Islam et laïcité

ISLAM ET LAICITE

 

QUELQUES PRECISIONS NECESSAIRES :

 

C’est en réponse à l’invitation de Jean Paul le Goff qui m’avait demandé la semaine dernière d’apporter mon point de vue sur la laïcité en islam que j’ai rédigé ce document.

Je tiens tout de suite à préciser que mon billet ne participe pas du débat actuel en France sur l’identité nationale ; non pas parce que Médiapart et d’autres s’étaient mobilisés pour la non participation à ce débat qui me parait personnellement hors de l’histoire, mais plutôt parce que je considère qu’il s’agit là d’une affaire franco-française qui ne me concerne que de loin.

Dans un environnement de déficit démocratique chez nous, je suis conscient de l’importance de l’espace de liberté offert par ces forums de Médiapart, qui favorisent le débat des idées et la confrontation pacifique des points de vue des uns et des autres, de façon franche mais dans l’humilité et le respect de l’autre. Je précise que je parle ici en mon nom personnel, je ne fais pas mes déclarations au nom d’une quelconque tendance prétendant parler au nom des musulmans. Je ne suis pas un spécialiste des questions religieuses. Je parle tout simplement à partir de ma foi, de mes convictions, de mon expérience et de mes lectures.

 

L’objectif de ce premier billet sur l’Islam et la laïcité est d’ouvrir sur Médiapart un débat contradictoire et critique qui se propose de contribuer à briser certains fantasmes véhiculés par les médias européens, français en particulier et par des écrits de certains intellectuels de gauche qui conçoivent , le plus souvent, la diversité culturelle autant que la diversité religieuse aussi bien localement qu’au niveau mondial, comme un simple principe de bonne volonté à énoncer mais rarement comme une réalité, qu’il faut reconnaître et avec laquelle il faut composer, et pourquoi pas se construire ensemble.

Je dois préciser aussi que c’est au nom de ma fidélité à l’islam que je veux entreprendre cette réflexion sincère sur comment on peut être en même temps musulman croyant convaincu, fier hériter de traditions qui sont adaptables au vingt et unième siècle et riche d’une culture ancrée dans l’éthique et la rationalité universelles ? Autrementdit je revendique et ma foi et mon siècle comme tant de millions de musulmans anonymes.

Je refuse donc d’engager tout polémique me poussant à faire le choix impossible entre la fuite en arrière vers « l’intégrisme » et la fuite en avant vers le « modernisme ». Tout raccourci qui consiste à simplifier de façon réductrice la question de l’islam à cette équation : intégrisme / modernisme risque de nous éloigner du vif du sujet. J’écarte donc à la fois et l’aliénation simpliste sur un passé glorieux mais déjà lointain et la réduction de ma religion à une simple référence culturelle et identitaire pour ne pas « menacer » un universalisme uniformisant. Aujourd’hui les seules et vraies questions qui se posent pour moi et pourtant d’autres : comment je peux être musulman ici et maintenant ? Comment répondre aux attentes et aux espoirs de ces jeunes désemparés qui ne demandent que de vivre dans l’harmonie entre le temporel et le spirituel mais dans la dignité, la reconnaissance de l’autre et sans peur.

Pour être mieux compris, je dois avouer que le parcours de ma foi religieuse est tumultueux et atypique. Un itinéraire loin d’être linéaire. Je suis né au début des années cinquante dans un milieu musulman modérément pratiquant, comme la grande majorité à l’époque. Et comme tous les enfants de ma génération, j’ai fait l’école coranique pendant cinq ans où j’ai appris par cœur la première partie du livre sacré le Coran et je faisais mes cinq prières. Vers dix neuf ans, je deviens« marxiste » et je remets tout en question et je ne le cachais pas (voir sur les extraits de mon récit autobiographique sur mon blog). C’est très tardivement vers quarante deux ans, deux années après lachute du mur de Berlin, que j’ai fait mon « aggiornamento » pour redevenir un « musulman moderne ». Il y a cinq ans j’ai fait avec ma femme un premier voyage à la Mecque après des lectures studieuses, en arabe cette fois-ci. Depuis, beaucoup de choses ont changé pour nous deux. La composante religieuse allait prendre sa place normale qui lui revient dans notre vie de musulmans, sans tomber dans les excès. Mais certains diront que je suis passé de quelqu’un qui vivait un « islam libre et éclairé » à un degré supérieur : je suis devenu «islamiste» et pourquoi pas « intégriste », pour d’autres ???

