Le nouveau paradigme de la formation des infirmières

Ça tombe mal !A l'heure où les soignants tirent le diable par la queue tous les jours que Dieu fait le nouveau référentiel de formation des IDE (Infirmièr(e)s Diplômées d'Etat) appelle le terrain à assumer complètement son rôle dans la formation et l'évaluation des ESI (Etudiants en Soins Infirmiers).

Ça tombe mal !

A l'heure où les soignants tirent le diable par la queue tous les jours que Dieu fait le nouveau référentiel de formation des IDE (Infirmièr(e)s Diplômées d'Etat) appelle le terrain à assumer complètement son rôle dans la formation et l'évaluation des ESI (Etudiants en Soins Infirmiers).

Cela se traduit par la disparition de la MSP (Mise en Situation Professionnelle), indigne pentomime très consommatrice de temps et d'énergie et de surcroit, mode d'évaluation qui parasitait complètement les quatre semaines de stage. Ça tombe vraiment mal ou alors ça tombe très bien, c'est selon.

Très bien, puisque depuis plusieurs années un réajustement semblait nécessaire entre les attributions des services en matière de formation et celles des IFSI (Instituts de Formation en Soins Infirmiers). Il nous semblait bien, à nous cadres formateurs, que le terrain se retirait progressivement de ses obligations en matière de formation. Très bien, puisque dès lors que cette charge de travail importante est très clairement attribuée au terrain (jusqu'à quand ?) il devient assez clair que les institutions de santé au sens large doivent l'intégrer à leurs calculs en matière de resssources humaines. Là où ça devient franchement marrant c'est que je suis sûr que la T2A n'intègre absolument rien de cet aspect du problème. Comment donc financer le temps important passé par un tuteur à accompagner un ou plusieurs ESI ? Très bien, puisqu'il est de fait mis dans la balance que la charge de travail des soignants n'est pas calculée en fonction du réel des soins et de tout ce qui entoure les soins, y compris la formation des futurs soignants.

Il faut à peu près 2 heures à un tuteur dégourdit pour remplir le bilan de stage nouvelle formule d'un ESI. C'est une durée qui peut être estimée dans la mesure où la plupart des tuteurs mènent cette tâche en une seule fournée. Par contre beaucoup plus difficile est-il d'estimer les durées d'accompagnement lors des soins, les reprises théoriques et les discussions diverses clairsemées lors de la journée de travail. Une séquence d'Enseignement Clinique peut durer 2 heures et se renouveler durant un seul et même stage de 10 semaines. Il est apprécié par le formateur qui alors se déplace sur le lieu du stage pour rencontrer l'ESI ou les ESI (cela peut se faire avec plusieurs ESI) qu'un professionnel qui accompagne l'ESI ou les ESI (ça n'est pas forcément le tuteur) puisse se rendre disponible. Très difficile à obtenir apparemment, surtout dans les cliniques où le temps du personnel soignant de base est complètement digéré par les soins. Parfois les Cadres (appelés Maîtres de Stage dans le nouveau référentiel, mazette !) se rendent disponibles mais mon expérience indique qu'il s'agit souvent des cadres en psychiatrie. Il semble bien que la psychiatrie puisse encore accorder un peu de temps à la formation des ESI. Ne le disons pas trop fort quand même !

Très bien donc, car il faudrait enfin que nos élites (je ne parle pas de ce gouvernement lamentable pour lequel je n'ai qu'un mot : "Dégage !"), les tutelles des hôpitaux, les directeurs, les cadres supérieurs et autres décideurs, décillent leurs yeux collés de chiffres agglomérés à leurs lourdes paupières épuisées pour voir la réalité en face : il devient difficile de soigner à l'hôpital, alors former ...

Un nouveau paradigme, former à partir de la réalité pratique et non plus à partir de la théorie, j'ai encore tant à dire sur tout cela !

Les collègues des services sont évidemment surpris, mais est-ce vraiment une nouveauté ? que les étudiants arrivent en stage en sachant si peu de choses. Ils sont surpris et atterrés (eux aussi !) d'autant plus qu'aujourd'hui plus qu'avant, les soignants comptent rapidement les ESI comme du personnel d'appoint, une aide bien venue en ces temps austères. Comment leur en vouloir ? Mais ce n'est pas l'intention de ce nouveau référentiel que de combler les lacunes nationales en matière de recrutement. Non seulement les étudiants ne possèdent pas les rudiments du métier d'infirmier quand ils débarquent en stage en première année au moins mais en plus ils arrivent pour des durées plus longues et doivent apprendre tout sur le tas. C'est le grand retour de la formation sur le tas ! Apprendre les soins mais aussi trouver les ressources nécessaires à un compréhension juste des soins à réaliser. Demander à un ESI de première année de faire des injections sous-cutanées de Lovenox (R) pourquoi pas ? Personnellement je penche pour l'idée qu'un ESI devrait être en mesure de réaliser tous les actes de soins du service dans lequel il est accueilli ; les réaliser mais aussi en comprendre le sens, la fonction et l'usage. L'injection de Lovenox (R), à quoi sert-elle pour cette personne, pourquoi en sous-cutané, ... ? Savoir pourquoi, savoir comment. Cela consomme du temps mais ce n'est qu'à cette condition que nous formerons des praticiens réflexifs.

Ils servent à quoi les formateurs des IFSI, si tout ce fait en stage ?

Tout ne se fait pas en stage. L'acquisition de beaucoup de connaissances (nous avons intégré le circuit LMD et cela se traduit par un élévation sensible du niveau) et les formateurs travaillent avec les ESI sur l'assimilation de ces nouvelles connaissances fondamentales. L'Infirmière de demain devrait savoir plus de choses que ces ancètres, en sciences humaines mais aussi dans le domaine des savoirs fondamentaux en biologie, pharmacologie, santé mentale, etc... Les formateurs en IFSI travaillent avec les ESI à réaliser les liens qui vont leur permettre, en interaction avec l'expérience concrète du terrain, de considérer le sujet soigné comme une personne, dans toute sa complexité, dans son environnement familier, avec ses problèmes de santé mais aussi sociaux et psychologiques.

Malheureusement, le contexte de pénurie de personnel contraint les équipes de soins à des organisations qui sont peu favorables aux apprentissages, notamment par l'intermédiaire d'une division des tâches qui fragmente les informations et dissocie les soins des sujets soignés qui en sont les récipiendaires. Ces organisations sont également défavorables aux soins par ailleurs.

Donc, tant mieux si ce re-nouveau de la formation survient dans ce contexte difficile. Il aiguise les antagonismes et place chacun devant ses responsabilités. Nous avons affaire à un ensemble et non à une réalité schizophrénique. Les ESI seront d'autant mieux formés que les soignants qui les accompagnent trouvent dans l'ensemble de leur travail cohérence, sens et aussi, ça se perd en ces temps sarkoziens, satisfaction et plaisir.

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