Rencontre-débat autour de l'ouvrage "Sur les pas de Camus et de ses amis"

A l’heure où le peuple algérien a déclenché depuis le vendredi 22 février 2019 une nouvelle révolution le « hirak » en vue de mettre fin au système mis en place en 1962 par un clan du FLN qui l’a privé de liberté, il importe de revisiter les écrits de Camus. Il apparaîtra ainsi à tout un chacun que l’’écrivain prix Nobel de littérature était un visionnaire en avance sur son temps ...

A l’heure où le peuple algérien a déclenché depuis le vendredi 22 février 2019 une nouvelle révolution en vue de mettre fin au système mis en place en 1962 par un clan du FLN qui l’a privé de liberté, il importe de revisiter les écrits de Camus. Il apparaîtra ainsi à tout un chacun que l’’écrivain prix Nobel de littérature était un visionnaire en avance sur son temps et dont les positions furent rejetées par les extrêmes des deux côtés : celui des colons et celui du FLN. 

Tout d’abord Camus « ne pouvait pas cautionner ceux qui tuaient sans distinction des civils arabes et français, femmes et enfants, au nom d’une telle cause.*». Voici ce qu’il écrivait : « Ce terrorisme est un crime, qu’on ne peut ni excuser ni laisser se développer. Sous la forme où il est pratiqué, aucun mouvement révolutionnaire ne l’a jamais admis ... Quelle que soit la cause que l’on défend, elle sera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente ou le tueur sait d’avance qu’il atteindra la femme et l’enfant.*». (A.C dans « Avant Propos », O.C. IV, p.300).

Ensuite, pour Albert Camus, qui dès les années trente dénoncera la misère en Algérie en particulier en Kabylie, « L’erreur du gouvernement français depuis le début des évènements a été de ne jamais rien distinguer, et par conséquent de ne jamais parler nettement, ce qui autorisait tous les les scepticismes et toutes les surenchères dans les masses arabes. Le résultat a été de renforcer de part et d’autre les factions extrémistes et nationalistes.*». (A.C : « Algérie 1958 », in O.C.IV, p.390).

Enfin, rappelons sa proposition d’une Fédération plaidée en vain même si au départ son idée avait été partagée par aussi bien Farhat Abbas que Messali Hadj où que le cheikh El Okbi à la tête de l’association des Oulémas qu’Albert Camus aimait fréquenter. Voici sa position : « Le seul régime qui, dans l’état actuel des choses, rendrait justice à toutes les parties de la population m’a longtemps paru celui de de la fédération articulée sur des institutions analogues à celles qui font vivre en paix, dans la confédération helvétique, des nationalités différentes. Mais je crois qu’il faut imaginer un système encore plus original.*». (A.C, « Algérie nouvelle », in O.C. IV, p.391-392). Pour Albert Camus « ce projet fédéral ne prévoyait ni plus ni moins sur la naissance d’un Commonwealth français ancré dans une perspective euro-méditerranéenne, sans «obéir à la violence»*»: «L’Algérie verrait ainsi consacrer sa différence, en même temps que sa parenté, à l’intérieur d’une communauté en mouvement dont la destinée est de s’accorder un jour avec une Europe enfin unie. Ce jour-là, l’Algérie aurait conquis la dignité entière de la personne, qui s’est toujours définie par l’équilibre D’une autonomie et du libre-service à une collectivité.*». (A.C, «L'avenir algérien -Alger capitale fédérale », 25 juillet 1955, in O.C. III, p. 1031-1032).

C’est cette « dignité entière de la personne » que recherchent les millions de manifestants algériens qui défilent depuis 10 mois dans les rues d’Algérie. 

* Alessandro Bresolin, livre : « Albert Camus : l’union des différences », préface d’Agnès Spiquel, Presse Fédéraliste, septembre 2017.

Le Forum France-Algérie
vous convie à une rencontre-débat

logo Agenda Forum France AlgérieLe mercredi 11 décembre 2019 à 19h 

Rencontre-débat autour de l'ouvrage "Sur les pas de Camus et de ses amis"

A l’Atelier

110, bd de Sébastopol - 75003 PARIS  M° Strasbourg St Denis

  • Introduction et modération : Farid Yaker, président du Forum France-Algérie 
  • Interventions des auteurs : Agnès Spiquel et Christian Phéline
  • Débat avec le public

Entrée libre - inscription obligatoire ici

Possibilité de diner sur place 
Entrée - Couscous- Boisson et thé à 23 €

LE LIVRE

Ce petit vade-mecum propose une exploration d'Alger qui prend pour guide Albert Camus, sa vie, ses écrits, ses amis, tant algériens qu'européens. Il est né de la conviction qu'on ne connaît bien une ville qu'en la parcourant de part en part, qu'on la comprend mieux en le faisant un livre à la main, et que celui-ci gagne aussi à être lu devant les paysages qui l'ont inspiré
Au total, cinq longues balades à faire pour l'essentiel à pied feront découvrir quelque cent quarante endroits où une activité multiforme autant que le simple bonheur d'être ensemble purent réunir l'écrivain et ses proches. Le tiers au moins témoigne de l'intense vitalité populaire des faubourgs et de l'essor que connurent alors les hauteurs de la ville.
Devant l'intelligence radieuse avec laquelle la jeunesse de ce pays redonne aujourd'hui vie aux promesses de l'Histoire, faisons le vœu qu'elle retrouve ici les traces d'une génération plus lointaine qui, déjà, voulut croire en l'égalité des droits, au respect fraternel des différences et aux pouvoirs vitaux de la démocratie et de la création.

Le Forum France-Algérie est un espace de réflexion et de dialogue dont l’un des objectifs est de promouvoir l'amitié entre les peuples français et algérien.

www.forumfrancealgerie.org

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Agnès Spiquel, présidente de la Société des Études camusiennes et professeur de littérature française, longtemps membre de l'École doctorale algéro-française, a contribué à l'édition des Œuvres complètes d'Albert Camus dans la Pléiade, notamment pour Le Premier Homme, et publié récemment les textes de débat Alger 1967, Camus un si proche étranger (El Kalima, 2018)

Christian Phéline se consacre à des études de micro-histoire de
l'Algérie coloniale, après avoir été coopérant peu après l'indépendance puis exercé des responsabilité dans l'administration française de la culture et des médias. Il a publié dernièrement Les avocats d'origine musulmane dans l'Alger coloniale (Casbah, 2017), Aurès 1935.
Photographies de Thérèse Rivière et Germaine Tillion (Hazan, 2018) et Lettres de prison de révoltés de Margueritte (1901) (El Kalima, 2019).

Tous deux ont déjà participé ensemble à la co-direction de l'ouvrage collectif Défis démocratiques et affirmation nationale. Algérie 1900-1962 (Chihab, 2016) ou à l'édition du récit de Charles Poncet Camus et l'impossible trêve civile (Gallimard, 2015) et co-écrit Camus militant communiste. Alger 1935-1937 (Gallimard, 2017 ; Hibr, 2018)
– études qui, déjà s'inscrivaient tout entières dans la géographie de cette ville et de ses environs.

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