Albert Darnal, Sec Gal de l'UTG 2004 - 2012, et de 2014 à mars 2017 nous rappelle :

"Depuis 50 ans, l’U.T.G a joué un rôle majeur pour la transformation sociale et l’évolution statutaire de notre pays. Elle a toujours été à l’avant-garde des luttes pour l’émancipation de notre peuple et est devenu un des principaux obstacles à la main mise de l’état colonialiste français sur notre pays. Je tenterai de vous l’expliquer à travers ce qui suit"

Albert Darnal à la "Maison du Peuple". Avenue de la digue Ronjon à Cayenne. Albert Darnal à la "Maison du Peuple". Avenue de la digue Ronjon à Cayenne.

Le mouvement social commencé le 16 mars 2017 a donné un espoir immense à notre peuple. La manifestation du 28 mars 2017 restera à jamais gravée dans nos mémoires et toutes celles qui ont suivi. Nous sommes à un moment charnière. Il nous faut par conséquent tout faire pour préserver l’unité que nous avons difficilement réussi à construire et que beaucoup chercheront à détruire.

Pourquoi cherche-t-on à dénigrer l’Union des Travailleurs Guyanais et ses dirigeants ?

1°) La Place de l’Union des travailleurs Guyanais et le rôle joué dans les luttes sociales en Guyane.
Je remonterai un peu avant la création de l’Union des Travailleurs Guyanais en 1967 pour que les enfants de notre pays puissent comprendre le rôle majeur joué par cette organisation dans son histoire et la lutte de notre peuple. Ayant été un témoin privilégié de cette histoire depuis 1973, je crois être bien placé pour en parler.

Les militants de l’U.T.G. disent souvent qu’elle est le dernier rempart de notre pays contre l’exploitation et le pillage. J’espère que mes explications vous permettront de comprendre pourquoi. Il y a quelques semaines, lors d’une formation de dirigeants, j’expliquais que trop souvent dans l’histoire des luttes de notre pays les élus politiques nous ont trahis.

En 1957, les idées autonomistes commencent à faire leur chemin dans la population.

En 1958, le Comité de Défense Républicaine de la Guyane qui est un rassemblement de quatre partis politiques (Parti Socialiste Guyanais, SFIO, des membres du Réveil Progressiste Guyanais, Union et Rénovation Guyanaise) proposent le premier projet de changement du statut de la Guyane. Ils seront rejoints par l’Union Républicaine de la Guyane. Ces partis font un constat d’échec de la départementalisation mais ne s’accorde pas sur le statut à adopter.

Le référendum pour le maintien de la Guyane dans la France dans le cadre de l’article 73 (déjà) est à l’ordre du jour. CATAYEE et le PSG font campagne pour le NON considérant que le 73 n’apporte aucune garantie pour l’obtention d’un statut spécial. Il affirmera sa position en faveur du NON le 10 et 13 septembre 1958. Le 14, MALRAUX arrive en Guyane pour le convaincre du contraire. La répression coloniale s’abat sur les partisans du NON. Plusieurs militants sont arrêtés.

Le Comité éclate, les divergences sont trop importantes. Les retournements sont de rigueur, notamment de la part de Justin CATAYEE. Finalement, il y aura 65% de votant au référendum du 28 septembre 1958, dont 95% de OUI.
En 1959, la position autonomiste est clairement affichée par un nouveau parti. Il s’agit de l’Union du Peuple Guyanais (UPG) dont Hugues SIRDER, Serge PATIENT, Georges CHAUMET et Fabien ROUBEAU sont les principaux animateurs. Il publie le journal Conscience Guyanaise et prône une autonomie accrue dans le cadre institutionnel français. Il dénonce au même titre que Marius MIRON, le colonialisme. Au milieu de l’année 1959, un rapprochement s’opère entre des éléments de l’UD-CGT et de l’UPG.

L’UD-CGT participera, les 26 et 27 septembre 1959, à une réunion intitulée « Congrès des Guyanais » organisé par l’UPG à Matoury.
En 1960, le statut spécial revient sur le devant de la scène. L’UD-CGT fait partie du comité créé à l’occasion. Il subira le même sort que celui de 1958 à cause des mêmes tiraillements internes.
En réponse, le gouvernement colonialiste français, dont le premier ministre est Michel DEBRE, prend l’ordonnance scélérate du 15 octobre 1960 qui permet la mutation d’office des fonctionnaires de l’état susceptible de troubler l’ordre public dans les dits « Départements d’Outre-Mer ».

En 1962, avec la venue de la légion étrangère, une vague de contestation s’élève et débouche sur la création du Front Démocratique Guyanais. Une manifestation organisée le 14 juin 1962 est sauvagement réprimée. De nombreux blessés et arrestations sont à déplorer.
Il y a une véritable bipolarisation de l’action politique qui se divise en deux camps, les départementalistes et les autonomistes.

