Billet de blog 13 mars 2019

« Colonialité du pouvoir » en circulation/en exercice dans les espaces francophones.

Appel à contribution de la RED (Réseau/Revue d’Études Décoloniales) : Compte tenu des contextes politiques et sociaux nationaux et internationaux, la RED a choisi de s’adresser pour ce numéro aux militants comme aux universitaires, au citoyen engagé ponctuellement dans une lutte comme au « professionnel » du combat.

Pierre Carpentier
MÉMOIRES DE L'EAU. "Les songes de nos vivants prennent à l'eau, la source et le sel ! À la terre, le sang et la force ! Au vent, nos sacrifices livrés en confiance. Assez de ces supplices ! Les poèmes ne sont pas fait pour les chiens ! Ils portent nos libertés souveraines ! lls sont le parfum de nos royaumes ! Sois vaillant à la tâche attaquante que nous te confions ! Les dominations nous mitraillent encore mais tu répondras à ce juste tourment du devoir ou détourne toi à jamais de notre appel ! En toutes directions que tu choisisses tu nous reviendras et nos comptes te seront remis ! Pour notre générosité, tiens en partage le calme des eaux !". (Extrait "d'IRACOUBO. L'Épicentre des Eaux", 2014). " MAIS ALORS, LA GUYANE ? Une infinité que nous imaginons gorgée d'eaux et de bois. Les Guyanais demandent que les Martiniquais et les Guadeloupéens les laissent en paix. Nous avons pas mal colonisé de ce côté. C'est pourtant comme une attache secrète que nous avons avec le Continent. Une attache poétique, d'autant plus chère que nous y renonçons. D'autant plus forte que fort sera le poids des Guyanais dans leur pays. Des chants comme des rapides à remonter, des poèmes comme autant de bois sans fond." ÉDOUARD GLISSANT in LE DISCOURS ANTILLAIS (P 775).
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Capture d’ėcran du site de la Revue d’Études Décoloniales (RED)

Nous voulons montrer comment circule la « colonialité du pouvoir » entre la France et les anciennes colonies, entre la France et l’Outre-mer, mais aussi à l’intérieur même de l’Hexagone.

Pour cela, nous partons des idées suivantes :

50 ans après la décolonisation, la « colonialité du pouvoir » — autrement dit, ce système de hiérarchisation de la société qui a pour pivot la « race »- continue de structurer les pratiques étatiques et les imaginaires des anciennes métropoles, qu’il s’agisse de leur façon d’administrer leurs populations ou du rapport qu’elles entretiennent avec leurs anciennes colonies.

- Dans l’Hexagone, les populations d’origine coloniale, les enfants de l’immigration, souffrent de traitements discriminatoires, pour ce qui est de leur accès à l’emploi ou du plein exercice de leurs droits ; la répression frappant toujours plus et plus durement Noirs et Arabes.

La gestion française des conflits sociaux fait apparaître des méthodes testées pendant la période coloniale, comme l’ont récemment démontré les pratiques de la police française (lors de Nuit debout, pendant le mouvement des Gilets Jaunes, avec les jeunes de Mantes la Jolie, etc.) La particularité étant l’extension de ces méthodes à toute la population et plus seulement les groupes racisés.

Quant à ceux qui dénoncent cet état de fait, ils sont assimilés à des individus dangereux pour la nation par les forces réactionnaires traditionnelles, mais aussi par tout un éventail de politiques intellectuels et personnalités médiatiques qui vont jusqu’à leur reprocher, comme en témoigne récemment « l’appel des 80 intellectuels », de mettre en danger les fondements mêmes de la république.

Pointer le néocolonialisme de la politique française en Afrique relève de l’évidence. Or, s’il est difficile de nier la continuité coloniale des interventions militaires et économiques de la France en Afrique, certainesinstitutions, comme la Francophonie ou les agences françaises de développement, sont rarement questionnées. Cette coopération internationale, qui rassemble une aire culturelle francophone, n’est pourtant pas si neutre. En fait, pour l’ancienne puissance colonisatrice, elle est aussi le moyen géopolitique et stratégique de maintenir une influence et une présence dans de nombreux pays sous couvert d’aide à la recherche scientifique.

En Afrique, nous pouvons mentionner son emprise sur les recherches scientifiques à mener (au travers le financement de certaines études orientées sur des thèmes particuliers), sur les rapports au culturel (francocentrisme), sur les démocratisations, sur les chemins du développement (voir le rôle du  franc CFA). Par ailleurs, la constitution, valorisation et instrumentalisation d’une élite africaine francophile relèvent d’une inspiration coloniale. En effet, la fabrication de cette « élite » a été encouragée par des stratégies coloniales d’éducation et de domestication, des différenciations et hiérarchisations qui ont abouti à des catégories telles que celles des « évolués ». Ce terme est d’ailleurs encore employé dans certaines sociétés africaines pour désigner des anciennes/nouvelles générations d’intellectuels africains ayant eu l’expérience de formation occidentale et au même temps par certains intellectuels africains ayant vécu l’expérience coloniale pour se différencier des Autres. Or, comme on peut le percevoir, ce terme concentre des aspects contemporains de « la colonialité du pouvoir ».

