"Nouveaux métiers ou cache-misère?"

Par Christophe Trivalle, gériatre, Hôpital P Brousse.Présentés dans le rapport du député UMP Hénart comme de super infirmiers venant épauler des médecins débordés, ces nouveaux métiers « intermédiaires » répondent-ils à un réel besoin de santé publique ? S’agit-il d’un plus pour les malades ou au contraire de soins au rabais ? D’un progrès ou d’une simple mesure économique ?
Par Christophe Trivalle, gériatre, Hôpital P Brousse.

Présentés dans le rapport du député UMP Hénart comme de super infirmiers venant épauler des médecins débordés, ces nouveaux métiers « intermédiaires » répondent-ils à un réel besoin de santé publique ? S’agit-il d’un plus pour les malades ou au contraire de soins au rabais ? D’un progrès ou d’une simple mesure économique ?


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Rapport relatif aux metiers en santé

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_relatif_aux_metiers_en_sante_de_niveau_intermediaire_-_Professionnels_d_aujourd_hui_et_nouveaux_metiers_-_des_pistes_pour_avancer.pdf


Depuis 40 ans, les gouvernements successifs ont réussi à créer une pénurie de médecins en mettant en place un numerus clausus beaucoup trop bas. Le mot d’ordre était : moins il y aura de médecins, moins il y aura de dépenses de santé. Aujourd’hui, on en voit les conséquences : les médecins qui étaient au nombre de 207 000 en 2006 ne seront plus que 187 000 en 2020. Il faudra attendre 2030 pour arriver de nouveau à 205 000. Ce déficit organisé va survenir en plein « papy boom » alors que l’on devra faire fasse à une explosion des pathologies liées à l’âge et à la dépendance. D’où l’idée du métier de praticien paramédical pouvant remplacer le médecin dans certaines fonctions. Cette proposition étant basée sur ce qui se fait depuis longtemps aux USA qui ont comme chacun sait le meilleur système de santé au monde… Expérience reprise au Canada, en Angleterre et dans d’autres pays.
Parmi les exemples qui sont donnés, on peut citer : diagnostic, prescription d’examens ou renouvellement d’ordonnances par un infirmier praticien, détartrage par un hygiéniste dentaire au lieu d’un dentiste, anesthésie locale et petite chirurgie par un pédicure, les manipulateurs radio pourraient faire certains examens à la place d’un radiologue ou à distance à l’aide de la télémédecine, l’orthoptiste pourrait remplacer l’ophtalmologiste, un technicien formé remplacer l’anatomopathologiste pour les prélèvements, un STAPS remplacer un kinésithérapeute…
La liste peut être très longue et l’idée est déclinable à l’infini :
-on manque de médecins, on remplace par des infirmiers ;
-on manque d’infirmiers, on remplace par des aides-soignants ;
-on manque d’aides-soignants, on remplace par des agents hospitaliers ;
-on manque d’agents, on remplace par des auxiliaires de vie, etc.
Ainsi, alors qu’il faut au minimum10 ans pour former un médecin et seulement 3 ans pour un infirmier, on propose d’ajouter 2 ans supplémentaires pour les praticiens paramédicaux (5 ans). L’objectif serait en particulier de combler les déserts médicaux qui sont de plus en plus étendus. Mais personne ne tient compte du fait que 63% des infirmiers sont à l’hôpital, et que leur implantation en libéral reproduit en l’amplifiant les disparités géographiques des médecins généralistes qui prescrivent la majorité de leurs actes. Est-ce à dire que ces super infirmiers se verraient imposer leur lieu d’exercice ? On voit bien la dérive qui va se produire, de soignants moins qualifiés qui feront ce que les médecins ne veulent plus faire. Ce qui est déjà le cas dans notre pays avec les médecins à diplôme étranger qui sont sous payés et surexploités : par exemple, c’est eux qui assurent aujourd’hui la majorité des gardes de nuit dans les hôpitaux, qui assurent les urgences et qui font tourner les hôpitaux généraux.
Par rapport à ce nouveau métier de praticien, il n’est donc pas question de concurrence déloyale, mais d’une baisse progressive de la qualité des soins. L’objectif n’est donc pas une question de santé publique, mais simplement de combler un déficit (consécutif à une mauvaise politique de santé) par le moyen le plus rapide et le plus économique.

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