Ce petit détour sur ma vieprivée, je le fais par principe de sincérité et de transparence. Je ne suis pas un intellectuel qui théorise sur des questions abstraites. Je suis un musulman d’aujourd’hui qui vit pleinement sa foi et sa culture sans se sentir obligé de se couper en deux : apparaître et penser en public une chose pour faire plaisir à certains et se réfugier la nuit chez lui pour vivre autre chose.

 

 

UN PEU D’HISTOIRE POURRAFRAICHIR LES MEMOIRES

La problématique de la relation entre le temporel et le spirituel / le sacré et d'une façon plus particulière entre le politique et le religieux s'était posée aux musulmans juste après la mort du Prophète, du fait qu'au niveau des textes sacrés, Coran et hadith, aucune indication n'imposait un quelconque système politique. On ne trouve dans ces sources rien qui puisse légitimer l'institution califale, pas plus que n'importe quelle autre forme de pouvoir. Le modèle de gouvernance instauré par le Prophète à Médine ne pouvait être assimilé à un Etat, car il s'agissait d'une communauté strictement religieuse qui ne pouvait être reproduite du fait qu'elle était liée à l'action prophétique. Les dissensions entre les compagnons du Prophète, (la grande discorde) n'étaient pas que le fruit de tensions d'ordre métaphysiques, mais aussi politiques et sociales.

Ces dissensions ont été à l'origine de toutes les divisions qu'ont connues les musulmans par la suite donnant naissance à différents mouvements et courants (sunnites, chiites...)

Aujourd'hui encore, ces mouvements et ces courants existent toujours, les mêmes questions se perpétuent et restent d'actualité avec l'apparition (ou réapparition) d'autres tendances plus récentes (islam politique, intégrismes ...), qui en réalité ne font que prolonger la « grande discorde ».

Ce bref rappel des difficultés rencontrées par les musulmans au début de la construction de leur Etat sous le concept d' « Islam religion et Etat » avec tous les efforts pour faire réconcilier la politique, l'organisation, les rouages du pouvoir avec leur religion, va nous permettre de mieux saisir la relation conflictuelle que le concept de laïcité va entretenir dès son apparition en terre d'Islam vers le XIX siècle.

Un survol rapide de l'historique de cette relation islam/laïcité va nous permettre de nous éclairer sur la singularité de cette relation marquée par les conflits, les passions et les malentendus qui devraient être dépassés aujourd'hui par la construction d'une confiance mutuelle et d'un dialogue vivant.

Le début effectif des relations islam / laïcité remonte à plus d'un siècle. L'arrivée des premiers colonisateurs sur la rive sud de la méditerranée à partir du XIX siècle allait poser le problème de cette relation avec acuité. Bien que les relations entre les Européens/chrétiens et les musulmans remontent à des dates ultérieures, un contact direct et constant allait s'établir entre les deux parties avec la colonisation.

Au premier choc, les musulmans, en découvrant la force des Européens se demandaient comment se fait-il que ces chrétiens étaient devenus si puissants au point de prétendre les dominer et de les exploiter. De leur côté, les Européens cherchaient à comprendre la réalité de cette partie du monde musulman, qu'ils étaient entrain de conquérir et qui jusque là était considérée comme un rival historique redouté/admiré.

Dès le départ, donc, ces questions se sont posées sur un mode passionnel, et se rapportant essentiellement au mode de présence de la religion dans la société et au rapport entre le religieux et le politique plus précisément.

