Assange – Amnesty International se mue en International Guilty

Depuis le kidnapping de Julian Assange, l’ONG sensée défendre les citoyens bâillonnés se contente de brèves pas même dignes de l’AFP. Depuis l’audience du 21 Octobre à la Westminster Court, c’est pire. Il vaudrait mieux qu’Amnesty International se taise ; ou qu’elle fasse son travail.

Depuis le 11 avril 2019, date funeste que peu de monde garde en tête et pour cause, la mise au pilori de Julian Assange s’est déroulée en deux temps :

  1. Mise à mort morale d’un homme sous fond de fake news, de fautes déontologiques et de matraquage ciblé.
  2. En France, sous la forme d’un silence-indifférence quasi-total. Au Royaume-Uni et dans les autres pays occidentaux, sous la forme froide et laconique des rapports journalistiques agrémentés d’un savant dosage des informations parmi une diversité variable de sources, selon la nature des nouvelles.

Une “ONG“ représentative de sa corporation

La plupart des gens se sont ainsi détournés du destin d’un homme qui ne saurait pas se tenir, citoyens dont l’attention balance entre les soucis matériels grandissants, les luttes revendicatives et la pluie de vrais ou faux problèmes envoyés en pâture par les instances de pouvoir. Dans ce contexte de blocus politico-médiatique envers un informaticien-journaliste, deux ONG ont une responsabilité particulière. Reporters sans Frontières d’une part, qui publia un portrait non daté du « Héros de l’information » : « “Chantre de la transparence“ pour certains, “terroriste“ pour d’autres, Julian Assange divise ». RSF choisit son camp dans la lettre ouverte au fondateur de WikiLeaks du 12 aout 2010 : « En revanche, divulguer l’identité de centaines de collaborateurs de la coalition en Afghanistan est lourd de danger. » RSF n’accompagne ces allégations de « divulgations » d’aucune preuve, ni des dénégations pourtant solidement affirmées par le premier. Pourquoi donner la parole à un confrère quand on le défend si bien ? Le titre de la lettre ouverte, « Un mauvais précédent pour l'avenir d'Internet », inaugure ce travail collectif de la ligue journalistique, un travail agrémenté de la signature du secrétaire général François Julliard jouxtant celle, fortuite à n’en pas douter, de la représentante RSF à Washington DC Clothilde Le Coz.

Cette molle et très mal justifiée condamnation est suivie, après le kidnapping du 11 avril, d’un mol soutien qui ne sera même pas publié en langue anglo-américaine : « Arrestation de Julian Assange : RSF appelle le Royaume-Uni à respecter le principe de protection des sources journalistiques ».

Nous aurions pu attendre un peu mieux de l’autre organisation, jadis réputée compétente, fondée en 1960 par l’avocat (oui) britannique (et oui) Peter Benenson en faveur des prisonniers d’opinion (ouais).

L’internationale amnésie d’Amnesty

Dans son article le plus virulent paru le 21 octobre en langue franco-belge, le directeur adjoint pour l’Europe à Amnesty International est à deux doigts de faire vaciller la couronne d’Angleterre : « Le gouvernement britannique doit reconnaître le risque réel de subir de graves violations des droits humains qu’encourt Julian Assange s’il est envoyé aux États-Unis et doit rejeter la demande d’extradition ». Mais Massimo Moratti est loin d’assumer les responsabilités qui lui incombent. Il a beau jeu d’interroger l’avenir ; les droits humains de Julian Assange ne font-ils pas en ce moment même et depuis quelques années, l’objet de « graves violations » ?  Pour bonne part, la réponse a été donnée le 31 mai par Niels Melzer, représentant de l’ONU à la torture. Au vu de leur com’, Massimo Moratti et son staff ont pas dû faire gaffe.

Plus essentiellement, Julian Assange n’est pas un simple justiciable. Il est persécuté d’une manière flagrante et facilement démontrable, pour des raisons politiques. Des raisons qui rappellent puissamment la création de l’ONG « en faveur des prisonniers d’opinion ». Dans aucun des communiqués qu’il supervise depuis avril Monsieur Moratti ne mentionne ni ne discute la qualité de prisonnier politique de Julian Assange.

