FrenchLeaks, le site d'utilité publique

L'information n'est pas une affaire de journaliste. Elle estle droit le plus élémentaire des citoyens. C'est pour faire mieux vivre ceprincipe fondamental et tenter, à notre échelle, d'élargir les droits descitoyens que Mediapart lance ce jeudi 10 mars FrenchLeaks.

Le site est accessible en cliquant ici.

 

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FrenchLeaks, en un écho amical avec WikiLeaks, propose avecle renfort d'une participation citoyenne d'élargir les champs d'information enFrance. Avec un objectif et un seul : réhabiliter le principe d'intérêtpublic, cet intérêt public que les pouvoirs quels qu'ils soient – politiques ouéconomiques – s'efforcent trop souvent de dévoyer.

FrenchLeaks est donc un site de documents et de lanceursd'alerte. Le principe de base est des plus simple : s'agissant desaffaires publiques, la publicité doit être la règle, et le secret l'exception.Tout document qui concerne le sort des peuples, des nations et des sociétésmérite d'être connu du public. Pour que ce public puisse se faire son opinion,juger sur pièces, choisir pour agir, influer sur les affaires du monde et surla politique des gouvernements.

 

Enregistrement dans l'affaire Bettencourt.

FrenchLeaks est une base documentaire de textes, images,sons, films. Il s'agit d'abord de mettre à la libre disposition du public desdocuments ayant déjà fait l'objet d'investigations de l'équipe de journalistesde Mediapart. C'est ainsi que nous proposons dès le lancement de ce nouveausite plusieurs dossiers importants : les pièces principales de l'affaireKarachi ; les enregistrements pirates qui ont déclenché le scandaleBettencourt/Woerth (ici, notre dossier complet) ; de nombreux rapports internes, et de divers organismesfinanciers, sur la crise des Caisses d'épargne ; des documentsconfidentiels éclairant les contours et le fonctionnement du groupe Bolloré...

D'autres documents et rapports, déjà cités dans des enquêtespubliées par Mediapart, seront ainsi rendus au public dans les jours quiviennent.

Mais FrenchLeaks est aussi destiné à aider les citoyens àpercer les murs de silence injustifiés. Il permet à des sources de noustransmettre, en toute sécurité et confidentialité, des documents d'intérêtpublic qui seront mis en ligne après une enquête préalable répondant aux règlesprofessionnelles du journalisme. La révolution numérique permet de renforcer ledroit à l'information. Et l'invention de médias participatifs autorise lacréation de nouveaux modèles, où les lecteurs sont associés aux contenus. Ilspeuvent contribuer, alerter et informer.

FrenchLeaks fera vivre cette nouvelle alliance entre les journalisteset les citoyens autour du droit du public à connaître toute informationd'intérêt général. Ainsi les documents transmis par des sources, à qui nousgarantissons une totale confidentialité grâce à un dispositif techniquesécurisé et crypté, seront-ils validés, expertisés, contextualisés, avantd'être mis en ligne dans leur intégralité. Soyons clairs : n'est pasd'intérêt public tout ce qui relève de la vie privée et s'émancipe du respectdes droits de la personne.

 

FrenchLeaks apparaît ainsi comme un prolongement logique duprojet éditorial de Mediapart. Le 16 mars 2008, quand nous lancions ce nouveaujournal en ligne, nous l'avions ainsi présenté : « Il s'inscrit dansune longue tradition démocratique qui fait de la presse l'instrument d'une transparencesur les actes du gouvernement, sur la vie des entreprises, sur tous les lieuxde pouvoir, quels qu'ils soient.» Et nousmettions en avant son innovation radicale : un journal participatif «où ses lecteurs peuvent s'exprimer librement, créer leur actualité, lancerleurs débats, soulever des discussions, provoquer des réflexions» (article complet à lire ici). Ces deux principes sont au cœur de ce nouveausite.

 

Site miroir de WikiLeaks.

Site miroir de WikiLeaks.

Alors pourquoi lancer maintenant ce site dédié aux lanceursd'alerte ? La révolution WikiLeaks (notre article «Nous sommes tous des WikiLeaks»), qui a fait basculer l'information dansune nouvelle ère, nous a bien évidemment aidés à accélérer des réflexionsengagées depuis plusieurs mois. Les révolutions arabes ont été un autreaccélérateur, tant elles démontrent que le dévoilement de la nature de régimesdictatoriaux a été le moteur de ces insurrections démocratiques et sociales.