Pour les musulmans ces questions touchaient directement à leurs croyances. La sécularisation n'avait aucune racine dans leur passé. La religion était encore la référence à partir de laquelle étaient produites, les lois et les institutions qui assuraient le fonctionnement de la société.

Dés la fin du XIX siècle, on avait adopté dans les sociétés islamiques, le terme « ladini » qui signifie littéralement « non religieux » ou « antireligieux » parce que l'expression « séculier » n'existait pas. Les musulmans se voient ainsi dés le départ proposer, ou croient qu'on leur propose, un modèle où l'on rejette la religion. Cette première réaction, fondée sur un malentendu, restera gravée dans la mémoire des musulmans pour toujours. Par la suite un terme « Ilmania » plus proche du sens du mot « séculier » allait substituer le premier, sans pour autant changer en rien à l'attitude de la majorité des musulmans qui aujourd'hui encore continuent à croire qu'adopter le sécularisme revient à remettre en question l'ordre moral, à rejeter la vérité du message religieux et enfin de compte à s'aligner sur un modèle étranger importé. Cela n'a pas empêché que les pays musulmans à leur tour d'échapper partiellement à un processus de sécularisation à pas forcés et de fait, même s'il n'en n'ont pas vécu l'histoire conflictuelle pour les raisons que l'on verra plus tard et qui distinguent l'islam des autres religions.

La Grande guerre de 14-18 qui avait entraîné la disparition de l'Empire Ottoman, a eu comme conséquence la fondation de la république turque, par Kemal Atatürk en 1923. Le califat fut aussitôt aboli et une constitution laïque adoptée un an après. L'abolition du califat, événement historique majeur de l'islam contemporain, a été vécue par l'ensemble des musulmans comme un effondrement de tout l'édifice communautaire traditionnel, qui était pour la majorité le symbole de leur existence comme musulmans et , pour certains un obstacle à la réforme en profondeur. Ce qui était certain pour tous, c'est qu'une page de leur histoire avait été tournée et, qu'une nouvelle ère avait commencé.

La laïcité était perçue comme une pensée étrangère qui signifie de fait que le temporel et le sacré ne peuvent gérer ensemble la cité en suivant l'exemple du christianisme en donnant la terre à César et n'y laissant pas de place pour Dieu. Pire encore pour d'autres qui y voient une idiologie anti religieuse, un moyen sournois de désislamiser les musulmans, comme c'était le cas dans l'URSS stalinienne, dans un contexte tout à fait différent

Après la colonisation, on a vu naître des états nouveaux avec des appareils administratifs « modernes », souvent directement hérités du colonisateur et, qui ont eu pour mission de contrôler l'ensemble des activités des populations, de changer les anciennes structures d'organisation de la société et de mettre fin à ses formes d'expression traditionnelles.

C'est avec la naissance de l'Etat moderne qu'allait apparaître un courant moderniste et favorable à la laïcité, qui demandait d'accélérer les changements pour transformer et la société et l'Etat pour les débarrasser de leur caractère religieux. Ils trouveront un certain appui auprès de certains régimes « progressistes » comme celui de Nasser en Egypte.

Entre temps un mouvement intégriste puissant allait apparaître (ou réapparaître) sur la scène pour déborder le courant traditionaliste sur sa droite avec une volonté farouche de faire face à l'appareil de l'Etat moderne et de l'appropriation de la symbolique religieuse par des élites liées au pouvoir. Un mouvement qui aura une influence déterminante sur l'évolution des débats autour de toutes ces questions, une influence qui deviendra de plus en plus importante avec l'échec de tous les projets des états arabes dits « socialistes » et l'avènement de la révolution iranienne de Ayatollah Khomeiny.

L'avenir des musulmans, va dépendre, à mon avis, dans une large mesure de l'évolution de cette problématique et des réponses qui lui seront apportées par les musulmans eux même.

