Privatisation des CHU : le modèle de Marburg Giessen

Modèle de sociale démocratie pendant des décennies, l'Allemagne a connu depuis 10 ans une transformation importante de sa protection sociale et de ses services publics. Ainsi dans un de ses Lands les plus prospères, celui de Hesse (taux de chômage  5,9 % , PIB de 37 060 euros par habitant), un centre hospitalier universitaire a connu une expérience de privatisation dont on mesure aujourd'hui les résultats.

Modèle de sociale démocratie pendant des décennies, l'Allemagne a connu depuis 10 ans une transformation importante de sa protection sociale et de ses services publics. Ainsi dans un de ses Lands les plus prospères, celui de Hesse (taux de chômage  5,9 % , PIB de 37 060 euros par habitant), un centre hospitalier universitaire a connu une expérience de privatisation dont on mesure aujourd'hui les résultats.


Les CHU de Giessen et de Marburg ont été fusionnés en 2005 puis privatisés, achetés pour 110 millions d''euros par la RHÖN-KLINIKUM AG. Le CHU Giessen-Marburg est le troisième CHU d'Allemagne en taille et activités. Contre ce "bas prix" d'achat, une clause a été conclue entre RHÖN-KLINIKUM AG et le land de Hesse: le CHU privé ne peut exiger une subvention publique pour les soins. En revanche enseignements et recherches peuvent continuer à recevoir des fonds publics.

Après six ans d'expérience, les professeurs Hans-Peter Howaldt, chef de service et équivalent de président du Comité Médical d'Etablissement de Giessen (1145 lits d'aigus) et Hinnerk Wulf son homogue de Marburg (1196 lits d'aigus) écrivent une lettre ouverte en 22 points....en voici l'essentiel traduit

1/ la réunion puis privatisation des 2 CHU a été vécue positivement initialement par les signataires
2/ les signataires pensaient que la privatisation permettrait de pallier au défaut d'investissement et qu'ainsi l'avenir du CHU serait garanti
3/ durant ces 6 années de nombreuses restructurations ont été effectuées amenant une forte densification du travail pour les médecins et les paramédicaux
4/ le résultat économique est passé en 6 ans, pour Giessen d'un déficit de 20 millions d'euros et d'un budget à l'équilibre pour Marburg, à un excédent de 18 millions d'euros en 2011 pour le Groupe Hospitalier. Ces résultats sont obtenus malgré la charge des amortissements, de la dette et des intérêts d'emprunts
5/ cette amélioration des performances a été obtenue par l'excellente collaboration entre les responsables médicaux paramédicaux et économiques sur les 2 sites
6/ un changement dans cette collaboration a été perçu avant 2012 puisque il y a eu une interruption des investissements et des embauches sans explication
7/ la raison semble en être le modèle économique qui guide la RHÖN-KLINIKUM AG. Celle ci cherche 10% par an de marge supplémentaire pour amortir les investissements effectués. Il y a une constante recherche d'augmentation des bénéfices. Les 30 millions d'euros investis dans la recherche et l'enseignement semblent devoir être financés par les bénéfices dégagés par les soins.


8/ en 2012 c'est donc 40 millions d'euros qui doivent être dégagés ce que ne peut fournir un CHU.
9/ Par ailleurs il manque des investissements pour des rénovations de services vétustes (dermato et ophtalmo à Marburg, psy dans les 2 sites) pour un total de 100 millions d'euros
10/ sous prétexte de mesures de constructios il n'y a pas eu d'investissements en équipements médicaux
11/ la clause exlcuant les fonds publics était une erreur qui pénalise le chu
12/ le but de profit recherché par la RHÖN-KLINIKUM AG n'est possible qu'en diminuant le personnel, en diminuant l'offre de soins et le niveau de qualité
13/ Les médecins de Marburg Giessen doivent à leurs patients une médecine de pointe comme ailleurs en Allemagne
14/ la diminution de l'offre de soins est contre productive et nuirait à la réputation du troisième CHU d'Allemagne et aggraverait la pression économique
15/ les signataires conscients de leurs responsabilité médicale ne peuvent accepter une baisse de qualité. La baisse des effectifs entrainerait le détachement des chercheurs et des enseignants vers des activités de soins, ce qui serait un détournement de l'argent public du land de Hesse.
16/ dès à présent on dispose de nombreux exemples des pressions qui pèsent sur l'enseignement et la recherche
17/ les chefs de service ne comprennent pas que les efforts qu'ils ont déployés pour améliorer l'image que l'opinion avait du CHU soient ainsi anéantis
18/ cette crise démontre le conflit existant entre la poursuite du bénéfice de RHÖN-KLINIKUM AG et la recherche par les médecins et les paramédicaux de soins de qualité.
19/ Après des débuts prometteurs doit on considérer que l'expérience de privatisation par une entreprise cotée en bourse est un échec ou peut on espérer une modification du modèle économique pour se remettre sur la voie du succès ? Alors la recherche de bénéfices réalistes doit être revue. Les directives irréalistes se sont également traduites par un nombre élevé de directeurs des finances qu'a connu le CHU (16 en 6 ans)
20/ Les signataires ne comprennent pas que la RHÖN-KLINIKUM AG ne veuille plus travailler avec ces directeurs qui ont assuré le succès et l'augmentation des performances.
21/ Les signataires voient le futur du CHU avec inquiétude : les patients sont inquiets, les jeunes médecins ne souhaitent pas y prendre de poste, les étudiants sentent leur formation en danger, les chercheurs n'ont plus de perspectives.
22/ Puisque la privatisation est un échec il faut très rapidement, avant que les dommages soient irréparables, envisager des alternatives comme une renationalisation, concluent les deux signataires

...Paris n'est pas loin de Marburg : 509 km à vol d'oiseau, 650km par la route.

Que les managers tirent profit de cette proximité... et prennent garde à ne pas s'inspirer des expériences malheureuses de nos voisins !

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