Alliant l’action revendicative à la prise de conscience politique, l’UD-CGT se transforme pour porter des revendications spécifiquement guyanaises. C’est ainsi que sous l’impulsion de son Secrétaire Général, Turenne RADAMONTHE, l’UD-CGT décide de se séparer de la CGT de France et prendre son indépendance.
Une première motion est adoptée lors du 23ème Congrès à Iracoubo les 9, 10 et 11 septembre 1962 au sujet de la séparation des syndicats CGT de la Guyane avec la CGT de France.
Le 24ème Congrès à Saint-Laurent-du-Maroni, en septembre 1965, confirmera les décisions déjà appliquées (même si certains écrits affirment le contraire). L’UD-CGT devient l’Union des Travailleurs Guyanais. Ce Congrès jettera les bases qui conduiront à l’avènement du premier Congrès fondateur de l’Union des Travailleurs Guyanais à Sinnamary en septembre 1967. Le drapeau jaune et vert avec une étoile rouge en son centre en deviendra l’emblème.
Le 5 août 1970, l’UTG appelle à une grève générale et à un rassemblement de la gauche qui se révèle un échec à cause des tergiversations des politiques.

L’UTG prendra alors une part active à tout ce qui concerne de près ou de loin la Guyane et son avenir. Elle soutient la Convention du Morne Rouge qui se déroule en Martinique du 16 au 18 août 1971 et réclame l’autonomie des dernières colonies françaises.
Le 2ème Congrès de l’UTG se déroulera du 5 au 8 septembre 1971 à la maison des jeunes de Saint-Laurent du Maroni. Le débat porte essentiellement sur la domination coloniale et une question fondamentale est posée dans le rapport d’orientation : le syndicalisme guyanais peut-il et doit-il être apolitique ?

Le 5 novembre 1971, l’UTG lance une grève illimitée dans le secteur du bâtiment et travaux publics pour le SMIC à quatre francs. Les élus trahissent l’UTG et la répression coloniale s’abat. Dans la nuit du 19 novembre 1971, cinq militants syndicalistes dont le Secrétaire Général seront arrêtés. Le 29 novembre 1971, après avoir obtenu satisfaction, les travailleurs du BTP reprennent le travail.
Il faut noter que cette même année 1971, l’Union des Etudiants Guyanais qui est alors une section de l’UTG, prend position pour l’Indépendance Nationale de la Guyane lors de son 6ème Congrès à Paris.

C’est lors du 3ème Congrès à Sinnamary que l’UTG prendra position pour l’Indépendance Nationale de la Guyane. Le journal Le Monde dans son numéro du 14 septembre 1973, page 12, relatant la décision du Congrès s’en fera l’écho et rapportera « l’Union des Travailleurs Guyanais, consciente du rôle qu’elle joue dans la vie publique, conscient de sa puissante organisation, consciente que ses racines s’enfoncent profondément dans la masse laborieuse de notre pays, doit toujours s’efforcer de toujours être à la tête des mouvements revendicatifs, doit s’efforcer de toujours être à la pointe du combat anticapitaliste et anticolonialiste en Guyane ».
L’année 1974 sera marquée par la constitution d’un Front de Lutte contre la vie chère qui regroupe des organisations politiques et l’UTG. C’est aussi l’année du passage du Ministre des colonies en Guyane, Olivier STIRN, les 11, 12 et 13 septembre 1974 qui sera marqué par une vague de manifestations anticolonialistes et revendicatives. La répression est la seule réponse du pouvoir coloniale qui aura pour conséquence une journée de grève générale le 13 septembre 1974.

Le 10 octobre 1974 voit la création du Mouvement Guyanais de Décolonisation (MO.GUY.DE.) à Cayenne.

Le 11 novembre 1974, trois jeunes militants du MOGUYDE sont arrêtés pour bombage sur le monument au mort de la place du coq : « Hier mourir pour la France, aujourd’hui et demain mourir pour la Guyane ».
Le 9 décembre 1974, 13 militants, dont un dirigeant de l’UTG sont arrêtés et déportés à la prison de la Santé à Paris. C’est le complot de Noël. Ces arrestations entraineront de très fortes mobilisations. L’UTG déclenche une grève générale. Le soutien international prend une grande ampleur à l’instigation de l’Union des Etudiants Guyanais à Paris. Un non-lieu est finalement prononcé par la cour de sureté de l’état, le 20 janvier 1975, le dossier étant vide.
Le 23 octobre 1975 est créé le Mayouri contre l’invasion auquel l’UTG adhère pleinement.

