Mobilisation citoyenne pour les migrants en Finistère

Des bretons mobilisés pour accueillir des migrants inventent un dispositif d'organisation collective. Le dispositif "100 pour un toit" permet à plusieurs familles de se cotiser pour payer un logement pour une famille. Chaque groupe s'organise de manière autonome autour d'une famille.

Des « Cent pour un toit » à Digemer, au bout du monde

Digemer (bienvenue en breton) est une association d'hébergement de demandeurs d'asile du Pays de Brest (29). Elle a démarré en 2014, suite à l'afflux de familles venant d'Albanie, du Kosovo, de Serbie, de Géorgie, de Tchetchénie, qui étaient à la rue. Nous avons cherché des logements gratuits ou à loyer modéré, deux ou trois personnes pour accompagner chaque famille et des donateurs pour payer les loyers et les frais d'électricité, de gaz, d'eau. A partir de 2017, des familles françaises qui possédaient de plus grandes maisons ont accueilli chez elles en hébergement citoyen des familles de migrants. Mais ces deux formules d'hébergement ont rencontré des limites : les rares accompagnateurs s'épuisaient à répondre aux besoins des familles de migrants ; l'hébergement citoyen, en cohabitation, se révélait difficile à supporter au bout de quelques semaines.

Heureusement nous avons entendu parler de la formule des « cent pour un toit », expérimentée dans les communes autour de Quimperlé (29) : 100 personnes s'organisent en collectif pour accompagner une famille de migrants, chacune s'engageant à verser un minimum de 5 euros par mois, pendant un an ou deux, pour payer loyer et charges. En deux ans, 24 collectifs se sont mis en place à Brest et dans les communes environnantes. Ils comprennent entre 10 et 90 donateurs. La moitié sont autonomes financièrement et soutiennent les collectifs moins favorisés.

Ces « 100/1 toit » se donnent un responsable, un trésorier, un chargé de communication. Ils s'organisent en commissions pour accompagner les familles : démarches administratives, alimentation, santé, scolarisation des enfants, alphabétisation des adultes, recherche de travail, entretien du logement, transport... Ce travail en commission allège les tâches et s'enrichit des talents des uns et des autres. Les familles se sentent soutenues dans leur apprentissage du français, dans leur quête de travail. Grâce à ces chaînes de solidarité, elles gardent espoir lorsqu'elles sont déboutées du droit d'asile ou menacées d'une OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Le nombre des donateurs et des sympathisants crée une dynamique dans les communes. On se fait connaître par des réunions publiques. On organise des moments de convivialité avec les familles hébergées : café rencontre, repas de crêpes, fest-deiz, karaoké...On sensibilise la population locale à la cause des migrants : projection de films , pièces de théâtre, expositions, témoignages dans les écoles. On s'implique au plan politique. Plusieurs « 100/1 toit » ont informé les maires, les députés et les sénateurs sur les difficultés d'intégration des migrants : pas d'autorisation de travail, alors que des agriculteurs sont en recherche de main d'oeuvre, pas de réponse de la Préfecture aux demandes de titre de séjour même quand les enfants sont scolarisés depuis 3 ans. Ils ont demandé aux candidats aux élections municipales d'adhérer à l'association nationale des villes et territoires accueillants.

La solidarité s'élargit au delà de l'accompagnement d'une famille. A Landerneau (29), une autre famille de migrants hébergée par Coallia dans la commune est prise en charge au quotidien. Des jeunes mineurs isolés, venant d'Afrique ou d'Afghanisatn, inscrits au lycée, sont soutenus dans leur parcours scolaire. Des bénévoles du « 100/1 toit » s'engagent à la Maison pour tous pour renforcer l'équipe d'alphabétisation.

Sur Brest un réseau d'associations s'occupant des migrants ( Resto du cœur, Secours populaire, Secours catholique, Entraide et Amitié, Halte Accueil Ozanam, Association d'alphabétisation, Cimade, Ldh, Digemer...) s'est structuré pour s'informer, se soutenir, interpeller les responsables politiques, organiser rassemblements et manifestations. Cette mobilisation citoyenne provoquera à la longue les responsables à imaginer une autre politique plus fidèle à notre tradition d'asile.

Alors que la Préfecture fait la sourde oreille aux demandes de cartes de séjour, la solidarité populaire se construit.

 

Jean Miossec, secrétaire de Digemer miossec.jean@laposte.net

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