Hommage à l’Armée d’Afrique : témoignage du général de Groislard de Monsabert

Pour mieux comprendre la force des mots du President qui a lancé un appel aux «maires de France pour qu'ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes», il importe de connaître les témoignages de ceux qui commandaient l’Armée d’Afrique. Voici celui du général d’armée de Groislard de Monsabert

Le président de la République M. Macron a commémoré à Saint-Raphaël le 75è anniversaire du débarquement de Provence du 15 août 1944.
Il a tenu un discours fort sur le rôle et le sacrifice des régiments de l’Armée d’Afrique. Cette armée a participé à toutes les grandes guerres de la France : en 1870/1871, en 1914/1918, en 1939/1945 et elle avait été engagée dans les guerres d’Indochine et d’Algerie.
En août 1944 celle qu’on avait appelé l’Armée B puis 1ère Armée Française était composée de 260000 combattants dont 215000 originaires d’Afrique du Nord avec une dominante d’algériens, près de 20000 venus de métropoles et 25000 Subsahariens et de Polynésiens.

Pour mieux comprendre la force des mots du President qui a lancé un appel aux « maires de France pour qu'ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes », il importe de connaître les témoignages de ceux qui commandaient l’Armée d’Afrique.
Voici celui du général d’armée de Groislard de Monsabert.

Ce sont des extraits de la préface qu’il a signée du livre de référence : «L’Armee d’Afrique de 1830 à 1962 » sous la direction du général Huré -édition Lavauzelle 1977. 
Extraits:
«Il était normal, il était obligatoire que les générations à venir sachent pourquoi à été élevé un monument à Saint-Raphaël, ... et pour que notre jeunesse y trouve des motifs de fierté et de réconfort.
Fierté et réconfort? Pourquoi?
Parce que - et je ne me lasserai pas de le répéter - c’est grâce à l’Armee d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et de la foi en son armée, mais aussi et surtout l’Honneur et la Liberté.
Les jours de deuil de 1940 ont été oubliées : le purgatoire de l’Armée d’Armistice imposée par l’ennemi, l’humiliation de la France à la face du monde, tout cela a été effacé d’un seul coup par les soldats de Weygand et de Giraud, de Juin et de de Lattre; et c’est bien cette Armée d’Afrique qui a permis la revanche de nos drapeaux.
Il en est ainsi, que nous le voulions ou non. Nos eux-ennemis, aussi bien que nos alliés ne s’y sont pas trompés et, spontanément, l’ont reconnu.
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C’est Clark qui, à Rome, déclare à Juin : «Sans vous et vos magnifiques régiments, nous ne serions pas là!».
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Et le général Juin, à l’issue de cette victorieuse campagne d’Italie, pouvait dire à ses troupes :
« ... L’Armée d’Afrique venue combattre en Italie a marqué la renaissance des armées françaises...»
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C’est vrai. Il faut le reconnaître l’extraordinaire symbiose qui se réalisa dans l’Armée d’Afrique entre Français et Maghrébins, et cela très tôt.
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C’est un fait qu’aux yeux des arabes, le métier de soldat est noble entre tous. Pour un Nord-Africain, l’Armée française représentait un idéal : y servir ne comportait pour lui aucun abaissement; l’action de servir sous les armes est noble : elle représente la force qui protège, qui attire, la force du Dieu musulman (les tirailleurs partent à l'assaut au cri de «La Allah il Allah !»*) ; participer à cette force est un honneur suprême.  
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Enfin, cette armée, notre armée, représente pour eux la Justice, idéal profondément ancré dans le cœur d’Ismaël, fils de l’esclave jadis chassée au désert.
Par ailleurs, le tirailleur est un paysan; il vient d’un douar où la tribu est composée de familles et est elle-même une grande famille. C’est sur cette base familiale que s’est constituée l’Armée d’Afrique. On la retrouvait tout naturellement à l’échelon de la compagnie, mais on peut dire que toute l’Armée d’Afrique était une grande et vrai famille.
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Je puis témoigner que j’ai reçu, et je reçois encore, d’innombrables lettres d’anciens tirailleurs qui m’écrivent comme à leur ancien chef, peut être, mais aussi un peu comme à un frère ou à un père, qui avec eux a vécu, a souffert et a participé à leur gloire.
Vivre avec sa troupe comme au sein d’une famille, c’est ainsi que vivait l’officier d’Afrique, et c’est pourquoi l’Armée d’Afrique était si forte.
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Oui l’Armée d’Afrique était une grande famille !
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Il nous reste au cœur beaucoup plus qu’une belle aventure. Et nous restons sûrs de notre vérité, au-delà des avatars historiques. Nous avons fait l’Armée d’Afrique et c’est une œuvre dont nous serons éternellement fiers.
Cette Armée d’Afrique de la Libération était une image de ce qu’aurait pu être une Afrique du Nord française.

N’oublions pas que Giraud avait mobilisé vingt classes de Français d’Afrique du Nord et que 15000 à 20000 volontaires sont venus de métropole à travers les Pyrénées et les prisons d’Espagne pour chercher le chemin de la Libération. Cela a créé une fusion intime de pieds noirs, des métropolitains et de nos soldats du Maghreb, fusion qui a renforcé la cohésion de nos unités et la solidarité des armes et des services, véritables marques d’une armée capable d’emporter la Victoire.

Je n’oublierai jamais le cri du lieutenant tunisien El Hadi avant de tomber mort sur son objectif : «Vive la France !»

Puisse l’amitié franco-maghrébine de l’Armée victorieuse d’Afrique du Nord renaître dans un avenir de paix et d’entente cordiale !


Groislard de Monsabert
* profession de foi des musulmans qui affirme l’Unicité de Dieu et qui est un des 5 piliers de l'Islam : «Il n’y de Dieu que Dieu»

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