Billet de blog 1 déc. 2011

Les Papous, un peuple en quête de dignité

 Nul doute qu'en ce 1er décembre 2011, les Papous occidentaux se rassemblent nombreux et sans armes pour assister au lever du drapeau « Etoile du matin » (une étoile blanche sur un fond rouge bordé de bandes bleues et blanches), comme ils le font tous les ans depuis le 1er décembre 1961. C'est à l'issue d'une telle manifestation que Filep Karma a été arrêté et roué de coups le 1er décembre 2004.

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Nul doute qu'en ce 1er décembre 2011, les Papous occidentaux se rassemblent nombreux et sans armes pour assister au lever du drapeau « Etoile du matin » (une étoile blanche sur un fond rouge bordé de bandes bleues et blanches), comme ils le font tous les ans depuis le 1er décembre 1961. C'est à l'issue d'une telle manifestation que Filep Karma a été arrêté et roué de coups le 1er décembre 2004.

Que symbolisent donc cette date du 1er décembre, ce drapeau et ces manifestations pacifiques qui ont le don de déclencher des réactions d'une extrême violence de la part de la police indonésienne ? Pour le comprendre, un bref rappel historique n'est pas inutile.

Alors que l'Indonésie devenait indépendante en 1949, la Papouasie occidentale (ex Irian Jaya) resta une colonie des Pays-Bas jusqu'en 1961. En 1960, les Néerlandais avaient mis en place les bases de l'autonomie papoue : un Conseil papou fut élu au cours d'un Congrès qui se tint en octobre 1961, un projet de constitution fut élaboré et un drapeau fut choisi : l' « Etoile du matin », hissé pour la première fois le 1er décembre 1961. Cependant, devant l'insistance de l'Indonésie qui n'avait cessé de réclamer le rattachement de la Papouasie occidentale, les Néerlandais acceptèrent que les Nations unies prennent en charge son administration jusqu'à ce que soit organisé un référendum, « l'acte du libre choix », permettant aux Papous de choisir entre l'indépendance ou le rattachement à l'Indonésie. Mais, à son tour, l'ONU transféra les commandes à l'Indonésie en 1963. Le référendum, maintenant appelé « l'acte sans choix », eut lieu en 1969 : seulement 1026 Papous soigneusement sélectionnés et étroitement surveillés par des militaires purent voter, et le rattachement à l'Indonésie l'emporta à l'unanimité. C'est ainsi que naquirent l'OPM, mouvement de guérillas indépendantistes, mais également des organisations de la société civile qui demandent simplement que cessent les violences perpétrées contre les Papous et que soient respectés leurs droits sociaux, économiques et culturels.

En effet, afin de contrer les guérillas, les forces armées indonésiennes exercent depuis 40 ans de multiples exactions, généralement en toute impunité : exécutions sommaires, assassinats de leaders, tortures, viols sont monnaie courante. Plus de 100 000 Papous auraient été tués par les forces armées depuis 1963. Toute voix protestant pacifiquement contre les violences commises ou demandant plus d'autonomie est taxée de séparatisme et brutalement réprimée.

Parallèlement, le gouvernement a mis en place dans les années 70 une politique de transmigration de la population des autres îles vers la nouvelle province, ce qui fait qu'aujourd'hui les Papous autochtones sont minoritaires sur leur territoire. Une loi décrète que toutes les terres et ressources naturelles de l'île sont la propriété de l'Etat indonésien. C'est pourquoi la province est l'une des plus pauvres de l'Indonésie ; ses habitants ne tirent aucun profit des ressources naturelles pourtant abondantes : or, cuivre, gaz, forêts...

En 2001, un statut spécial d'autonomie a bien été accordé aux Papous, leur reconnaissant, en principe, un plus grand contrôle de leurs ressources et le respect de leurs aspirations et droits fondamentaux. Mais cette loi n'est toujours pas appliquée : le gouvernement indonésien continue d'agir dans ses seuls intérêts politiques et économiques et persécute ceux qui réclament l'application de la loi. C'est donc à deux reprises que le peuple Papou s'est senti trahi dans les promesses qui lui avaient été faites.

Expliquer n'est pas légitimer : Amnesty International ne prend pas position sur le statut politique des provinces indonésiennes et sur les appels à l'indépendance ou à l'autonomie, mais estime que le droit à la liberté d'expression comprend celui de plaider pacifiquement pour l'organisation de référendums, l'indépendance ou d'autres solutions politiques, et que le règlement qui interdit de déployer des drapeaux régionaux doit être abrogé. Amnesty International estime qu'au moins 90 personnes sont emprisonnées aux Moluques et en Papouasie pour les mêmes actions pacifiques que Filep Karma, et demande leur libération immédiate et inconditionnelle.

En savoir plus sur Filep Karma, en prison pour avoir levé un drapeau

Voir en vidéo le témoignage de la fille de Filep

Lire le texte que Franck Pavloff a écrit pour Filep

Avec Amnesty International, le 3 décembre, agissez sur www.marathondessignatures.com !

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