Billet de blog 10 nov. 2011

Corée du Nord : Les 50 000 prisonniers du camp Yodok

Amnesty International
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On estime à cinquante mille le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants actuellement détenus dans le camp pour prisonniers politiques de Yodok, en Corée du Nord. Yodok est l'un des six camps connus du pays, dans lesquels environ deux cent mille prisonniers politiques et leurs familles sont incarcérés sans jugement ou à la suite de procès iniques. Les prisonniers, y compris les enfants, sont torturés et forcés à travailler dans des conditions dangereuses. Le travail forcé dans un environnement dangereux, le manque de nourriture, les passages à tabac, les soins médicaux inappropriés et les conditions de vie insalubres sont à l'origine de maladies chroniques. De nombreux prisonniers meurent au cours de leur détention ou peu de temps après leur libération.

Parmi les personnes envoyées dans les camps figurent des fonctionnaires dont le tra­vail a été estimé insatisfaisant ainsi que des personnes ayant critiqué le régime ou la famille dirigeante, ou soupçonnées de s'être adonnées à des activités « antigouvernementales » comme regarder ou écouter des émissions télévisées ou radiophoniques sud-coréennes.

Tous les camps possèdent des « zones de contrôle total », d'où les prisonniers ne sont jamais libérés sauf dans des circonstances très rares. À la connaissance d'Amnesty International, seules trois personnes sont parvenues à s'échapper ou ont été libérées d'une zone de contrôle total. Les enfants nés dans ces zones y sont emprisonnés à vie. Les camps de Yodok et Bukchang-ri sont également dotés de « zones révolutionnaires » pour les personnes considérées comme ayant commis des infractions moins graves. Les prisonniers des zones révolutionnaires sont libérés après avoir purgé des peines pouvant aller jusqu'à dix ans d'incarcération.

Les exécutions qui ont lieu à Yodok peuvent être publiques ou menées en secret ; les prisonniers sont généralement fusillés ou pendus. Ils peuvent être exécutés pour avoir enfreint les règles du camp, par exemple pour avoir volé de la nourriture.

Il arrive également que des proches de personnes soupçonnées d'infractions soient envoyés à Yodok. Ce système de « culpabilité par association » est utilisé pour étouffer la contestation et contrôler la population grâce à la peur. Lorsque le ressortissant nord-coréen Oh Kil-man a demandé l'asile politique au Danemark en 1986, il a été forcé de laisser sa femme et ses deux filles en Corée du Nord. La famille d'Oh Kil-man a été envoyée à Yodok en 1987 parce qu'il n'est pas revenu dans ce pays. Il a reçu des lettres de sa famille en 1988 et 1989, ainsi que des photos en 1991. Il est la seule personne à avoir reçu ce type d'informations de la part de prisonniers de camps. Un ancien prisonnier affirme que la femme et les filles d'Oh Kil-man ont ensuite été transférées dans la zone de contrôle total de Yodok. Oh Kil-man n'a plus jamais reçu d'informations à leur sujet.

Le gouvernement nord-coréen nie l'existence de camps pour prisonniers politiques, y compris Yodok, bien qu'elle ait été confirmée par des photos satellites et des témoignages recueillis par Amnesty International auprès d'anciens gardiens, de prisonniers et de leurs proches.

- de libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers d’opinion détenus dans ces camps, y compris les personnes incarcérées en raison du principe de « culpabilité par association » ;

- de mettre immédiatement un terme aux exécutions, au travail forcé abusif, à la torture et aux autres mauvais traitements dont les détenus sont victimes.

« Vue d’étoiles » texte de Milk, Coffee & Sugar sur le camp Yodok

Avec Amnesty International, le 3 décembre, agissez sur www.marathondessignatures.com !

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