Il y a de quoi s’inquiéter pour Massimo Moratti : en mai, la caractérisation de « torture psychologique » faite par Niels Melzer lui passe sous le nez sans qu’il s’en aperçoive, et en l’espace de 6 mois il ne parvient pas à se rappeler de l’objet initial de son ONG : les délits d’opinion injustement condamnés. En route vers l’aveuglement et l’amnésie, l’homme aurait besoin de soins d’urgences. Nous pourrions lui conseiller les médecins de la prison de Belmarsh, mais leur incapacité à produire des rapports sur la santé de Julian Assange nous empêcherait de suivre la possible dégradation de son état ; cela ne serait pas juste.

On ne peut d’ailleurs guère reprocher à Monsieur Moratti de n’avoir pas fait état de l’état de santé psychique qu’ont pu constater, de leurs yeux et ouïes grands ouverts, les quarante personnes du public qui ont assisté à l’audience du 21 octobre où Julian Assange put, une fois n’est pas coutume, comparaître physiquement au tribunal. En effet, le communiqué d’Amnesty International est paru à 10 heures du matin ; trop tôt de quelques heures, c’est vraiment dommage. Ne jamais se précipiter, « Chi va piano va sano » disent les italiens. Un certain nombre d’observations, dont l’effort nettement visible qu’a dû fournir Julian Assange pour prononcer quelques phrases d’une importance sous-estimée, nous en reparlerons, démontre qu’il présente de graves symptômes de torture mentale. Il est indéniablement nécessaire de libérer cet homme qui ne demeure emprisonné que pour une raison formelle, à savoir l’omission par ses avocats de prononcer sa demande de libération auprès des juges, au terme de sa peine pour rupture de liberté conditionnelle (une vieille histoire, Massimo Moratti risque de ne pas s’en souvenir). Autrement dit, Julian Assange est théoriquement libre de ses mouvements depuis le 22 septembre 2019.

Sans Sans

Culpabilisation à la sauce aigre-amère-acide

Amnesty International ne peut se permettre le silence sur Assange. Le 11 avril, le 13 juin, le 21 octobre 2019, ils se fendent ainsi de communiqués de presse dont vous apprécierez le crescendo :

Julian Assange ne doit pas être extradé vers les États-Unis

Le Royaume-Uni doit refuser d’extrader Julian Assange vers les États-Unis

ROYAUME-UNI, J. ASSANGE NE DOIT PAS ÊTRE EXTRADÉ VERS LES ÉTATS-UNIS

Une telle montée en puissance, qui n’a d’égal que le décollage à pleins gaz d’un Boeing affrété par la CIA pour ses « extraodinary rendition », fait courir le risque du crash ultime :

LE ROYAUME-UNI N’AURAIT PAS DU LAISSER EXTRADER J. ASSANGE VERS LES ÉTATS-UNIS

Laissant de côté la politique-fiction, nous tombons sur un de ces détails derrière lesquels le diable se cache, lesquels dans l’affaire Assange ont la densité d’une jungle infranchissable, un détail fort grossier cependant, en forme d’hyperlien. Dans la version anglo-américaine du dernier communiqué du 21 octobre, le lien se loge dans le dernier mot de la dernière phrase, et il pointe, on vous le donne en mille, sur l’affaire suédoise dont le sujet est le SEXE. Ce qu’il faut retenir de cette histoire d’extradition selon Amnesty International, c’est “J.Assange“ et le SEXE.

Saturés que nous sommes par l’insistance à vomir de la mainstream médiate à répéter un terme de quatre lettres, nous l’écrirons à l’envers : c’est par le LOIV (VF), ou le EPAR (version anglo-américaine), que l’ONG désire conclure sa culpabilisante défense envers Assange. L’hyperlien pointe vers l’article d’Amnesty publié le 13 mai sous l’injonction Il faut traiter les allégations de loiv avec le plus grand sérieux (l’inversion du terme est bien sûr de notre initiative). Le double sens est limpide : le loiv lui-même autant que l’enquête exigent le « sérieux ». La publication se justifie à ce moment, à la rigueur, par la réouverture de l’enquête par la procureure Eva-Marie Persson qui fait craindre une extradition vers la Suède.

Nous étions coutumiers à la vision de Loiv ou Epar dans les titres de propagande, moins dans les titres d’ONG payées pour défendre les humains. Non content de ce mimétisme forcené, Massimo Moratti laisse écrire des choses fausses et aggravantes, comme mal copiées sur un gratuit distribué dans le Métro.

