Islam et sexualité

Ce court article constitue une contribution de ma part au débat ouvert par l’article de mon ami Christian Paultre sur la théologie de la sexualité. J’apporte ici mon point de vue sur un sujet très sensible mais qui me tient à cœur d’abord en tant que musulman qui se bat pour un islam ouvert et progressiste mais aussi de part ma profession de médecin qui se trouve confronté quotidiennement à apporter des réponses aux questions de mes patient(e)s en relation avec ce sujet.

Sur cette question de la sexualité en Islam – comme sur bien d’autres que j’ai déjà traités dans d’autres billets «Islam et laïcité», «Islam et démocratie», il me semble qu’il n’est pas judicieux de donner de l’Islam cette vision univoque, immuable et erronée d’une religion intolérante, et incompatible avec les « temps modernes » et surtout avec l’émancipation des femmes. Au lieu d’enfermer cette religion dans des clichés immuables, il convient bien plutôt d’analyser des sociétés musulmanes concrètes avec les multiples interprétations et formes de pratiques religieuses qu’elles produisent, de tenir compte aussi des conditions historiques et des discours et des pratiques religieuses, ainsi que les aspirations aux changements et les dynamiques profondément endogènes qui traversent ces sociétés.

Pour moi l’islam reste la religion qui a probablement abordé le thème de la sexualité avec le moins de tabous et le plus de liberté. La religion musulmane parle de l’amour comme une sorte d’obligation qui devait s’accomplir au nom de Dieu, pour engendrer certes, mais aussi pour jouir. Les relations sexuelles sont codifiées et il existe une distinction nette entre l’union licite (nikâh) et l’union illicite ou adultère (zinâ), interdit par le respect dû à la dignitéde la femme. Le concept qui définit le mariage religieux (nikâh) n’est autre que celui qui désigne le coït ? On peut même dire que le coït est la raison principale du mariage.

Le Coran, consacre de très nombreux versets (notamment dans les sourates III « La Vache » et IV « Les Femmes » ), à la sexualité qui ne prend à aucun moment un caractère honteux. La sexualité doits’accomplir tout simplement dans le cadre des liens du mariage qui est vivement recommandé. Les textes coraniques traitent aussi toutes les questions en relation avec la sexualité : homosexualité, adultère, inceste, prostitution, pénétration pendant les menstrues….

Le plaisir charnel et sensuel est célébré par le Prophète Mohamed dans ses hadiths ainsi que dans sa vie en l’inscrivant dans le cadre de l’union légitime entre l’homme et la femme et conformément à une certaine éthique.La culture musulmane, à travers sa jurisprudence mais surtout à travers sa littérature et ses arts, a accordée aux thèmes de l’amour et de la sexualité une place exceptionnelle.

A mon avis, on peut donc être musulman(e) croyant(e) et pratiquant(e) sans refuser les jouissances charnelles.

Aujourd’hui, on observe qu’effectivement une chape de pudeur régressive s’est installée dans les sociétés musulmanes contemporaines qui réservent malheureusement un statut réducteur aux femmes sous la houlette d’un ordre moral dominé par des esprits conservateurs et rigoristes. On ne peut plus parler librement et publiquement de la sexualité sans pour autant choquer et risquer d’être accusé de contribuer à la perversion des jeunes et d’encourager la prostitution (cas des campagnes de sensibilisation contre le SIDA). Ceci n’empêche pas des musulmanes et des musulmans de s’armer de courage pour oser briser ce silence qui prend des fois l’allure d’une hypocrisie. Ils se proposent d’éduquer les hommes et les femmes dans leur vie sexuelle afin de les aider à trouver un équilibre et un épanouissement tout en le respectant la morale musulmane.

 

 

 

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