Voile : Gérard de Nerval contre Zemmour, Praud, Rioufol, Théard, Onfray ...

Voici «Le masque et le voile» écrit par Gérard de Nerval suite à son voyage en Orient en 1843 cette «patrie primitive» selon Rimbaud. Ce texte de la littérature française peut se lire ici en réponse à l’obsession du voile que nous assènent depuis des semaines les Zemmour et Praud ou Rioufol ou Thréard ou encore Onfray et malheureusement de nombreux médias.

Voici «Le masque et le voile» écrit par Gérard de Nerval suite à son voyage en Orient en 1843 cette «patrie primitive» selon Rimbaud.
Ce texte de la littérature française peut se lire ici en réponse à l’obsession du voile que nous assènent depuis des semaines sur Cnews les Zemmour et Praud (le premier déjà condamné par la justice, le deuxième ose demander à une femme musulmane le pourquoi de son voile) ou un Rioufol qui n’est pas à une bêtise près et qui mène un combat idéologique virulent anti musulman, ou un Théard qui sur LCI dit qu’il «déteste le religion musulmane» bien qu’il ignore superbement l’islam, ou encore un Onfray qui n’est pas en reste sur cette question qui mobilise inlassablement et en continue malheureusement de nombreux médias. Parmi une multitude d’intervenants dans ce débat à la limite de l’hystérie, nombreux sont des névrosés haineux qui au lieu de se soigner préfèrent passer en boucle et en permanence à la télé. Beaucoup de ces personnes qui se qualifient de journalistes, d’éditorialistes, d’animateurs, d’idéologues ou de politiques, ...ect,  incitent consciemment ou inconsciemment aux fractures sociales créant un climat délétère anti musulman. Ce climat islamophobe pousse certains esprits faibles à déverser leur haine sur les réseaux sociaux ou même à passer aux actes racistes comme à Bayonne où un viel homme à tenté de brûler une mosquée et a tiré avec son arme à feu sur deux pratiquants ou comme à Sury le Comtal où une jeune femme voilée a reçu devant les yeux de ses enfants plusieurs coups de couteau d’un homme qu’on a dit alcoolisé. Espérons que les médias sauront tirer leçon de ces horribles évènements qui risquent de se multiplier et que la raison finira par triompher. C'est ce qu’a demandé avec des mots justes un chanteur populaire Michel Sardou qui s’est senti obligé d’intervenir dans cette espèce de catharsis qui suscite l’emballement des passions et des pulsons jusqu’au Sénat lors du débat sur l’interdiction des mères voilées d’accompagner les sorties scolaires. Ainsi ces dames gagneraient peut être à rester chez elles et s’il y a des élèves qui seront privés de sorties peut être qu’ils en profiteront pour travailler d’avantage en classe et vaincre l’échec scolaire malheureusement trop répandu dans les quartiers et cités. Chiche!

En attendant, lisons plutôt la sagesse d’un écrivain majeur né en 1808 la même année que l’Emir Abdelkader et qui avait marqué grandement son époque. 

Le masque et le voile 

(Gérard de NervalVoyage en Orient)

Le Caire est la ville du Levant où les femmes sont encore le plus hermétiquement voilées. A Constantinople, à Smyrne, une gaze blanche ou noire laisse quelquefois deviner les traits des belles musulmanes, et les édits les plus rigoureux parviennent rarement à leur faire épaissir ce frêle tissu. Ce sont des nonnes gracieuses et coquettes qui, se consacrant à un seul époux, ne sont pas fâchées toutefois de donner des regrets au monde. Mais l’Egypte, grave et pieuse, est toujours le pays des énigmes et des mystères ; la beauté s’y entoure, comme autrefois, de voiles et de bandelettes, et cette morne attitude décourage aisément l’Européen frivole. Il abandonne le Caire après huit jours, et se hâte d’aller vers les cataractes du Nil chercher d’autres déceptions que lui réserve la science, et dont il ne conviendra jamais.

