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Lycée en chantier

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Billet de blog 13 oct. 2008

claude lelièvre
Historien de l'éducation
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La guerre des disciplines aura-t-elle lieu?

Elle existe certes toujours de façon latente et incessante ( pour l’existence, la reconnaissance ou la survie ) ; mais, en certaines occasions ( de crise ou de tournant majeur) elle peut prendre des formes très ouvertes. Or la réforme du lycée ( avec ses réductions prévues d’horaire d’enseignement et l’amplitude de son organisation optionnelle ) peut faire que cela soit très chaud. Et certaines associations de spécialistes font déjà monter la pression.

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Elle existe certes toujours de façon latente et incessante ( pour l’existence, la reconnaissance ou la survie ) ; mais, en certaines occasions ( de crise ou de tournant majeur) elle peut prendre des formes très ouvertes. Or la réforme du lycée ( avec ses réductions prévues d’horaire d’enseignement et l’amplitude de son organisation optionnelle ) peut faire que cela soit très chaud. Et certaines associations de spécialistes font déjà monter la pression.

Article original et commentaires ici.

Les dates de création des agrégations scandent la longue marche des disciplines vers la reconnaissance et donnent à voir la hiérarchie – historique – des disciplines scolaires. En 1766, sont créées les agrégations de lettres et grammaire ( gréco-latines) ; en 1821, celle de " sciences " ( toutes catégories confondues, y compris les mathématiques ). Suivent celles de philosophie en 1825, puis d’histoire en 1831. En 1849, création des agrégations de langues vivantes, allemand et anglais. L’agrégation de sciences se dédouble en agrégation de mathématiques et agrégation de sciences en 1841 ( qui se scinde elle-même en agrégation de sciences physique et agrégation de sciences naturelles en 1885 ). Suivent celles d’espagnol et d’italien en 1900, d’arabe en 1907, de russe en 1947. Il faut attendre 1960 pour que soit décidée une agrégation de lettres modernes. En 1962, création d’une agrégation de techniques économiques et de gestion ( transformée en 1980 en économie et gestion ). Suivent celles de mécanique en 1968, de génie civil, de génie électrique, de génie mécanique en 1975. L’agrégation d’éducation musicale apparaît en 1974, celle d’arts plastiques en 1975. En 1977, est créée une agrégation de sciences sociales. L’éducation physique et sportive ferme la marche de la reconnaissance des excellences disciplinaires en 1982 ( si on ne prend pas en compte quelques autres agrégations de langues vivantes telles que le portugais en 1973, l’hébreu moderne en 1977, le polonais en 1978, le japonais en 1984 ).

Finalement, on a sommairement le feuilleté historique suivant : d’abord les disciplines des " humanités classiques " ( lettres classiques, philosophie, histoire ) ; puis celles des " humanités modernes " ( mathématiques, sciences, langues vivantes ) ; suivent, avec beaucoup de décalage, les matières ‘’nobles’’ de la " technologie " ( techniques économiques et de gestion, puis mécanique, génie civil et électrique ) ; et enfin les disciplines " artistiques ou physiques " ( musique, arts plastiques, éducation physique et sportive ). Les agrégations du domaine des " sciences sociales ou humaines " restent évanescentes.

Tout semble se passer, ou à peu près ( cherchez l’erreur ! ) comme si l’ordre d’apparition des agrégations signalait la hiérarchie symbolique des disciplines scolaires.

Dans la lutte d’influence historique que se sont livrées les différentes configurations disciplinaires, les " humanités classiques " et les " humanités modernes " se sont constamment partagées tout au long du XX° siècle l’essentiel des horaires ( du moins dans l’enseignement général, qui est resté l’enseignement secondaire dominant ). La prépondérance initiale écrasante des " humanités classiques " ( lettres, philosophie, histoire ) se réduisant au profit ( quasi exclusif ) des " humanités modernes " ( mathématiques, sciences , langues vivantes ), tout particulièrement lors de deux moments cruciaux : par la réforme de 1902 ( où, après bien des péripéties et grâce à la grande enquête parlementaire conduite par Ribot, une autre culture scolaire a enfin droit de cité à côté de la culture classique : " la culture moderne " ) et la période des années 1960 durant laquelle la série mathématique l’emporte sur la série lettres-philosophie.

Si la réforme du lycée entreprise par Xavier Darcos va jusqu’au bout, on assistera selon toute vraisemblance à une recomposition de cette ampleur, dans une ‘’précipitation’’ certaine ( dans tous les sens du terme ).

PS ( 15 octobre ): Pour ceux qui n'auraient pas encore saisi que la bataille autour de la réforme du lycée va faire rage ( dans une certaine confusion ), sachez que BKZ, président du SNALC-CSEN ( le Syndicat National des Lycées et Collèges, généralement situé à droite ) nous a fait l'honneur d'écrire son premier billet dans Médiapart ( "Les faux atours du lycée light '' ).

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