Voici l’objet du délit d’Amnesty : « …l’Autorité suédoise chargée des poursuites a rouvert son enquête sur une accusation de [loiv]… ». Quatre fautes majeures sur 14 mots d’introduction, chapô Moratti Massimo ; toutes vont dans le sens de l’accusation, une accusation qui d’ailleurs n’existe pas. Car une enquête préliminaire (première erreur) ne porte par définition aucune accusation (deuxième erreur), et ce n’est pas l’Autorité (troisième erreur), mais l’initiative individuelle d’une procureure qui permet la réouverture de l’enquête. Nous l’avons vérifié auprès d’un juge suédois à la retraite : la procureure Eva-Marie Persson peut avoir consulté l’avis d’autres procureurs, ou même le Ministre de la Justice ou même Basic Blog, la réouverture n’émane pas de « l’Autorité suédoise chargée des poursuites ». La différence est abyssale : la pression exercée par les USA est énorme, et « l’Autorité » ne résiste pas à la pression, directe ou indirecte, de la même manière qu’un individu. Un tel degré d’incompétence émanant d’une organisation qui dispose de services juridiques internes, concernant un cas de torture avéré par l’ONU, c’est monstrueux.

Rappel : c’est l’initiative individuelle de la procureure Marianne Ny, rouvrant l’enquête préliminaire en 2010, qui a précipité Julian Assange dans la situation infernale actuelle. Une initiative opposée aux conclusions de la procureure Eva Finné qui avait clôturé l’enquête. Les lecteurs apprécieront en outre dans l’illustration ci-dessous l’occurrence ternaire du mot LOIV décliné le 13 mai au format XXL, XL et S par Amnesty International.

AMNESTY INTERNATIONAL, communiqué sur Julian Assange, 13 mai 2019 © Amnesty, copie d'écran. AMNESTY INTERNATIONAL, communiqué sur Julian Assange, 13 mai 2019 © Amnesty, copie d'écran.

Nonobstant, le renvoi de cette com’ effectué par hyperlien dans le communiqué du 21 octobre n’est plus du tout, absolument plus justifié. Car depuis, ce sont bien les autorités suédoises qui ont collectivement refusé de relancer un mandat d’extradition européen à l’encontre de Julian Assange. Il n’y a donc aujourd’hui aucun risque légal que l’homme soit extradé vers la Suède. Ce rappel du Loiv n’a qu’un seul effet, celui de maintenir Julian Assange la tête sous l’eau, à un moment où l’opinion publique pourrait lui redevenir favorable à mesure que le scandale de son traitement inique par diverses Autorités se fait jour.

La prestigieuse ONG a des capacités d’investigation conséquentes. Elle lance des « campagnes », elle fait des recherches poussées à partir de données « open source », elle a des traducteurs du suédois vers le français ou l’anglais par exemple, elle envoie des gens à l’étranger pour interroger des protagonistes ou des victimes, comme elle le clame souvent. Elle reçoit des subventions d’État et des masses d’argent citoyen comme j’ai pu y contribuer naïvement dans un passé proche. Alors pourquoi, pendant les neuf années de pourrissement de l’affaire, ne s’est-elle pas rendue sur place interroger les citoyens qui ont découvert des choses énormes, pourquoi n’a-t-elle pas traduit et rendu facilement accessible les témoignages, les rapports de police. Pourquoi continue-t-elle d’ignorer que tous les protagonistes de l’accusation sont ensevelis sous des amas de conflits d’intérêts qui expliquent rubis sur ongle, pourquoi ils avaient des raisons personnelles ou politiques à porter l’accusation contre Julian Assange ? La plaignante Anna Ardin, la procureure Marianne Ny, l’avocat et ex ministre de la Justice Thomas Bodström, l’avocat Claes Borgström, un policier et un journaliste proches de Anna Ardin, tous sont d’une partialité parfaitement confondante. La seule victime authentique semble être la plaignante Sofia Wilen, car elle s’est visiblement faite manipuler par Anna Ardin ; et Julian Assange bien sûr, dindon de la farce suédoise.

Amnesty International se discrédite depuis longtemps déjà. Mais ici elle pulvérise les couches stratosphériques au point de porter au seuil critique le taux d’oxygène démocratique. Elle n’affirme pas le statut de prisonnier politique d’un homme persécuté depuis neuf ans pour raisons politiques, elle ignore la « torture psychologique » certifiée par des experts de l’ONU et publiquement observée le 21 octobre au tribunal de Westminster. Elle ne met en avant aucune des nombreuses lois et principes qu’il suffirait d’activer pour libérer Julian Assange.

