Bayrou et ses plans quinquennaux

Après celui qu’il avait mis en avant début mai 1993 alors qu’il venait d’être nommé ministre de l’Education nationale ( « réduire de moitié en 5 ans le nombre des enfants qui ne savent pas lire» ), François Bayrou vient de réitérer dans l’engagement quinquennal.

Après celui qu’il avait mis en avant début mai 1993 alors qu’il venait d’être nommé ministre de l’Education nationale ( « réduire de moitié en 5 ans le nombre des enfants qui ne savent pas lire» ), François Bayrou vient de réitérer dans l’engagement quinquennal.
Lors de son discours de  clôture au Forum qu’il a organisé à la Maison de la Chimie samedi dernier, François Bayrou a en effet solennellement  mis en tête de ses 30 « propositions et engagements » le nouveau plan quinquennal suivant : « Il faut un contrat de progrès entre l’école et la nation. Ce contrat doit garantir les moyens existants, et préciser les objectifs que la nation assigne à l’école. Le progrès que nous nous assignons, il doit être vérifiable. C’est pourquoi je fixe un objectif : que dans les cinq ans, l’école française entre dans les dix premiers du classement international pour la compréhension de l’écrit, le calcul, les connaissances scientifiques, et la lutte contre les disparités sociales ».
On veut croire ( pour les ‘’enfants’’, ‘’l’école’’ et ‘’la nation’’ ) que cet engagement quinquennal  pourrait avoir une issue plus heureuse que celui que François Bayrou n’avait pas hésité à prendre il y a presque 20 ans déjà, alors qu’il venait juste d’être nommé ministre de l’Education nationale dans le gouvernement Balladur : « Il faut engager une politique ambitieuse pour réduire de moitié en cinq ans le nombre des enfants – 30% actuellement – qui ne savent pas comment lire et comprendre un texte simple » ( « Le Monde » du 3 mai 1993 ). Et il était revenu solennellement à la charge le 5 septembre 1993 dans l’émission « L’heure de vérité-France2 » en affirmant qu’il n’avait pas désarmé dans son « objectif presque fou » de diminuer de moitié en cinq ans le nombre d’enfants non-lecteurs entrant en sixième. Mais presque quatre ans après, à une journaliste du « Monde » qui lui demande le 8 mars 1997 : « Qu’est-il advenu de votre objectif de diminuer de moitié le pourcentage d’élèves qui entrent en sixième sans savoir lire ? », le ministre de l’Education nationale François Bayrou répond : « J’espère que les changements intervenus dans les programmes et dans l’organisation de l’école ont un peu amélioré les choses. Je n’ai pas réussi à faire naître le grand débat qui est le préalable à tout progrès ».
Le nouvel engagement quinquennal pris ce week-end par François Bayrou ne serait-il pas à son tour un « objectif presque fou » ? Si l’on comprend bien la référence ( « être dans les dix premiers du classement international pour la compréhension de l’écrit, du calcul, les connaissances scientifiques, et la lutte contre les disparités sociales » ), il s’agit des classements effectués à partir des tests passés au cours de leur seizième année par les filles et les garçons d’une quarantaine de pays dans le cadre du programme international ‘’PISA’’ . Il faut savoir que les résultats des élèves français sont actuellement à peine dans la moyenne pour ce qui concerne les différentes épreuves, et que nous sommes parmi les tout derniers pour ce qui concerne les « disparités sociales » ( la France fait partie des pays où l’écart des résultats est le plus grand entre les élèves d’origines socio-culturelles favorisées et  ceux d’origines socio-culturelles défavorisées ).
C’est donc manifestement un rude ‘’challenge’’, surtout si l’on prend conscience que la période envisagée pour ‘’redresser la barre’’ ne durera que cinq ans et que l’on sera donc jugé sur les élèves ayant 10 ans révolus actuellement ( et 15 ans révolus dans cinq ans, pour être testés par PISA ). Les redressements à faire ou qui auront été faits dans l’enseignement primaire ou préélémentaire durant les cinq ans à venir ( en particulier à l’âge des apprentissages premiers, pour lesquels à peu près tout le monde s’accorde pour dire leur importance) ne pourront donc être pris en compte  dans ce délai de cinq ans ( et , en gros, seules les avancées possibles durant les ‘’années collèges’’ pourront avoir un effet sur les élèves testés par le programme international PISA au terme du « plan quinquennal » envisagé par François Bayrou ). A priori, une mission quasi impossible… En fait, une simple ’’annonce’’ si l’on y réfléchit ?

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