États-Unis : Christi Cheramie, emprisonnée à vie pour un crime qu’elle nie avoir commis

En juin 1994, Christi Lynn Cheramie, alors âgée de 16 ans, fut condamnée, en Louisiane, à l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle, pour avoir plaidé coupable dans le meurtre de la grande tante de son fiancé, culpabilité qu'elle récuse aujourd'hui. Elle a aujourd'hui 33 ans.

Copie%20de%20137770.preview.jpgEn juin 1994, Christi Lynn Cheramie, alors âgée de 16 ans, fut condamnée, en Louisiane, à l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle, pour avoir plaidé coupable dans le meurtre de la grande tante de son fiancé, culpabilité qu'elle récuse aujourd'hui. Elle a aujourd'hui 33 ans.

Son enfance fut difficile. Abusée sexuellement pendant plus de trois ans par son beau père, elle fit deux tentatives de suicide et fût hospitalisée en psychiatrie. Elle arrêta l'école en cinquième pour s'occuper de son grand-père mourant. Selon ses avocats, fiancée à 15 ans avec Gene Mayeux, celui-ci l'emmena en février 1994 chez sa grand-tante Mildred Turnage, qu'il tua de deux coups de couteau pour lui voler son argent.

Quelques jours après, Christi, interrogée à deux reprises sans la présence d'un adulte ou d'un avocat, avoua. Gene, lui-même arrêté, accusa Christi du meurtre. Elle fut traduite devant une

cour pour adulte, pour meurtre au premier degré, sans tenir compte de son jeune âge et de sa fragilité psychologique liée aux violences subies. L'expert psychiatre notait qu'elle était : «une jeune fille, déprimée, dépendante, et insécurisée, qui semblait avoir physiquement et psychologiquement peur de quitter Gene».

Aux États-Unis, en 1994, en violation des lois internationales, la peine capitale pouvait être requise contre un mineur dans ce type de crime. Les jurés qui sont contre la peine de mort sont exclus du procès par l'accusation. Christi plaida coupable de meurtre au second degré, accusation non passible de la peine de mort. Le juge imposa la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Le droit international interdit cette peine pour toute personne de moins de 18 ans au moment des faits. Ce principe de droit est reconnu et respecté dans le monde entier sauf aux États-Unis, où environ deux mille cinq cents mineurs au moment des faits sont en prison pour le reste de leur vie, et ce malgré les mises en garde répétées des Comités onusiens des droits de l'homme et des droits de l'enfant.

États-Unis : Christi Lynn Cheramie © AmnestyFrance

En 2001, Christi chercha à faire annuler sa décision : «j'étais terrifiée. Tout ce que je savais c'est que je risquais la peine de mort pour quelque chose que je n'avais pas fait». Sa requête fut rejetée ainsi que les suivantes. Détenue considérée comme «modèle» par des directeurs de prisons, elle a passé son bac et un diplôme universitaire d'études agronomiques, matière qu'elle enseigne dans la prison.

Un des plus proches parents de la victime a déclaré que Christi mériterait une seconde chance, « qu'elle était très, très jeune et que Mildred [ la victime ] nous dirait de la libérer ».

En Louisiane, la loi permet, après quinze ans de réclusion, de déposer un recours auprès du Comité des Grâces dont les membres sont nommés par le gouverneur. Le Comité fait des recommandations non contraignantes pour le gouverneur seul habilité à accorder ou non la grâce, et qui peut le faire avant même l'audition devant le Comité. Christi vient de déposer un recours le 30 novembre 2011, dont l'examen est prévu devant le Comité des Grâces le 23-24 janvier 2012.

 

banniere2.jpgAMNESTY INTERNATIONAL demande au gouverneur de Louisiane :

- d'accorder sa grâce à Christi Cheramie, condamnée à l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle, alors qu'elle était mineure aux moments des faits ;

- d'œuvrer à promouvoir une loi qui supprime de façon rétroactive cette sentence pour toute personne mineure aux moments des faits reprochés.

 

AMNESTY INTERNATIONAL demande également aux autorités fédérales américaines :

- de ratifier sans réserve la Convention des droits de l'enfant, que seuls les États-Unis et la Somalie n'ont pas ratifié.

 

En savoir plus sur l'emprisonnement à vie des mineurs aux États-Unis

Lire le texte que Gérard Mordillat a écrit pour Christi

Avec Amnesty International, le 3 décembre, agissez sur www.marathondessignatures.com !

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