Non mais allo quoi... ya Louis-Philippe qui cause dans le poste

Du discours de Thiers contre « l’impôt sur le luxe et le revenu » (15/04/1833) à l'interview radiophonique d'un économiste libéral (11/05/2018)...200 ans de lutte contre l'impôt. Archaïsme libéral ou nouveau monde décrépit ?

Vendredi 11 mai 2018, 8h45, radio publique : « la réforme de l’impot (prélèvement à la source) sera utile s’il détruit l’impôt sur le revenu et le transforme en CSG, en un prélèvement proportionnel et non pas progressif sur le revenu »

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-11-mai-2018

à écouter vers 16'40

Des propos énoncés par un économiste à une heure de grande écoute sans rencontrer de contradiction. Quelques précisions : comme le signale le site vie-publique.fr la fonction de l’impôt peut être la contrepartie de la vie en société ou l’expression d’un lien de solidarité. La fiscalité peut être un instrument de financement des politiques publiques ou une politique publique à part entière. Un impôt proportionnel a un taux unique et invariant comme la vieille TVA , la plus récente (et amplifiée) CSG ou la « flat taxe » sur les dividendes. Cet impôt ne modifie alors pas la structure socio-économique, en revanche l’impôt progressif a un effet redistributif.

Ce vendredi matin, l’économiste était oublieux de deux des trois termes de la devise républicaine. Ni fraternel, ni égalitaire, il exprimait même clairement son rejet de l’égalité de tous grâce à l’impôt. 

Rien de très nouveau. Bien avant, Adolphe Thiers, alors ministre du commerce, prononçait le 15 avril 1833 un discours contre « l’impôt sur le luxe et le revenu » à la chambre.

Fleurs, fruits et légumes du jour - La poire - M. Thiers. © Alfred LE PETIT 1871 Fleurs, fruits et légumes du jour - La poire - M. Thiers. © Alfred LE PETIT 1871

« un gouvernement moral ne peut recourir à l’impôt sur le revenu, qui n’est, en définitive, qu’un impôt sur les riches ; vos illusions peuvent être très bienveillantes, nommez les même, par une expression très douce, des utopies, ce n’en est pas moins un impôt révolutionnaire, c’est un impôt de passion… On ne peut plus aujourd’hui fomenter la division entre les aristocrates et ceux qui ne le sont pas ; cette division n’existe plus, il n’y a plus même le prestige du pouvoir…mais il y a encore heureusement des riches et des pauvres, et c’est cette division qu’on veut fomenter » 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23685z/f25.image

Deux siècles plus tard les propos de l’économiste matinal résonnent comme un lointain écho du ministre pas encore versaillais. Décidément, sous les atours du nouveau monde affleure l’antique voire le vermoulu.

 

Compléments bibliographiques

https://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2007-1-page-56.htm

https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1997_num_75_4_4217

https://www.alternatives-economiques.fr/limpot-progressif-une-vieille-bataille/00034859

 

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