La situation française, enfin, a achevé de nous convaincrequ'il était plus que temps d'engager ce nouveau combat pour l'information. LaFrance est en guerre depuis bientôt dix ans, dans ce bourbier afghan où l'échecest le seul horizon. Cinquante-quatre soldats français ont été tués à ce jour, dans uneindifférence quasi générale et sans qu'un véritable débat public soit engagé alors que des milliers d'hommes ont été envoyés sur le terrain.Il y a deux ans, Mediapart avait voulu faire ce que la presse anglo-saxonne amultiplié : un simple inventaire biographique des soldats tués sur lefront. Nous n'avons eu de cesse de nous heurter aux silences répétés duministère de la défense, désireux d'abord de taire la réalité de notreengagement militaire.

Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, dans un pays oùla culture publique est d'abord celle du secret. Du secret défense, que lepouvoir sarkozyste n'a cessé de renforcer et d'élargir, bloquant ainsiplusieurs enquêtes judiciaires ultra-sensibles (lire ici notre entretien avec le juge d'instruction Marc Trévidic). Du secret à tout-va et hors detoute règle, qui permet ainsi au ministère des affaires étrangères de ne rendreaucun compte public de cette «politique arabe» qui s'est achevée en unnaufrage.

Que des diplomates, dans un appel public (à lire en cliquant ici), en viennent àsouhaiter un WikiLeaks français («Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomatesfrançais ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussicritiques que sans concessions») pour que leur travail sur les pays arabes soitrendu public, qu'un ancien ambassadeur en Tunisie demande «la publication d'une partie de la correspondance diplomatique» (entretien à lire en cliquant ici) dit bien le malaise qui s'est emparé d'unepartie de l'appareil d'Etat face à un pouvoir qui s'émancipe de ce principefondamental : rendre compte.

Enfin, la multiplication des «affaires» comme des conflitsd'intérêts, symptômes d'un affaissement de l'éthique républicaine, rend plusque nécessaire de nouveaux modes d'investigation. Le scandale Bettencourt révélépar Mediapart, et justement jugé «d'intérêt public» à deux reprises par les tribunaux (lire ici notre article sur le jugement de la cour d'appel), a montré combiendes questions démocratiques essentielles demeurent posées : le financementde la vie politique ; l'égalité devant l'impôt ; l'indépendance de lajustice ; l'autonomie du pouvoir politique par rapport au monde desaffaires.

 

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FrenchLeaks doit aider à progresser dans l'approfondissementde ce débat démocratique. Notre petite cléricature politico (et parfois)-médiatique criera une fois de plus à la «dictature de la transparence», comme elle s'était horrifiée du séisme WikiLeaks.Laissons-la s'engloutir dans la dislocation d'un système politique devenutellement sourd aux appels de la société qu'il autorise l'extrême droitexénophobe à tenir le haut de pavé.

FrenchLeaks est aussi un site de journalisme. Nousgarantissons à ses participants une mise en œuvre obstinée de la protection dusecret des sources. D'abord par un dispositif technique innovant. Cela pourrasans doute faire sourire les premiers abonnés de Mediapart qui se souviennentencore des hoquets et pannes en série des débuts de Mediapart. Nous avons cettefois procédé différemment pour garantir cette confidentialité des sources etl'intégrité des documents.

Bâti avec des logiciels libres tels que SPIP, FrenchLeaksest un site sécurisé. Nicolas Silberman, qui a rejoint Mediapart il y aquelques mois pour en prendre la direction technique, résume ainsi le travailaccompli : «L'expérience WikiLeaks nous a fait mettre en place desolides garde-fous ; ils nous permettent d'optimiser la stabilité et lasécurité de ce site.»

Aux lanceurs d'alerte qui posteront sur FrenchLeaks desdocuments, nous garantissons ainsi une double sécurité, technique etdéontologique puisqu'un travail respectant les règles du journalisme seraeffectué sur ces documents avant leur publication. C'est une conditionimpérative pour qu'ensemble, nous puissions faire progresser le droit àl'information.

Découvrez FrenchLeaks, cliquez ici

 

 

 

 

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