ELLE PERPÉTUE LA PERSÉCUTION MORALE DE JULIAN ASSANGE EN RÉINSCRIVANT DANS LE CRÂNE DES CITOYENS QUI LA FINANCENT ET LUI FONT CONFIANCE, L’IDÉE D’ASSANGE LE LOIVEUR.

Monsieur MASSIMO MORATTI.

Monsieur KUMI NAIDOO, Secrétaire Général d’Amnesty International

Madame NICOLE BIESKE, Directrice et membre du conseil de surveillance d’Amnesty International.

Monsieur TAWANDA MUTASAH, Responsable Droit Et Politique, Amnesty International.

Monsieur THOMAS SCHULTZ-JAGOW, Responsable Campagnes et communications, Amnesty International.

Madame EVE GEDDIE, directrice du Bureau européen d'Amnesty International.

Responsables à l’échelle nationale ou autre, qui vous sentez concernés directement ou indirectement, spécialement de GB, Suède, Australie, Belgique, France, USA,

Étant donnés les sommets d’inanité et de servitude volontaire que vous avez atteint individuellement ou collectivement, nous citoyens d’ici et d’ailleurs ne pouvons plus rien vous demander, plus rien vous souhaiter, plus rien attendre de votre organisation. Nous ne pouvons plus qu’une seule chose : prendre les choses en main nous-mêmes. Lutter contre le gaspillage de l’argent public.

Protéger les dénonciateurs du pire sans vous

Libérer Julian Assange sans vous

 

 

 

DISCUSSIONS-DONNÉES AUTOUR DES THÈMES CENTRAUX DE L’ARTICLE

 

La détente soupire

Nous la devons à Laurent Joffrin, tenant textuel de la maison Libération. Pour l’évènement qu’il ne pouvait se permettre d’ignorer totalement, mais pour lequel il n’allait tout de même pas envoyer un journaliste outre-manche, à savoir l’audience du 21octobre effectuée avec l’inattendue présence physique de Julian Assange (on ne peut pas dire prévenu, il a dit lui-même qu’il n’était pas prévenu des subtilités de l’audience d’extradition, on ne peut pas dire accusé, il n’est accusé d’aucune charge, on pourrait dire citoyen, mais le Royaume Uni lui dérobe ses droits de citoyen, on peut dire humain, bien que les principes des Droits de l’Homme lui soient déniés en masse, nous pouvons dire aussi mentalement torturé, étant donnée sa capacité de concentration et autres éléments observés par un public nombreux, mais alors le « nous » exclut en l’espèce le personnel de Libération), Laurent Joffrin s’est reposé sur un rédacteur dépêché par l’AFP ; avec une précision laissant à désirer :

- Des « dizaines de personnes » en soutien, quand il y avait 40 places de public à l’audience, 110 gilets jaunes venus de France, cinquante à cent soutiens anglais, du barouf et des slogans scandés en anglais.

- Aucune mention des signes de torture mentale. Aucun détail sensible.

- Les propos de Julian Assange sont rapportés de manière partielle.

Restait à Libé à pondre un titre. Et ils l’ont fait, malheureusement. Y’a « confus » et « bredouillant » dedans, Laurent Joffrin voudrait le rabaisser qu’il ne ferait pas mieux, présenter ainsi un homme qui résiste à une situation de torture depuis sept ans au bas mot, quelle élégance. Mieux vaut ne pas le lire, leur titre, voyons plutôt les propos importants de Julian Assange piochés au Guardian :

They are saying journalists and whistleblowers are enemies of the people. They have unfair advantages dealing with documents. They [know] the interior of my life with my psychologist. They steal my children’s DNA. This is not equitable what is happening here.”

Ces propos sont interprétables, et c’est très probablement volontaire de sa part. Il doit se battre pour maintenir le fil de ses propos, préparés comme il se doit - il n’a que quelques minutes pour s’exprimer - et il y parvient au prix d’efforts de concentration très visibles. Un homme dont nous connaissons la qualité d’expression et la claire intelligence. Il a du mal, mais il n’est pas confus. Ses mots ont toutes les caractéristiques d’un message à lire entre les lignes. Nous ne savons pas ce qu’ils lui font subir, nous ne savons pas s’il a un traitement médicamenteux délivré par des psychiatres, et si oui sur quel critère ils sont délivrés. Car sur l’état de santé de cet homme fébrile, AUCUN RAPPORT MÉDICAL N’EST PUBLIÉ, AUCUN AVOCAT DE JULIAN ASSANGE NE L’A DEMANDÉ PUBLIQUEMENT.