Le début de l’année 1986 est marqué par l’affaire de la SHRIMP BOAT MANAGEMENT. Sept camarades de cette entreprise sont arrêtés et mis au secret à la gendarmerie. Le combat durera deux ans au bout duquel l’UTG obtiendra gain cause et fera condamner le Ministre de l’Intérieur de la France de l’époque.

La situation économique et sociale se dégrade. Les conflits sociaux se multiplient. Pour l’année 1989 seulement, il faut compter 55 grèves. C’est le premier rouge social pour Ariane suite à la grève de THOMSON-CSF mais aussi les premières grèves sur les grands chantiers de l’état (ELA3, BPS, ARISPACE, …).

L’année 1992 est marquée par la grève générale du MSU (Mouvement Syndical Unitaire) dont l’UTG a été à l’initiative et a occupé une place prépondérante. Elle est marquée pour la première fois par notre revendication pour le développement des secteurs productifs.

Novembre1996 est marquée par la lutte des lycéens pour la création du Rectorat en Guyane. L’UTG joue un rôle prépondérant et est le seul syndicat à appeler à la grève générale. Tous les élus à l’époque pensent que ce n’est pas possible d’avoir un rectorat.
L’année 1997 est marquée par « Les états généraux du développement réel et durable » et la lutte pour la libération des militants syndicalistes arrêtés et déportés à Ducos en Guadeloupe.

Les états généraux étaient une proposition du gouvernement français de l’époque. L’UTG y prendra une part active pour montrer sa volonté constructive. Ils déboucheront, après un an de travaux de l’ensemble de la société civile, des peuples autochtones, des partis politiques, des élus et de l’état, sur le Document d’Orientation d’un Pacte de Développement pour la Guyane.
Ce document sera présenté par une délégation guyanaise représentant l’ensemble du corps social au gouvernement à Paris qui ne respectera pas ses engagements. 

Le 27 février 1999, le Pacte de Développement est voté par le Congrès des élus. Le KPNDL (Komité pou nou démaré Lagwiyane) est constitué. Des négociations commencent avec l’état marqué par de nombreux mouvements sociaux en particulier en 2000 et 2001. Plusieurs élus abandonneront le KPNDL au milieu des luttes.

« Le Document d’Orientation d’un Pacte de Développement pour la Guyane » ayant subi de nombreuses modifications suite aux négociations avec l’état devient « le Projet d’Accord Relatif à l’Avenir de la Guyane ». Il est voté le 29 juin 2001 par le Congrès des élus.
Suite aux élections présidentielles de 2002, Jacques CHIRAC modifiera la constitution française en 2003. Il y sera précisé la possibilité pour les régions dites d’outre-mer d’être placé dans le cadre de l’article 73 ou 74 de la constitution française. C’est ainsi que l’ensemble des élus et partis politiques guyanais oublieront « le Projet d’Accord Relatif à l’Avenir de la Guyane » et porteront le débat autour des articles 73 et 74.

Les élections régionales de 2004 marquent l’abandon définitif par les élus du « Projet d’Accord Relatif à l’Avenir de la Guyane ». Ils réclameront alors une consultation populaire autour des article 73 et 74 de la constitution française.
2006, l’état colonialiste français tente de démanteler l’UTG qui subira de nombreuses attaques. Des militants de l’UTG en particulier du syndicat de l’énergie sont victimes de la répression coloniale. Plusieurs seront licenciés dont Jean-Victor CASTOR dirigeant de la Centrale.
Décembre 2008 sera marquée par la mobilisation populaire pour la baisse du prix des carburants de 50 cts. L’UTG participera tant bien que mal à la direction du mouvement mais sera écartée des négociations pour des raisons que l’on imagine. L’accord ne sera pas respecté.

En 2009, le LKP en Guadeloupe marque le début de mouvements populaires qui s’étendront à la Guyane et la Martinique. Du fait des divisions en GUYANE, malgré le nombre d’organisation composant le MKL (Mayouri Kont Lèkspwatasyon), le mouvement n’aura pas le succès escompté.

En octobre 2009, Nicolas SARKOZY annonce l’organisation d’un référendum sur le 73 et 74, en janvier 2010. A peine 3 mois pour informer notre peuple. Le résultat est à l’auteur, seulement 22% de votant.

Ces quelques éléments de l’histoire des luttes sociales en Guyane devaient permettre aux lecteurs de comprendre, un peu mieux, la place occupée par l’Union des Travailleurs Guyanais et le rôle majeur qu’elle a joué.