 

 

LES ATTITUDES DES MUSULMANS VIS-A-VIS DE LA LAICITE :

 

On peut dégager trois grandes thèses dans la pensée musulmane contemporaine qui se positionnent par rapport à l'attitude à prendre vis-à-vis de la laïcité.

 

1/ l'islam n'a pas besoin de la laïcité :

Cette option propose d'écarter le problème dans sa totalité, et soutient qu'il n' y a pas dans les sociétés musulmanes d'institution religieuse séparée de la société et de l'Etat qui est chargée d'entretenir le dogme et les pratiques qui lui sont attachées. Dans l'islam qui ne s'appui pas sur une Eglise qui exerce une réelle domination sur la société et la politique, la laïcité est déjà présente et elle a été vécue bien avant l'Occident pendant une longue période de l'histoire de l'Andalous.

Pour le philosophe marocain Mohamed Abed Jabri(1), l'un des grands défenseurs de cette thèse, l'islam serait-il déjà laïc en substance. Il appelle au «dépassement d'un passé jamais dépassé» et souhaite une reconnaissance des musulmans par eux-mêmes et par autrui, dans le cadre d'une modernité à inventer.

La pensée de ce courant se penche plutôt à accuser le sous développement d'être responsable d'avoir figé la religion dans des institutions et des percepts archaïques et qui a poussé certains musulmans à aller chercher ailleurs les valeurs de rationalité, de liberté , de démocratie et de laïcité. Elle affirme aussi que la séparation du religieux et du temporel s'était accompli très tôt dans l'islam, sous le règne de Mu'awiya qui a mis fin au régime des califes Rashidun et qui a instauré le premier califat dynastique.

Cette pensée reconnaît que l'islam n'a fourni aucune prescription dans le domaine politique et a laissé l'initiative aux musulmans d'adopter le système qui leur semblent adéquat. Les sociétés musulmanes nécessitent plutôt la mise en œuvre de la rationalité et la démocratie et non l'importation d'une laïcité née dans d'autres contextes et destinée à faire face à d'autres situations.

Le programme proposé par les défenseurs de cette position comporte deux volets : pratiquer la laïcité (ou plutôt vivre dans un système séculier) sans prononcer son nom et garder le concept de la chari'a (la loi religieuse) tout en produisant des lois séculières.

Les idées de cette thèse sont portées et défendues aujourd'hui par les intellectuels et les hommes politiques appartenant au courant politique qu'on peut appeler panarabisme progressiste (anciens nassériens), un courant qui après avoir connu son apogée dans les années soixante et soixante dix est redevenu minoritaire et ne survit que grâce à ses alliances tactiques avec les tendances islamistes modérées qui eux rejettent la laïcité.

 

2/L'islam est hostile à la laïcité :

Pour les défenseurs de cette option, l'islam serait une religion qui comporte en plus un ordre social et politique et qui exige sa réalisation pour être vécu correctement. Ils vont jusqu'a penser que l'islam comporte une constitution implicite, qui serait basée sur deux fondements :la mise en application intégrale de la chari'a, la loi religieuse et la reproduction intégrale du modèle de califat vertueux. L'islam auquel il est fait référence ici n'est pas l'islam du dogme (dont les textes ne comportent aucune constitution) mais l'islam historique, une façon d'ériger de leur part l'histoire au rang du dogme. L'objectif est le retour à l'islam des origines pour créer un modèle de société « islamique ».

Le système défendu par ce courant qui reste majoritaire repose sur le principe de moralisation par le haut, et l'imposition de règles de valeur absolue d'origine transcendante. L'Etat est utilisé aux fins de soumettre les croyants aux dispositions que ni lui ni la société ne peuvent modifier. Ici on cherche l'application des principes moraux enseignés par la religion et de les faire respecter sans tenir compte ni de la volonté ni de l'adhésion de la société. On accorde à la révélation un caractère de vérité totale, absolue, littérale.