Nous ne savons pas quelles sont les conditions de luminosité dans sa pièce, sombre ou ajustable, selon quels horaires. Aucun certificat signé d’aucun responsable des autorités du Royaume Uni ne garantit quoi que ce soit des conditions de sa détention.

Dernière minute

Hier, le rapporteur de l’ONU à la torture Niels Melzer sonne l’alarme sur le site de l’ONU, clamant que « sa vie est peut-être en danger ». Nous ne savons pas, au vu des témoignages issus de l’audience du 21 octobre, si sa vie est en danger dans un futur proche. Les avis sont partagés. Une inspection médicale indépendante et immédiate s’impose, d’évidence.

Ce qui apparaissait clairement à l’audience, c’est que sa santé mentale pourrait passer un cap irréversible s’il n’est pas libéré dans les plus brefs délais. Niels Melzer « recommande fortement » l’arrêt de la procédure d’extradition, et que Julian Assange soit « rapidement libéré » pour reconstruire sa santé. Il rappelle la Convention contre la torture onusienne qui exige une investigation impartiale s’il existe « des bases raisonnables » indiquant que des actes de torture ont été commis.

(Sans surprise, Libération se repose sur l’AFP pour reprendre les propos les moins offensifs de Niels Melzer, exit la Convention contre la torture, exit la demande de libération rapide, exit ce qui heurte et dérange les autorités, exclus du titre l’ONU et Niels Melzer, pas d’hyperlien vers le communiqué du site de l’ONU…………………………..).

Question à la sauce Le Monde : Qui est Massimo Moratti, vaillant défenseur @Amnesty de Julian Assange ?

[Mis à jour le 10 novembre 2019]

Massimo Moratti from Amnesty International. Massimo Moratti from Amnesty International.

Présenté en tant que « directeur adjoint pour l'Europe à Amnesty International » dans certains communiqués, nous n’avons cependant trouvé aucune description spécifique sur amnesty.org. Massimo Moratti n'est pas l’industriel du pétrole dirigeant de Saras Group, « ambassadeur de bonne volonté auprès des Nations Unies » selon Wikipedia. Avec un compte Linkedin, on accède à son CV : Lauréat en sciences internationales et diplomatiques de l'université de Trieste en italie depuis 1994, il dit avoir mis l'accent  « sur les droits de prorpiété fonciers et immobiliers, le retour des réfugiés, l'aide juridique et la justice transitionnelle, principalement en Bosnie, Serbie, Kosovo, Colombie, Géorgie, Ukraine et Pérou ». Il semble désormais basé à Londres. Parmi ses formations annexes, la singulière "justice transitionnelle" enseignée à l'ICTJ pourrait en tant que telle faire l'objet d'une enquête approfondie.

Elle est définie ainsi :

"Transitional justice refers to the set of judicial and non-judicial measures that have been implemented by different countries in order to redress the legacies of massive human rights abuses. These measures include criminal prosecutions, truth commissions, reparations programs, and various kinds of institutional reforms."

 L’affaire du Loiv Suédois

Quelle que soit la porte par laquelle on accède à l’affaire Assange, le dilemme est le suivant : l’épaisseur des écrans de fumée consciencieusement répandue associée à la complexité apparente des situations, a pour conséquence de laisser sur le carreau le citoyen intéressé dont le temps d’analyse reste compté. Et lorsque les faiseurs de croyance, anciennement appelés « organes de presse », distillent une information biaisée et cloisonnée, le résultat est désastreux, l’opinion publique privée d’opinion nourrit l’indifférence.

Pour l’affaire du loiv, le journaliste suédois Al Burke a fait son travail de manière admirable et ordonnée. Voilà sept ans environ, il a mis à dispositions les documents de base qui permettent à chacun de se faire sa propre opinion, sans passer des jours à chercher des bribes d’informations. Les interrogatoires de police intégraux sont disponibles en langue suédoise ET anglaise, différents niveaux d’analyse et de mise en forme coexistent. Un accès se trouve ici : http://www.nnn.se/nordic/assange/protocol.htm                                                        

Pour faire apparaitre toutes les pages du site qui traitent de la plaignante Anna Ardin, nous recommandons la syntaxe de recherche suivante (le moteur Gogol n’est pas nécessaire, duckduckgo fait très bien l’affaire) : site:nnn.se ardin

Croyez-vous que Mediapart, Le Monde, L’Obs, Liberation (pour ceux que l’on scanne suffisamment en France), bref l’un de nos trop chers quotidiens, aurait référencé le site, aurait fait une traduction dans la langue vernaculaire du ghetto pharisien (le français parait-il) des documents de base qui permettent de se faire une opinion personnelle de la chose ? Pensez-donc, le sérieux de leurs activités ne leur en laisse pas le temps.

