La plomberie du soin (partie 1/2)

En 10 ans, 45 000 lits ont été supprimés à l’hôpital public mais quoi qu’on fasse l’hôpital coûte trop cher. Soyons francs, ce qui coûte à l’hôpital, ce sont les patients et les soignants : si on supprimait les malades, on pourrait supprimer les soignants qui représentent 67% des dépenses.

En 10 ans, 45 000 lits ont été supprimés à l’hôpital public mais quoi qu’on fasse l’hôpital coûte trop cher. Soyons francs, ce qui coûte à l’hôpital, ce sont les patients et les soignants : si on supprimait les malades, on pourrait supprimer les soignants qui représentent 67% des dépenses.

Le développement des techniques médicales rend pour partie possible cet hopital sans malade et sans soignant. Tout va plus vite : la calèche des médecins a été remplacée par le camion du SAMU et on soigne l’infarctus en roulant sur l’autoroute avant même l'arrivée dans l'hôpital. Les avancées technologiques permettent « l’ambulatoire » : on vient le matin, on se fait opérer en journée et on rentre le soir chez soi. On a sa cure de chimiothérapie à domicile, on transmet par internet ses résultats à son médecin…Cela suppose que les malades ne soient ni trop malades, ni trop vieux, ni trop isolés et comprennent bien toutes les recommandations.

La durée d’hospitalisation est passée de 6.7  à 5.3 jours en 20 ans à l'hôpital, et on pourrait sans doute encore raccourcir puisque 5 à 15% d’hospitalisations seraient non pertinentes d’après une étude de l’IGAS (Enquête nationale pour l’évaluation des inadéquations hospitalières, étude IGAS/ Sanesco 2011). Ce travail isole un groupe de patients concernés par les hospitalisations inadéquates  - « individus  plus âgés, étant pour la plupart retraités, admis via les urgences, souffrant plus souvent de troubles cognitifs modérés ou sévères… » ; les papys un peu flappis, terreur des urgences et des services ; les intransférables, ceux qui n'ont pas de belles maladies soignables mais sont juste des malades incapables de rentrer chez eux après l’hospitalisation ; les un peu déments, les pas autonomes…

Nos décideurs sont dans la force de l’âge et ne se projettent que rarement dans l’avenir, déments et échouant aux urgences. Ils ont plein d’idées louables : « filiariser » les patients, développer des structures d’aval pour « fluidifier » les hospitalisations. Développer la plomberie est une excellente idée et nous y sommes tous favorables, il faut néanmoins garder en tête trois principes :

-                     Certains patients ont  trop de maladies intriquées pour la « filière » de sortie, trop de désocialisation, etc… bref ils ne sont pas du « bon diamètre » pour la tuyauterie, ils sortiront difficilement ou ne se prêtent pas aux soins ambulatoires

-                     Développer des filières et l’ambulatoire suppose d’y consacrer des moyens, il faut garder des effectifs hospitaliers permettant de s’occuper des malades couchés ou debout, découpler pour partie effectifs et nombre de lits, ce qui n’est jamais l’objectif du décideur apprenti plombier.

-                     Un hôpital ne peut, en permanence afficher un taux d’occupation de 100% des lits, avec 100% d’hospitalisations pertinentes, au risque de ne jamais pouvoir faire face aux urgences et que la plomberie se bouche...la fuite est dommageable pour ceux qui ne pourraient rentrer dans les tuyaux et l'inondation en résultant ne sera pas un plus pour la santé publique.

La réorganisation hospitalière est souhaitable, elle est d’ailleurs permanente. L’hôpital sans lits est une belle idée économique. Elle est possible pour les malades pas trop malade. Mais elle doit s’appuyer sur des données réalistes et non sur des projets de plomberie industrielle. La plomberie doit-elle s’adapter au modèle économique ou doit-elle répondre aux besoins sanitaires ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.