Pas content les soignants ?

C’est le printemps, les publications fleurissent. Des livres grands publics et des articles scientifiques apportent des éléments sur la dégradation de l’höpital.

Pas content Hakim Becheur dans « colère blanche à l’hopital », il y rapporte son expérience de médecin hospitalier en Normandie puis à Paris. Même constat ici ou là bas : métier gratifiant, équipes motivées mais déboussolées et usées par le seul credo qui semble gouverner l’hopital : la rentabilité.

 

 

Il écrit en mêlant un récit du quotidien et une analyse de fond du système de santé. On s’y retrouve, c’est d’une totale justesse…alors comment comprendre les discours politiques..récemment la secrétaire d'état chargée de la Santé disait " ... le seul moyen de maintenir les fondamentaux de notre système de santé solidaire, issus de la Libération en 1945, c’est, comme je vous l’ai dit, de maîtriser les dépenses, en améliorant la qualité..." (discours de Nora Berra à l’occasion de l’Ouverture du Forum Economie Santé 16 novembre 2011). Hakim Becheur et elle même semblent ne pas vivre dans le même pays, il se trouve que qu'Hakim Becheur n'est pas tout seul...plus de 60 000 infirmières pensent comme lui !

Un article récent du British Medical Journal of Medicine (20 mars 2012) examine les données de 12 pays européens. 1105 Hôpitaux—488 dans 12 pays européens (Belgique, Royaume Uni, Finlande, Allemagne, Grèce, Irlande, Pays Bas, Norvège, Pologne Espagne, Suède, Suisse), et 617 en Californie, Pennsylvanie, Floride, et New Jersey. Une enquête sur 61 168 infirmières et plus de 130 000 patients.L'analyse a porté sur le ratio nombre de patients par infirmière; la participation des infirmières aux décisions (réunion des équipes appellée "staff à l'hôpital), leurs relations aux médecins, à la promotion de la qualité des soins, le burn out des infirmières (déclaration d'une dégradation des conditions de travail, de la qualité des soins, intention de quitter l'hôpital, décision effective), l'évaluation par les soignants eux mêmes de leur confiance dans la qualité des soins prdigués (recommanderaient ils leur hôpital à leur famille ?), la mesure de l'indice de satisfaction des patients

Les résultats ?

 

 

Résumons : indépendamment des type d'organisations hospitalières, des pays, des financements, dans les 13 pays étudiés les infirmières sont insatisfaites et montrent partout des signes de burn out...l'intention de quitter les établissements hospitaliers concerne 19% du personnel aux Pays Bas,  49% en Finlande et en Grèce. L'étude montre un bon lien entre satisfaction des infirmières et satisfaction des patients, quel que soit le pays...Chaque patient en plus dont doit s'occuper l'infirmière fait chuter la statisfaction (ratio patient par infirmière)...

Qu'en est il sur le terrain ?

Dans les hopitaux, le départ d'infirmières chevronnées n'est pas anodin : on ne remplace pas une infirmière par une autre. Quand une infirmière a travaillé dix ans dans un service, sa compétence, son expérience sont perdues et la nouvelle recrue mettra des années à acquérir cette qualification, même si elle a son diplôme en bonne et due forme. Il est infiniment plus rapide de détruire une équipe que d'en reconstruire une. Pour pallier à la pénurie soignante, à vouloir "mieux organiser", faire tourner les infirmières d'un service à l'autre, d'une équipe à l'autre, les équipes sont détruites et les infirmières partent. A Paris plus de 600 postes d'infirmières ne sont pas pourvus. Ce n'est pas qu'une question de prix du logement, qu'une question de salaire...il y a dix ans le salaire d'une infirmière était déjà bien faible par rapport à la charge de travail et rares étaients celles hébergées dans des logements dépendant de leurs établissements...


Comment décrire la colère et l'amertume de ceux qui quittent les hôpitaux ? Elles n'en peuvent plus les infirmières du management qui confond, sans doute volontairement, efficience et économies, de l'inflation des procédures qualités dans les hopitaux pour pallier aux dysfonctionnement...

Au final c'est l'exécutant qui aura toujours tort et non le gestionnaire qui lui aura rendu la tâche impossible.

Hakim Becheur a raison, le constat est sans appel : la diminution des budgets -depuis plusieurs années l'ONDAM hospitalier croit moins que l’augmentation mécanique des besoins des établissements- la marchandisation de la santé casse notre système de soins.

Quelles que soient les campagnes de publicité

et le budget de comm' investis, il n'est plus possible de dissimuler le résultat , le système de soins français n'est plus le "meilleur du monde" .

 


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