Réduction des dépenses..un concours de bonnes idées

Deux inspections de ministère (Finances et Affaires Sociales) s'y attaquent, il faut maîtriser la dépense d'assurance maladie (http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_ONDAM_IGAS-IGF.pdf). Publication en Juin d'un rapport fourmillant d'excellentes idées : pousser les génériques, éviter les hospitalisations injustifiées, développer la chirurgie ambulatoire...du très classique en somme. Plus surprenants sont certains chapitres, qui, bien qu'entourés de précautions multiples semblent éclairer le parti pris des rapporteurs.

1/ Ils considèrent que la tarification à l'activité constitue un mode de financement pertinent. Pour mémoire ce mode de financement permet de verser aux hopitaux une somme par maladie quelque soit la durée de séjour du patient, la maladie sera payée de façon identique à l'hôpital..On connait les limites de ce financement : tri des malades pour obtenir des patients ayant des maladies "rémunératrices" (graves mais pas trop avec des patients en assez bonne santé pour sortir vite), tendance inflationniste, mauvaise prise en compte des facteurs allongeant les durées d'hospitalisation (polypathologie, précarité, admission non programmée...). Les rapporteurs ne s'arrêtent pas à cela. Non ils proposent même d'aligner le tarif sur celui des hôpitaux les moins chers (page 49)...malades précaires, vieux, polypathologiques ou arrivant aux urgences...méfiez vous !

2/ Encore plus audacieux, mais noté comme une décision politique à discuter, l'idée de réduire le "périmètre des dépenses de santé prises en charge par l'assurance maladie" ou "proposer un taux de remboursement inférieur pour les soins courants" (page 53 et suivantes) et enfin "d'attribuer un rôle plus actif aux organismes complémentaires" (page 56). Excellente idée, si la sécurité sociale ne rembourse plus l'objectif  de dépense (ONDAM) devrait être atteint...et le déficit résorbé !

D'ailleurs il est proposé de prendre exemple sur les néerlandais chez qui l'assureur complémentaire régule les dépenses de santé. Excellente idée : si la France dépense pour la santé 3970 dollars par an et par habitant...aux Pays bas c'est 5056...très efficient

3/ Réduire le nombre des équivalents temps plein dans les hôpitauxen s'appuyant sur les départs en retraite puisqu'une étude commandée à l'OCDE montre que la France à plus d'emplois hospitaliers pour 1000 habitants (cf graphique tiré du rapport) que les Etats Unis, la Suisse, le Canada, l'Allemagne...qui tous dépensent plus par tête d'habitant que la France (cf tableau cidessous).

Evidemment la belle étude ne nous dit rien de la part des établissements publics de santé dans la prise en charge des patients dans chaque pays (assez réduite aux Etats Unis par exemple)...résumons si pour 1000 habitants ces différentes nations n'ont pas le même nombre d'établissements publics, pourquoi comparer le nombre de personnel hospitalier employé ?

Si avec moins d'employés dans les établissements publics les Etats Unis, la Suisse, l'Autriche, le Canada et l'Allemagne dépensent plus (cf ci-dessus) à quoi bon évoquer une diminution des effectifs hospitaliers ?

En fait les auteurs cherchent toutes les pistes pour baisser la dépense publique de santé et non la charge globale des dépenses voire les restes à charge pour chacun. Peu importe si les propositions mettent à mal le socle défini en 1944 par le conseil national de la résistance. Ces pistes auront pour conséquences une augmentation des restes à charge, la bascule sur les organismes complémentaires des remboursements...

Bien frileux tout cela, pourquoi ne pas supprimer les hopitaux et la branche maladie de la sécurité sociale, l'ONDAM devrait ainsi être parfaitement respecté.

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