N'oublions pas Assange, je vous prie !

Imaginez la réaction des médias occidentaux en voyant un opposant politique Russe traîné hors de son refuge par des policiers armés puis inculpé trois heures plus tard pour un motif politique par un juge manifestement biaisé ? Voilà la question que pose Craig Murray.

{ Ttendez, âtttendeeeeez [entendre la voix de Gainsbard ] }

Pour cette entrée en matière, nous serons sobres. L’ancien ambassadeur britannique Murray nous a ôté les mots de la bouche. En ces temps inauguraux, le collectif « Libérons Assange. Ethiques & Médias vous salue : nous étions deux, puis nous fumes un, puis deux, ou plutôt deux et une. La « une » ne mettra pas son nom, mais sa connaissance, sa foi et son soutien indéfectible et nocturne en cette semaine de fièvre est imprimé en encre indélébile. N’en déplaise à Pierre de Coubertin, l’important en l’occurence n’est pas de participer, mais de gagner la cause, avec les outils de la diversité.

Emprisonné dans les geôles athéniennes lors de la dictature des colonels, le compositeur Mikis Theodorakis écrit un poème.
Imaste dio, Imaste tris, Imaste khili deka tris.
Nous étions deux, nous étions trois, nous étions mille vingt trois.
La résistance grecque finit par vaincre les colonels.
Nous ne sommes ni emprisonnés ni torturés. Mais aux avides de liberté les mitards en priorité sont réservés. Theodorakis en 1967, Manning, Bini et Assange aujourd’hui, et n’oublions pas les mois fermes passés en prison, souvent pour rien du tout ou si peu, par une flopée de gilets jaunes. Bonne nouvelle, ils sortent bientôt.

Sous le signe de la φίλία, à Delos, à Alger, à Londres, à Ouagadougou, à Quito, à Rio, à Saint-Etienne, à Djakarta, à Paris-Texas, à Babylone, des gens entendent qui n’ont pas attendu.

Traduction (de notre « deuze ») du coup de gueule de Craig Murray, ancien ambassadeur britannique et membre de l’équipe Wikileaks, sur le média us Consortium News au sujet de l’inculpation purement politique d’Assange.

Chelsea Manning et Julian Assange sont maintenant en prison tous les deux, tous deux pour des infractions en lien avec la publication d’éléments révélant des crimes de guerre des États-Unis en Afghanistan et en Irak ; ils ne sont accusés de rien d’autre. Quel que soit le bullshit qu’on essaiera de vous vendre, c’est la simple vérité. Manning et Assange sont d’authentiques héros de notre temps et ils en paient le prix.

Si un opposant politique russe avait été traîné hors de son refuge par des policiers armés, puis inculpé trois heures plus tard pour un motif politique par un juge manifestement biaisé, sans jury, avec une longue incarcération à la clef, vous imaginez la réaction des médias occidentaux devant un tel déni de justice ? Et pourtant, c’est exactement ce qui vient de se passer à Londres.

Michael Snow, juge de district, est la honte de la magistrature. Il a manifesté ouvertement ses préventions contre Assange la semaine dernière, au cours des 15 minutes qu’il lui a fallu pour entendre l’affaire et déclarer Assange coupable. À côté de cette mascarade grotesque, les tribunaux de dictateurs auxquels j’ai assisté personnellement, dans le Nigéria de Ibrahim Babandiga ou l’Ouzbekistan de Isam Karimov, étaient des modèles de modération, de justice et de raison.

Un moment clef révèle la discrimination dont Assange a fait l’objet d’emblée. Pendant la brève procédure, Julian Assange n’a pas ouvert la bouche à part pour dire « non coupable » deux fois, et pour poser une question brève sur la raison pour laquelle l’accusation avait changé de nature à mi-chemin de ce soi-disant « procès ». Et pourtant, le juge Michael Snow l’a accusé de « narcissisme ». Rien de ce qui s’est passé au cours de l’audience ne pouvait donner le moindre raison de le penser, c’était manifestement une idée qu’il avait apportée avec lui, qu’il avait lue dans les médias dominants ou entendu à son club. C’était, en fait, la définition même d’un préjugé, et le raccourci qu’a fait ce « juge » est une honte absolue.

Je fais partie de l’équipe de Wikileaks et de l’équipe juridique et nous tous, Julian y compris, sommes galvanisés plutôt qu’abattus. Au moins, les soi-disant libéraux ne se cachent plus derrière des allégations suédoises absurdes ou des questions de rupture de libération sous caution. Le véritable mobile, la vengeance pour les révélations de Chelsea Manning, est maintenant sur la table.

Soutenir la persécution d’Assange dans ces circonstances, c’est soutenir la censure absolue du net par l’État. C’est soutenir le fait que tout journaliste qui reçoit et publie des documents officiels révélant des actes répréhensibles du gouvernement US peut être puni. De plus, cette procédure traduit un boost stupéfiant de la notion de juridiction universelle. Assange n’était pas aux États-Unis quand il a publié les documents, mais les tribunaux US se déclarent compétents. Il y a là une menace pour la presse et la liberté du net dans le monde entier.

Nous vivons une époque inquiétante. Peut-être aussi la plus inspirante de toutes les époques.

Craig Murray est auteur, homme des médias et militant des droits humains. Il a été ambassadeur britannique en Ouzbekistan de 2002 à 2004 et Recteur de l’Université de Dundee de 2007 à 2010. Cet article a été publié en premier lieu sur son website.

P.S. Notre collectif s'apprête à publier quelques billets en rafale. Alors à très bientôt camarades !

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