Nigéria : Les habitants des berges de Port Harcourt

Plus de 200 000 personnes, vivant dans une quarantaine d'implantations informelles au bord de l'eau à Port Harcourt, courent le risque d'être expulsées de force, de perdre leur logement et leurs moyens de subsistance.

nigeria.jpgPlus de 200 000 personnes, vivant dans une quarantaine d'implantations informelles au bord de l'eau à Port Harcourt, courent le risque d'être expulsées de force, de perdre leur logement et leurs moyens de subsistance.

Les autorités poursuivent leur programme de démolition de toutes les zones de ce type à Port Harcourt sans appliquer auparavant les garanties nécessaires à la protection des droits humains.

En juillet 2008, le gouverneur de l'État de Rivers a en effet annoncé à la radio que toutes les zones informelles des berges seraient démolies dans le cadre du programme de rénovation urbaine de la ville. D'après les autorités, la démolition des habitations situées sur les berges est nécessaire à la mise en œuvre du projet de rénovation urbaine. Ce plan de réaménagement a été élaboré sans que les personnes concernées soient consultées.

imageLe 28 août 2009, l'une des quarante zones d'habitat informel, Njemanze, a été rasée, laissant dix-sept mille hommes, femmes et enfants sans abri. Aucune véritable consultation préalable n'avait été menée auprès des résidents. Ils n'ont bénéficié d'aucune compensation ou solution de relogement, d'aucun recours légal, en dépit des normes internationales relatives aux droits humains en la matière. Voir en vidéo les témoignages des habitants :

Expulsions forcées à Port Harcourt : témoignage d'habitants des berges du delta © AmnestyFrance

 

 

 

Deux ans après, ces expulsions continuent à affecter leur vie au quotidien. Certains, notamment de jeunes garçons, dorment maintenant sous des ponts ; d'autres ont des difficultés pour gagner leur vie après avoir perdu leur source de revenu, généralement dans l'économie informelle, qui concerne 60 % de la population active du pays. Entre autres conséquences, beaucoup de parents n'ont plus les moyens de payer les frais de scolarité ; des jeunes filles expulsées de force se prostituent.

 

La fusillade de Bundu

Le 12 octobre 2009, au moins douze personnes ont été abattues ou grièvement blessées par les forces de sécurité sur les berges de Bundu à Port Harcourt, alors qu'elles participaient à une manifestation pacifique contre la démolition de leurs foyers. En outre, des témoins disent avoir vu six cadavres empilés à l'arrière d'un pick-up de police. Le corps d'une personne a été retrouvé dans une morgue par l'un de ses proches. Le nombre total de morts reste indéterminé et deux ans après, aucune enquête n'a été entreprise. Linus Johns est l'une des victimes des fusillades qui ont eu lieu à Bundu, regardez en vidéo son témoignage.

banniere2.jpgAmnesty International demande aux autorités du Nigéria :

- de ne procéder à aucune expulsion forcée ;

- de mettre en place des mesures visant à favoriser la consultation, et la participation des résidents des berges dans les décisions liées au projet de rénovation urbaine des berges ;

- d'offrir une compensation et des solutions de relogement répondant aux besoins des dix-sept mille personnes déjà expulsées ;

- d'initier une enquête concernant les violences de Bundu et indemniser les victimes ;

- d'adopter une politique nationale de logement qui garantira à tous les Nigérians un logement convenable et, en attendant, de déclarer un moratoire sur les expulsions de populations au Nigéria.

En savoir plus sur la situation du droit au logement et des expulsions forcées en Afrique

Avec Amnesty International, le 3 décembre, agissez sur www.marathondessignatures.com !

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