Ce n'est qu'au début su siècle passé, et en réaction à des modèles étrangers concurrents que des tentatives de formulation de constitutions « islamiques » ont vu le jour et se sont succédées et où la politique est conçue non comme un champ autonome, mais comme le lieu et le moyen d'appliquer les règles morales d'origine divine. Ici l'islam n'est pas seulement une religion, mais c'est aussi une culture, un système de valeurs et des lois qu'il faut appliquer rigoureusement. Ces lois contenues dans la Chari'a sont au-dessus de toutes les autres lois.

Aujourd'hui encore la majorité des musulmans s'identifie avec cette vision intransigeante de méfiance et de rejet de la laïcité. Cette position est portée par des courants théologico-politiques divers allant des islamistes modérés qui croient au « jeu démocratique » et qui sont majoritaires jusqu'aux« salafistes djihadites » violents et minoritaires.

 

3/L'islam est compatible avec la laïcité :

Les auteurs de cette option qui sont des intellectuels musulmans et dont l'un des premiers pionniers est l'égyptien Ali Abderrazik (2) se sont attelés à entreprendre un travail de recherche extraordinaire de critique historique, pour lever la confusion entre le dogme et l'histoire et faire une nette distinction entre les deux. Ils affirment que la révélation s'est achevée avec la mort du Prophète et insistent sur l'interdiction d'y intégrer le moindre prolongement ou développement ultérieur. Pour eux la mort du Prophète marque la fin d'une période exceptionnelle et le retour à un système humain mis en place par les premiers califes afin d'entretenir l'effet des changements qui venaient d'être accomplis. Ce système étant humain et profane, il ne peut entraîner aucune forme d'obligation pour les musulmans des générations suivantes. Selon cette thèse, il était temps de reconnaître qu'on ne peut plus créer de communauté à l'image de celle réalisée par le Prophète à Médine et qu'il est impossible d'envisager de gérer les affaires publiques de la même manière.

Pour ce courant, la liberté des citoyens est l'objectif recherché et non la soumission à des principes d'une moralité donnée d'avance. La justice sociale, au lieu d'être imposée par des mesures autoritaires est atteinte à travers l'élargissement des champs des droits minimaux accordés aux citoyens (éducation, santé, etc.). On admet que la religion est un choix, une croyance adoptée librement et non une identité ou un ordre social, et on est sensé accepter les résultats qui en découlent. Ici on opte pour la limitation des injustices et de tout ce qui apporte atteinte à la liberté des citoyens. Lavérité des représentations religieuses est conçue comme symbolique. Cette approche préconise aussi de vivre et de pratiquer l'islam comme une religion du for intérieur qui fournit des idéaux aux individus et aux groupes sans les contraindre à appliquer des règles précises. Elle considère que même si lalaïcité ne véhicule pas par elle-même des valeurs du type de celles que l'islam inspire, son adoption n'interdit pas de promouvoir ces valeurs et de les faire adopter.

Ces thèses « modernistes » défendues par une minorité de penseurs et d'intellectuels « libéraux » n'ont pas réussi jusqu'à présent à imprégner la conscience des musulmans au point de modifierleur attitude vis-à-vis ni de leur religion ni de la politique en général.

Toutefois, après le 11 septembre, de plus en plus de voix se lèvent un peu partout dans le monde musulman, dans une certaine presse indépendante ou dans des milieux d'intellectuels « néolibéraux », souvent par opportunisme politique, pour stigmatiser certains aspects« archaïques » de l'islam et qui constituent d'après eux le terreau du radicalisme et du terrorisme. Ces appels restent inaudibles car ils sont lancés par des milieux peu crédibles et qui apparaissent comme de simples relais au service de leurs seigneurs occidentaux.

 

 

 

CONCLUSION :

L'objectif de cette réflexion/ document est de pousser les musulmans et les non musulmans d'ici et de là-bas à se poser la question sur le pourquoi de cette méconnaissance et de ce rejet réciproques. Aborder la question de la relation Islam et laïcité de cette façon me parait comme une voie possible parmi tant d'autres de débattre sereinement et sans tabous.

