Billet de blog 9 janv. 2012

L'aprésident

Ça y est, c'est fini. Le soi-disant président pas encore candidat est en réalité tout entier candidat et déjà plus président. TVA sociale, taxe Tobin, commémoration de Jeanne d'Arc…: avec le mélange typique d'accélération du rythme, de signaux clientélistes et d'effets de contre-pied qui font l'ordinaire du Sarkozy en campagne, le Clausewitz de l'Elysée met clairement les outils de la présidence au service de sa réélection.

André Gunthert
Enseignant-chercheur, EHESS
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Ça y est, c'est fini. Le soi-disant président pas encore candidat est en réalité tout entier candidat et déjà plus président. TVA sociale, taxe Tobin, commémoration de Jeanne d'Arc…: avec le mélange typique d'accélération du rythme, de signaux clientélistes et d'effets de contre-pied qui font l'ordinaire du Sarkozy en campagne, le Clausewitz de l'Elysée met clairement les outils de la présidence au service de sa réélection. Plutôt que sur un bilan qu'il sait calamiteux, plutôt que sur l'annonce improbable de projets inexistants, le candidat de la majorité a choisi de tout miser sur un activisme instantané, étrange programme qui a l'avantage de le présenter sous son meilleur jour devant les caméras – mais le gros défaut de postuler un électorat doté d'une mémoire de poisson rouge.
Cette présidence interrompue avant l'heure n'aura depuis le début existé qu'en pointillés. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir voulu jouer les maîtres du monde. Président de théâtre, président de sommets, toujours attiré par les signes du pouvoir, sans jamais réussir à en comprendre ni à en maîtriser les ressorts, chaque fois un peu plus comédien sur la scène internationale, un peu moins crédible à domicile.
Faut-il que son propre camp ait partagé cette perception pour lui imposer les cures périodiques de "représidentialisation", qui disent assez à quel point l'acteur n'a jamais été à la hauteur de son rôle. Nico-le-petit restera l'homme des talonnettes – tentative de masquer un manque qui est moins celui des centimètres que celui de la grandeur. Jacques Chirac, qui avait débuté à la peine, s'était hissé à la hauteur de sa fonction dès le 16 juillet 1995, à l'occasion du discours commémorant l'anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, en reconnaissant solennellement la faute de l'Etat français. Sarkozy, à chaque fois qu'il a ouvert la bouche, a creusé un peu plus le fond de la piscine. Chef de clan, oui – jamais président de tous les Français.
Cette aprésidence donne dès maintenant la clé de l'élection. On peut voter pour quelqu'un qui donne l'impression d'avoir très envie de devenir président. Mais à quoi bon réélire celui qui l'a si peu été? Choisi parce qu'il prétendait avoir changé, l'élu est redevenu dès le lendemain du scrutin fidèle au pire de lui-même. Il est peu plausible que les Français aient la patience d'attendre la prochaine métamorphose. Pour tenir la promesse du changement, plutôt qu'une nouvelle volte-face, mieux vaut remplacer le personnage.

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