Concernant les territoires d’outre-mer, les exemples ne manquent pas, depuis des décennies, de traitement discriminatoires, d’abandon, dont sont victimes les populations locales, qui ne jouissent pas des mêmes droits ni du même niveau de vie que les autres citoyens français.

Sans compter la violence d’une « colonialité à la française » qui s’exerce dans les POM et les DOM-ROM. Ainsi, pour ne citer qu’eux, l’épisode sanglant qui a endeuillé la Nouvelle-Calédonie à la fin du 20e siècle ; les événements de Guadeloupe il y a 10 ans ; de Mayotte l’an dernier ou, récemment, en Guyane.

Ce numéro 4 se veut une contribution à la lutte actuelle des antiracistes de tous ces pays et à la compréhension du rôle essentiel de la « colonialité du pouvoir » dans les pratiques des gouvernements modernes.  

Nous appelons à produire des contributions portant notamment sur :

- La Francophonie, instrument au service du contrôle français.

- La gestion des populations françaises sur le modèle colonial (armes, méthodes, modèles de la police, formes de répression, restriction des libertés).

- L’apparition d’une nouvelle ligne abyssale sur le territoire français, visible par exemple dans l’extension du terme « radicalisation », lui-même ancré dans une épistémè raciste.

- La politique migratoire française.

 - Le référendum calédonien et l’invisibilisation des résistances en Nouvelle Calédonie et dans les autres POM et DOM-ROM.

- La « colonialité du pouvoir » dans les sciences sociales africaines.

- La gestion des populations africaines en Afrique sur le modèle colonial français (violence, répression, châtiment, manipulations).

- Les pratiques scolaires discriminantes dans l’éducation nationale à Mayotte.

- La dimension « décoloniale » du mouvement des gilets jaunes à la Réunion ou ailleurs.

- Le rapport entre l’État français et les autochtones pour ce qui est de la question extractiviste en Guyane.

A noter que nous ne publions pas seulement des articles de type universitaire, mais également des dossiers, des lettres, interviews, débats, vidéos, audios, etc.

Dans le cadre de la pluralité des langues auquel nous aspirons, militant pour une traduction interculturelle et contre l’épistémicide ambiant, les contributions bilingues (français-créole, français-wolof, français-kanak, etc.) sont particulièrement bienvenues.

Calendrier

Les propositions d’articles ( un résumé de 20 lignes) doivent être envoyées à admin@reseaudecolonial.org avant le 30 avril  2019.

Comité organisateur:

Claude Bourguignon Rougier

Sebastien Lefèvre

Paul Mvengou Cruz Merino

Laura Nguyen

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Aurélien Rousseau, l’autre caution de gauche de Matignon
Le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été directement choisi par Emmanuel Macron. Sa réputation d’homme de dialogue, attentif aux inégalités, lui vaut de nombreux soutiens dans le monde politique. D’autres pointent sa responsabilité dans les fermetures de lits d’hôpitaux en Île-de-France ou dans le scandale du plomb sur le chantier de Notre-Dame.
par Ilyes Ramdani
Journal
Législatives : pour les femmes, ce n’est pas encore gagné
Plus respectueux des règles de parité que dans le passé, les partis politiques ne sont toujours pas à l’abri d’un biais de genre, surtout quand il s’agit de réellement partager le pouvoir. Nouvelle démonstration à l’occasion des élections législatives, qui auront lieu les 12 et 19 juin 2022.
par Mathilde Goanec
Journal
Élisabeth Borne, une négociatrice compétente et raide au service du président
Ces deux dernières années, celle qui vient de devenir première ministre était affectée au ministère du travail. Tous les responsables syndicaux reconnaissent sa capacité de travail et sa propension à les recevoir, mais ont aussi constaté l’infime marge de manœuvre qu’elle leur accordait.
par Dan Israel
Journal — Politique
Le député de Charente Jérôme Lambert logé chez un bailleur social à Paris
Le député Jérôme Lambert, écarté par la Nupes et désormais candidat dissident pour les élections législatives en Charente, vit dans un logement parisien de 95 m2 pour 971 euros par mois. « Être logé à ce prix-là à Paris, j’estime que c’est déjà cher », justifie l’élu qui n’y voit rien de « choquant ».  
par David Perrotin

La sélection du Club

Billet de blog
par C’est Nabum
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena
Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
Qu’est-ce qu’un premier ministre ?
Notre pays a donc désormais un premier ministre – ou, plutôt, une première ministre. La nomination d’E. Borne aux fonctions de premier ministre par E. Macron nous incite à une réflexion sur le rôle du premier ministre dans notre pays
par Bernard Lamizet