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Festival des 10 ans : retour en images sur la journée du vendredi 16 mars

Vendredi 16 mars 2018, Mediapart organisait au Centquatre, un grand colloque international, sur «Le droit de savoir». En partant de cette exigence démocratique fondamentale qui est au cœur du métier d’informer, nous nous sommes interrogés sur les nouvelles potentialités et les nouveaux obstacles qu’elle rencontre en nos temps inédits et incertains.
  1. L’enjeu de ce colloque international organisé vendredi 16 mars , sur le plateau du Centquatre-Paris, à l’occasion du dixième anniversaire de Mediapart, n’était pas seulement de réunir des personnalités venues spécialement de Londres, Boston, Le Caire, Rotterdam, Bogota ou Palerme. Il était à la fois de fond et de forme.

    Il visait d’abord à saisir les enjeux démocratiques qui se cristallisent autour des mises en doute de la vérité, des procédures d’enquête, de circulation des informations, de conservation des données, en aval d’une séquence historique marquée, depuis l’élection de Donald Trump, par les craintes que font peser les fake news et la post-truth sur nos fonctionnements et dysfonctionnements professionnels et politiques.

    Pour revoir le colloque en intégralité, c'est par ici.

  2. Vous étiez plus de 600 abonnés au Centquatre-Paris, ce vendredi 16 mars, pour assister au colloque, qui était également retransmis en direct sur Mediapart.

  3. Patrick Boucheron, titulaire de la chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècles) au Collège de France et dont la leçon inaugurale, intitulée « Ce que peut l’histoire », avait marqué les esprits, a ouvert la discussion en abordant la question de « la vérité, avant, après », pour reprendre le titre d’un de ses cours, donné l’an dernier.

    Comment définir, en histoire, une politique de la vérité qui consisterait moins à fouiller le passé qu’à ouvrir l’avenir ? Pourquoi avons-nous de « sérieuses raisons de douter de la force du vrai dans nos expériences et nos existences politiques » ? Et à partir du moment où l’indignation morale n’entame en rien la puissance d’un gouvernement « post-vérité », comment tenter l’archéologie du recours à la vérité dans l’exercice du pouvoir ?

  4. La première table ronde, consacrée aux défis du journalisme d’enquête à l’âge numérique, a réuni Hanneke Chin-A-Fo, journaliste néerlandaise travaillant à la NRC Handelsblad, membre de l’European Investigative Collaborations (EIC), réseau à l’origine des Football Leaks et de la publication des Malta Files ; Daphné Gastaldi, journaliste à We Report, un collectif de journalistes indépendants rendu célèbre notamment pour ses enquêtes sur la pédophilie au sein de l’Église catholique française, et Jesús Maraña, fondateur et directeur du site espagnol d’investigation InfoLibre. Elle était animée par Fabrice Arfi, responsable du pôle enquêtes à Mediapart.

  5. La deuxième intervention, intitulée « Digitalisation et démocratisation : qui est le gardien du savoir  ? », a été menée par l’historien du livre Robert Darnton, qui est aussi directeur de la bibliothèque universitaire de Harvard. À ce titre, il a été au premier rang des débats qui ont agité le monde de la recherche, de l’édition et des bibliothèques autour du projet Google Book Search de numérisation des livres contenus dans les bibliothèques de recherche. Il a aussi été l’un des pivots du « modèle Harvard » de libre accès des articles universitaires des enseignants.

  6. Le deuxième échange, consacré à l’information « en milieu hostile », réunissait une journaliste égyptienne, Lina Attalah, fondatrice et directrice du site Mada Masr, l’un des derniers médias indépendants dans un pays où l’approche de l’élection présidentielle entrave de plus en plus la liberté d’informer (Mediapart l’avait rencontrée et interviewée au moment des Rencontres d’Averroès) ; Iulia Berezovskaia, rédactrice en chef de Grani.ru, qui pourra évoquer la situation en Russie à deux jours de l'élection présidentielle dans ce pays ; Maria Elvira Bonilla, fondatrice du journal en ligne colombien las2orillas.co, lequel constitue également un espace de liberté inédit dans un pays en mutation politique, et Çağla Aykaç, sociologue qui travaille sur les mouvements sociaux en Turquie, en proie, comme nombre de ses collègues, au raidissement autoritaire du président Erdogan. Cette table ronde était modérée par Amélie Poinssot, journaliste au service international de Mediapart.