La CourageFoundation/defend.wikileaks.org n’en fait pas non plus mention, pas plus que les comptes facebk et twitter présentés comme centraux dans la défense. Grand Dommage. Faute de traduction complète, voici le déroulé en accéléré de la déposition de Anna Ardin, le 21 aout 2010 :

Dans son appartement, la plaignante Anna Ardin boit un thé avec Julian Assange. Il lui caresse la jambe. La situation est « déplaisante depuis le début », car Assange se montre rustre et impatient. Les choses se précipitent, il lui arrache ses vêtements et son collier avec ; elle tente de se rhabiller, car « elle se sent mal à l’aise », mais il la déshabille aussitôt. Elle ne veut plus, « mais c’est trop tard pour lui dire d’arrêter », car elle pense qu’elle « ne peut en vouloir qu’à elle-même ». Puis ils passent au lit, elle résiste en serrant les jambes « parce qu’il ne portait pas de préservatif », le coït finit par se faire avec préservatif…

Ce résumé est à titre indicatif. Il est cependant suffisant pour refléter l’impression que la lecture complète laisse à la quasi-unanimité des lecteurs : Anna Ardin décrit une scène de viol au sens le plus net du terme. On pourrait même dire viol avec violence. Or, que fait Anna Ardin sur le moment, et sans jamais changer de position ? Elle ne porte pas plainte pour loiv, mais pour délit sexuel en lien avec l’usage de préservatif (le détail ne nous intéresse pas ici). Anna Ardin est une femme d’expérience, une politicienne aguerrie aux relations sociales. Ce n’est pas une jeune femme impressionnée qui minimiserait la portée de la chose face à un être (ou un entourage) dominant ou menaçant. Au vu de sa description, c’est extrêmement étonnant qu’elle ne porte pas plainte pour loiv caractérisé. Dès le départ, il y a un gigantesque souci de crédibilité dans cette déposition.

Toutes les autres recherches (conflits d’intérêts, tweets envoyés puis effacés…) ne font que mettre à terre la crédibilité de ses allégations. Le document « Police Interview Protocols » comporte l’interrogatoire de 12 personnes. Celle du journaliste Johannes Wahlström est particulièrement intéressante, et a probablement contribué à l’abandon initial de l’enquête par la procureure Eva Finné. Ayant côtoyé Julian Assange dans un temps court mais dense, il décrit le personnage que tout le monde a pu percevoir, c’est-à-dire l’inverse de quelqu’un d’impatient, rustre, brutal. Il s’inquiète des jeunes femmes prétendument journalistes qui se pressent autour d’Assange, et le lui fait savoir. Il mentionne implicitement la possibilité que Julian Assange ait pu être drogué.

En tout état de cause, étant donnée la fiabilité des articles des entreprises de presse, s’il y a un point de départ à la compréhension de l’affaire, c’est bien la lecture de ces 58 pages. Quelques passages méritent une traduction du suédois au français avec l’aide d’un dictionnaire et de DeepL par exemple, très bon traducteur en ligne. Un travail passionnant qu’aucun de nos journalistes, souvent « pro-européens », n’ont abordé.

Le titrage du terme LOIV à tire larigot est tellement plus… à vous de choisir le terme.

En attendant, le gouvernement du Président Macron a failli faire disparaitre de la législation l’âge de consentement sexuel, qui est de 15 ans. Une mesure gravissime qui réduirait drastiquement les peines pour viol sur mineur, de ceux pour lesquels le terme édulcore la réalité. La résistance des associations d'aide aux enfants, et certains parlementaires en ont mitigé la portée, avec un statut actuel peu clair.

L’absence de décence et de vérité par ceux qui prétendent les porter annonce le règne de l’Infâme.

Et comme pour dire que l'on ne peut en rester là, déclinons quelques mots prononcés par un Julian Assange harassé par des années de confinement et d’on ne soit quoi, au bord des larmes mais encore fier et debout, sur un balcon de ce qui ressemblait à une ambassade :

… because the reality is [that] the tension and extradition without charge has become a feature of the European Union. A feature which has been exploited, yes, in my case, for political reasons. But in other cases has subjected many people to terrible injustice.

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