Certains musulmans me font déjà le reproche que l'islam et la laïcité ne sont pas des catégories comparables, ne se situent pas sur le même plan pour qu'ils puissent faire l'objet d'une telle comparaison/rapprochement.

Je pense qu'ils se trompent. Pour ma part, je crois fermement il faut avancer dans cette voie; mais pour que ce dialogue puisse aboutir à des résultats à long terme, trois conditions me paraissent indispensables.

1-Clarifier le concept de Laïcité :

A mon avis le débat autour de la question de la laïcité en Islam doit commencer par un travail de clarification au niveau du concept pour lever tout amalgame. Ici la laïcité est perçue d'abord comme une idiologie libérale dans ses formes les plus extrêmes : celle du laisser-faire. La laïcité est plus souvent assimilée à un système rejetant tout idée de valeurs morales. Pour les plus éclairés, la laïcité est considérée à la fois un processus de sécularisation, un modèle politique ou encore une philosophie de vie.

Il faut d'abord commencer par rappeler que la laïcité impose le respect de la liberté de conscience, ne s'oppose pas aux religions, mais plutôt aux cléricalismes, sous toutes leurs formes, qu'elle suppose aussi la liberté pour les religions de s'organiser comme elles le souhaitent. De ce fait elle ouvre la voix à d'avantage de liberté et donc à une adhésion plus sincère et plus ferme aux croyances et pratiques religieuses.

La laïcité dans ce cas peut être un cadre, une forme d'organisation qui permet de travailler d'une manière plus intelligente et lus efficace à diffuser les bienfaits des systèmes politiques modernes et limiter les injustices. Elle apporte la démocratie et la philosophie des droits de l'homme.

2-Renvoyer une autre image de l'Occident

Certains musulmans considèrent tout rapprochement avec l'Occident impossible au nom des injustices et des oppressions qu'exercent certains pays du Nord sur despopulations du Sud. En plus ils considèrent injuste que l'Islam soit vu comme une menace potentielle pour les non musulmans. Les musulmans doutent de la démocratie et des droits humains de l'Occident quand ils constatent que les interventions en Irak et en Afghanistan n'ont pas apporté la démocratie mais plutôt le chaos ; sans parler du soutien inconditionnel à Israël et à certains régimes arabes dictatoriaux.

Tout rapprochement pour rétablir la confiance entre les musulmans et les occidentaux passe, à mon avis par le changement de cette image négative envoyée par la politique des pays occidentaux.

3-Construire l'avenir ensemble

Pour cela il faut commencer par dépasser la simple tolérance qui est le seuil minimal d'acceptation mutuelle si on veut vivre sur la même planète, pour s'élever jusqu'au respect réciproque fondé sur le droit d'autrui à la différence en prenant compte de sa conviction à lui. Il faut construire ensemble des espaces culturels communs où seront bannis la violence et le terrorisme intellectuel et chercher le juste milieu. La solution moyenne n'est pas facile à trouver aujourd'hui entre le totalitarisme et l'anarchie qui restent dominants malgré les apparences.

C'està ce prix que nous pourrons épargner aux générations futures le seul choix possible : la joug de la tyrannie ou la loi de la jungle. Je souhaite, pour ma par, leur léguer une humanité où tout humain pourrait s'épanouir totalement et sans répression.

L'islam auquel je crois m'encourage à garder l'espoir. C'est cet islam qui prône l'établissement de la « communauté du milieu » (al oummat-al-wassat), celle qui se situe par définition loin de tout extrême, ou à équidistance des positions extrêmes. « Al oummat-al-wassat » est également la communauté des justes.

 

Notes :

(1)http://www.aljabriabed.net/

(2)Ali Abderrazik : « Islam et fondement du pouvoir » , la découverte,1994

Bibliographie :

Mohamed Talbi : Plaidoyer pour un islam moderne

Abdou Filali Ansari : L'islam est-il hostile à la laïcité

Laroui Abdellah : Islam et modernité

Rodinson Maxime : islam politique et croyance

 

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