La patience était la plus grande vertu des initiés antiques. Pourquoi passer si vite ? Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Sais. D’ailleurs, n’est-il pas encourageant de voir qu’en des pays où les femmes passent pour être prisonnières, les bazars, les rues et les jardins nous les présentent par milliers, marchant seules à l’aventure, ou deux ensembles, ou accompagnées d’un enfants ? Réellement les Européennes n’ont pas autant de liberté: les femmes de distinction sortent, il est vrai, juchées sur des ânes et dans une position inaccessible; mais, chez nous, les femmes ne sortent guère qu’en voiture. Reste le voile … qui, peut-être, n’établit pas une barrière aussi farouche que l’on croit.

Parmi les riches costumes arabes et turcs que la réforme épargne, l’habit mystérieux des femmes donne à la foule qui remplit les rues un aspect joyeux d’un bal masqué ; la teinte des dominos varie seulement du bleu au noir. Les grandes dames voilent leur taille sous le habbarah de taffetas léger, tandis que les femmes du peuple se drapent gracieusement d’une simple tunique bleue de laine ou de coton (khamiss), comme des statues antiques. L’imagination trouve son compte à cet incognito des visages féminins, qui de bagues talismaniques et de bracelets d’argent, quelquefois des bras de marbre pale s’échappant tout entiers de leurs larges manches relevées au-dessus de l’épaule, des pieds nus chargés d’anneaux  que la babouche abandonne à chaque pas, et dont les chevilles résonnent d’un but argentin, voilà ce qu’il est permis d’admirer, de deviner, de surprendre, sans que la foule s’en inquiète ou que la femme elle-même semble le remarquer. Parfois les plis flottant du voile quadrillé de blanc et de bleu qui couvre la tête et les épaules se dérangent un peu, et l’éclaircie qui se manifeste entre ce vêtement et le masque allongé qu’on appelle borghot laisse voir une tempe gracieuse où des cheveux brins se tortillent en boucles serrées, comme dans les bustes de Cléopâtre, une oreille petite et ferme secouant sur le col de la joue des grappes de sequins d’or ou quelque plaque ouvragée de turquoises et de filigranes d’argent. Alors on sent le besoin d’interroger les yeux de l’Egyptienne voilée, et c’est là le plus dangereux. Le masque est composé d’une pièce de crin noir étroite et longue qui descend de la tête aux pieds, et qui est percée de deux trous comme la cagoule d’un pénitent; quelques annelets brillants  sont enfilés dans l’intervalle qui joint le front à la barbe du masque, et c’est derrière ce rempart que des yeux ardents vous attendent, armés de toutes les séductions qu’ils peuvent emprunter à l’art. Le sourcil, l’orbite de l’œil, la paupière même, en dedans des cils, sont avivés par la teinture, et il est impossible de mieux faire valoir le peu de sa personne qu’une femme a le droit de faire voir ici.

Je n’avais pas compris tout d’abord ce qu’a d’attrayant ce mystère dont s’enveloppe la plus intéressante moitié du peuple d’Orient; mais quelques jours ont suffi pour m’apprendre qu’une femme qui se sent remarquée trouve généralement le moyen de se laisser voir, si elle est belle. Celles qui ne le sont pas savent mieux maintenir leurs voiles, et l’on ne peut leur en vouloir. C’est bien là le pays des rêves et de l’illusion ! La laideur est cachée comme un crime, et l’on peut toujours entrevoir quelque chose de ce qui est forme, grâce, jeunesse et beauté.

RAPPEL : Il y a deux ans les mêmes débats enflammés sur Cnews : Affaire Mennel : Ivan Rioufol à l'origine d'un énorme clash sur CNews - Puremedias

https://www.ozap.com/actu/affaire-mennel-ivan-rioufol-a-l-origine-d-un-enorme-clash-sur-cnews/550149

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