  7. La deuxième intervention était confiée à Eyal Weizman, fondateur de Forensic Architecture, un nom qui désigne à la fois une agence et une pratique théorique, et ne fait pas seulement appel à des architectes, mais aussi à des cinéastes, des ingénieurs du son, des graphistes et des chercheurs. Forensic Architecture cherche à constituer les paysages et les bâtiments en « capteurs » politiques, en « diagrammes des champs de force qui s’exercent autour de lui » et en « outils d’investigation » au service des droits humains, notamment en situation de guerre et de conflits.

    En observant les crimes d’État ou de certaines entreprises d’un point de vue citoyen, en mobilisant un savoir aussi bien topographique, balistique que sonore ou architectural, Forensic Architecture intervient autant pour cartographier des destructions d’habitations bédouines dans le désert du Negev, reconstituer une fusillade dans les territoires occupés, détailler une frappe de drone sur un bâtiment au Pakistan, reconstituer architecturalement un centre de détention secret en Syrie à partir des souvenirs de survivants, ou encore enquêter sur la violence environnementale et le changement climatique au Guatemala. L’activité de Forensic Architecture est donc emblématique de la manière dont la vérité, appuyée en particulier sur des outils numériques, peut devenir une arme au service des citoyens.

  8. La troisième table ronde, intitulée « Mensonge et vérité à l’ère numérique », accueillait notamment Katharine Viner, la rédactrice en chef du Guardian, dont le texte intitulé « How Technology disrupted the Truth » et la réflexion sur les « alternative facts » ont été des jalons dans la compréhension de la nouvelle ère informationnelle dans laquelle nous sommes entrés à l’heure du tournant numérique. Katharine Viner discutera avec Henri Verdier, directeur interministériel du numérique et du système d'information de l’État, et Edwy Plenel, président cofondateur de Mediapart, à l’heure où le gouvernement français prépare une loi censée permettre de lutter contre les fake news. C’est Jade Lindgaard, journaliste à Mediapart, qui les interrogera notamment sur la manière de décrire, nommer – parfois lutter contre – les vérités douteuses, voire les propagandes, venant des États, des algorithmes privés ou des réseaux sociaux. À quelles conditions est-il encore possible de faire le pari positif de la possibilité d'une démocratie approfondie par Internet, même si cette « démocratie internet », pour reprendre les termes du sociologue Dominique Cardon, est aujourd'hui mise en doute, voire en crise ?

  9. La dernière intervention, qui a servi de conclusion à cette journée de réflexion, s’intitulait « Pourquoi la vérité ? ». Elle était assurée par Roberto Scarpinato, magistrat antimafia, procureur général de Palerme, compagnon et héritier des juges Borsalino et Falcone assassinés par la mafia en 1992.

    Ce magistrat est notamment l’auteur d’un texte saisissant sur la peur, publié par Mediapart, et d’un livre, Le Retour du prince, qui s’ouvre sur une métaphore. Il rappelle que les oracles de la Grèce antique étaient souvent aveugles, à l’instar du plus connu d’entre eux, Tirésias. Cette cécité ne tenait pas du hasard, explique-t-il, car « pour accéder à l’essentiel, il est nécessaire de se rendre aveugle à l’inessentiel ».

  10. Au programme du lendemain, samedi 17 mars, une rencontre ininterrompue avec l’équipe de Mediapart, de nombreux débats, concomitants dans plusieurs lieux, des projections de documentaires, du théâtre et des lectures, des concerts, diverses expositions (dont l’une sur les dix années de Mediapart), un salon où nos nombreux partenaires tiendront des stands et animeront des discussions, une librairie et des signatures avec des auteurs, des jeux vidéo pas comme les autres et, pour finir, un grand bal populaire à partir de 19 h 30.

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