros pour maintenir ses colonies. Pour finir, je dirai qu’il est important que des internationaux viennent sur place, dans les Territoires Occupés palestiniens afin de rendre compte de la réalité.

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