2°) Le collectif « Pou Lagwyan Dékolé »

Le collectif « Pou Lagwyan Dékolé » est un mouvement hétérogène qui s’est constitué au cours du développement du mouvement.
Il est composé d’organisations citoyennes créées pour lutter contre l’insécurité et pour la santé, de sociaux professionnels et de syndicats de salariés ayant des revendications spécifiques et la Centrale U.T.G. portant des revendications générales.

Au cours de l’évolution du mouvement, des collectifs se sont créés un peu partout. Avec des organisations et associations existantes un peu partout sur le territoire, elles ont voulu intégrer le collectif. Leurs revendications ont été prises en compte dans la plate-forme revendicative.
L’UTG est représentée par plusieurs militants dont moi.

Dès, la première réunion, certaines choses ont paru évidentes. Notamment qu’il nous fallait trouver une organisation efficace. Ainsi, il a été mis en place un Comité stratégique dont je fais partie.
Il a été aussi évident dès le début qu’il y avait des intérêts divergents et que ma présence gênait certaine personne.
Peu importe, je n’ai pas souhaité être là pour me montrer car je ne pense ne plus rien avoir à démontrer quand il s’agit de me mettre au service de mon peuple et mon pays.
Je m’y suis mis un peu comme un grand frère aux côtés de ces nombreux jeunes admirables près à prendre leur responsabilité, considérant que mon expérience pouvait être utile.

J’ai mis mon égo de côté afin de préserver l’unité du collectif car l’espoir suscité par ce mouvement est immense et nous n’avons pas le droit de le décevoir. Parfois, je me suis tu dans des moments difficiles pour ne pas rendre les choses plus compliqués.
Que je sois attaqué n’est pas grave, mais que l’UTG le soit ne pourra être tolérable. Il ne faut pas vous laisser par les êtres malfaisants et autres suppôts de l’état qui ne cherchent qu’à jeter le discrédit pour affaiblir le mouvement. 

Aujourd’hui, le MEDEF quitte le collectif ce qui n’est pas pour nous surprendre. Cela était prévisible pour plusieurs raisons que nous expliquerons ultérieurement mais surtout parce que ce n’est pas une organisation guyanaise dont la plupart des membres n’ont pas leurs intérêts principaux en Guyane.

Toute la population unie dans cette lutte souffre pas plus les entreprises du MEDEF que les TPE (Très Petites Entreprises), les PME (Petites et Moyennes Entreprises), les salariés du privé et de la fonction publique, les élèves, les collégiens, les lycéens, les étudiants, les familles, les sportifs … mais chacun fait l’effort, le sacrifice d’une partie de sa vie pour l’intérêt général.
A tout moment, notre positionnement doit être guidé par l’intérêt principal de notre peuple. Quel est-il ?

La situation sanitaire de notre pays est catastrophique. L’éducation de nos enfants par l’école est inappropriée. La production énergétique est insuffisante et ne correspond pas à nos besoins. Le non-développement économique est décidé et organisé par l’état français et conduit à une situation sociale des plus graves. La misère s’installe, la délinquance et autres fléaux sociaux déciment notre jeunesse. L’assistanat est la seule solution offerte à notre peuple alors que notre pays regorge de richesses naturelles : or, pétrole, diamant, bauxite, forêt à la biodiversité extraordinaire, mer poissonneuse, etc.

Qui est le principal responsable de cette situation d’assistanat sinon l’état français.
Le fait que l’état français laisse l’insécurité se développé dans notre pays n’est qu’un moyen machiavélique de détourner l’attention de notre peuple des véritables problèmes et de le priver d’avenir en jetant sa jeunesse à la rue.

Ainsi, le principal obstacle au développement de notre pays et au bien être de notre peuple est aujourd’hui l’état français.
Par conséquent, nous devons faire l’unité pour obtenir l’évolution statutaire sur la base du projet guyanais seul moyen de garantir un avenir meilleur à notre peuple.

Nous devons donc tous faire les efforts qu’il convient pour préserver l’unité du collectif "Pou Lagwyan dékolé".

Albert DARNAL (Secrétaire Général de l'Union des Travailleurs Guyanais UTG  2013-2017)

PS :

CAYENNE À 18H20 heure locale (22H20 en France) ce soir 7 avril, malgré la lettre du "Kolèktif Pou Laguiyàn Dékolé" expédiée à son attention la veille et les appels téléphoniques répétés, le préfet de la Guyane a refusé de recevoir sa délégation.

Le Président du Centre National d'Études Spatiales (CNES) Jean-Yves Le Gall, qui devait aussi rencontrer les Guyanais s'étant pour sa part évaporé...

Suite aux tirs militaires de gaz lacrymogènes ont suivis des échauffourées entre les 500 frères et la soldatesque ; un bléssé (commisssaire de police) évacué. Hélicoptères et camions de troupes partout + SAMU.

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