Syrie: pays où les journalistes disparaissent sans laisser de trace

 

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Monte la préoccupation en Syrie pour deux journalistes et un blogger portés disparus depuis plusieurs semaines. Il s'agit des reporters Lina Ibrahim et Wal Yousef Abaza et dublogger Hussein Ghrer. Le Comité pour la protection des Journalistes (CPJ), depuis son siège à New York, s'est dit très préoccupé pour leur état de santé et a demandé aux autorités syriennes de confirmer leur arrestation et de révéler où ils sont détenus et pour quelles raisons. Les autorités syriennes restent muettes. Lina Ibrahim, correspondante financière pour le quotidien Tishreen, est portée disparue depuis la fin du mois d'Octobre. Selon des sources locales elle a été kidnappé par des hommes cagoulés et armés dans le quartier Harasta, à la périphérie de Damas, alors qu'elle se rendait au siège de son journal. Le Centre Syrien pour les Médias et la Liberté d'Expression (SCM) a signalé également la disparition du journaliste freelance et activiste Wael Yousef Abaza, qui a été vu la dernière fois le 25 Octobre. Le blogger Hussein Ghrer, 30 ans et père de deux enfant, est porté disparu depuis le 24 Octobre. Dans son blog il avait dénoncé les dérives d'un pays « qui n'apprécie guère les mots mais qui jette en prison ceux qui les utilisent ». Le blog de Ghrer était devenu une source précieuse d'information concernant les arrestations de bloggers, netizens et autres activistes. Depuis le début des soulèvements, d'autres journalistes ont disparu. Le 4 Août dernier les forces de sécurité syriennes ont arrêté les journalistes freelance Omar al-Assad, Rudy Othman e Hanadi Zahlout, lors d'une manifestation à Damas. Leur position, avec celle d'Asim Hamsho, Shadi Abu Al-Fajr e Ghifara Saeed s'est aggravée le 3 Octobre dernier car un tribunal les accuse d'être membres d'une « Coordination des quartiers de Damas » qui serait, selon les accusations, financée par des responsables étrangers et par des organisations internationales des droits de l'homme. Amer Matar, correspondant pour le quotidien panarabe Al-Hayat, est porté disparu depuis le 4 Septembre dernier. Activiste et membre d'un groupe qui organise des marches pacifiques sur Facebook pur dénoncer les dérives du régime, Matar avait envoyé un dernier e-mail à son collègue Karim al-Afnan, journaliste exilé: « Je pourrais ne pas revenir des prières du vendredi ». Du blogger Manaf Al Zeitoun on a perdu toute trace depuis le 25 Mars. Difficile de savoir s'il est encore vivant car la torture est une pratique courante dans les prisons de Bashar al Assad. Il en a été témoin indirect le journaliste britannique Sean McAllister, qui effectuait un reportage sous couverture pour le compte de la chaîne britannique Channel 4 News. Arrêté dans un café de la capitale et conduit dans une prison, McAllister, isolé dans une pièce vide, a pu entendre les cris et les lamentations de prisonniers battus parfois à mort. Il a été relâché quelques jours après et a raconté son expérience au Telegraph. « Dans ma carrière j'ai tout vu – a-t-il dit – des morts, des hommes décapités. Mais les hurlements de douleur d'un homme battu sont quelque chose d'horrible ».   Selon RSF depuis le début des soulèvements 22 journalistes ont disparus sans laisser de trace. Et la liste pourrait dramatiquement s'allonger dans les jours à venir. 

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