Pierre Michelon a présenté "UN PETIT MORCEAU DE BOIS" au cinéma MK2 Beaubourg à Paris. (le discours d'un André Malraux chahuté à Cayenne au cours de la campagne du referendum de 1958).

C'est à l'historique morceau de la constitutionnalité coloniale de la Vème République en Guyane et à ses survivances dans l'enseignement supérieur que se sont courageusement ici attaqués Pierre Michelon et David Legrand.

Fabrication documentaire par Pierre Michelon du Debout Guyane du vendredi 19.09.1958 où l'on ne laissa pas à Malraux le loisir de citer son disccours. Fabrication documentaire par Pierre Michelon du Debout Guyane du vendredi 19.09.1958 où l'on ne laissa pas à Malraux le loisir de citer son disccours.

Le Debout Guyane des samedis 13 et 20.09.1958 appelants à voter NON au referendum ; celui du 20 n'étant pas signé par la directrice de publication conte tenu des événements de la veille, n'a pas été distribué. En revanche le Debout Guyane daté du samedi 27 appelle à voter OUI. (pdf, 4.4 MB)

De Pierre Michelon & David Legrand.

Avant de régénérer le texte d'un discours qui n'a pas eu lieu, il faudra s'imprégner, rejouer et trouver la voix, la note, la mesure...

Avant de le régénérer sur la place des Palmistes à Cayenne, il faudra prendre position sur cet épisode marquant de l'histoire de la "départementalisation" en Guyane française : le referendum de 1958 portant sur la Constitution de la Vème République.

"Approuvez-vous la Constitution qui vous a été proposée par le Gouvernement de la République ? " Question restée sans réponse, ou constamment épuisée par les luttes guyanaises qui se poursuivent au présent de l'indicatif : enclavement économique, cohésion sociale, pillages officiels ou clandestins, Université de plein exercice...

Un film tourné avec le comité étudiant de l'Université de Guyane et Jean Mariema, une figure importante du militantisme guyanais."

La scène se déroule trois ans après la conférence de Bandung (1955), autrement appelée « conférence des pays non alignés » sur les blocs soviétique ou étasunien, qui appelait à la décolonisation généralisée des pays soumis à l’autorité de puissances administrantes.

La France tente, dans ce contexte d’inspiration émancipatrice pour les peuples dominés, de sauver ce qu’elle peut d’un empire colonial qui commence à lui échapper. C'est d'ailleurs chose faite dès 1958 pour la Guinée Conakry lorsque Sékou Touré envoie poliment promener le général de Gaulle en compagnie d'un cinglant NON à son referendum qu'il appelait de "sauvegarde de la Communauté française."

Les peuples des territoires français d’Afrique noire, d’Algérie, de la Réunion, de Madagascar, Djibouti, des Comores, des Antilles, de la Guyane, de l’Océan Indien, de la Nouvelle Calédonie, des Établissements français d’Océanie (Polynésie française), des Nouvelles Hébrides (Vanuatu) doivent se prononcer, par voie de referendum sur la nature des relations qu’ils entendent avoir avec la Métropole selon les vœux du général de Gaulle afin qu’il puisse endosser, au moyen d’une démocratie non négligeable, la constitution d’une Vème république affublée de considérables marges coloniales.

La France, ou plutôt le général de Gaulle, se résignera à quitter l’Afrique (à l'orée des années 1960) pour mieux y rester à défendre « par en bas » ses intérêts économiques.

La mise au grand jour de ce document retrouvé par Pierre Michelon à la bibliothèque littéraire Jacques Doucet qui détient tous les manuscrits d'André Malraux, et la reconstitution intégrale tout à fait remarquable de ce discours, qu’on lui empêcha de tenir sur la Place des Palmistes le vendredi 19 septembre à Cayenne, autrement dit sa fabrication documentaire, fût augmentée de la performance documentaire de David Legrand qui incarnait le timbre menaçant, le rythme vociférant et nasillard de l’homme que le Général de Gaulle nomma dans un premier temps de reconquête de l’Amérique Ministre délégué à la Présidence du Conseilchargé de l'information.

 Peu avant son départ de Paris pour Cayenne, Malraux apprît du général de Gaulle que "l’affaire guyanaise" se présentait très mal :

« Pourquoi aller en Guyane, lui demandai-je, puisque le préfet affirme qu’elle est perdue ?  

À quoi il fût répondu : « C’est la dernière terre française en Amérique... 

Et puis, il faut y aller parce que c’est déchirant ». 

In Antimémoires Collection FOLIO 2010 (p 129).

Transfiguré, transcendé, par l'enjeu historique et stratégique de la mission que lui avait confié le héros de la France libre, d'arracher le consentement des guyanais, soit un « OUI », jujé salutaire pour tous, à la question suivante du referendum du 28 septembre 1958 :

« Approuvez-vous la Constitution qui vous est proposée par le Gouvernement de la République ? » ; Malraux exécute sa mission qui sera prolongée par tous les moyens, dont les plus sombres seront froidement employés en 1962 par l’irrécusable motif de la raison d’État pour avoir « raison » de l’autonomisme incorruptiblement chevillé au corps du futur député (deux mois plus tard) Justin Catayée.

Malraux : "Mes collaborateurs, depuis l'aérodrome, s'étaient suffisamment renseignés pour me dire qu'un seul chef de l'opposition comptait : c'était un sang-mêlé, Catayée, qui se présenterait aux prochaines élections, orateur hystérique et puissant, et Compagnon de la Libération. 

Il ne s'attendait ni à me voir seul, ni à entendre : "Mon cher Compagnon", selon l'usage. Il tenait la préfecture pour le palais de l'ennemi, et le préfet pour le Mal. Non qu'il semblât naïf ; plutôt prêt à attaquer ou à s'échapper, prophète traqué, tel qu'en connaissent les débuts des révolutions : Lumumba - mais on ne parlait pas encore de Lumumba." (P 137)

Malraux : (...) On dit que vous voulez vous présenter aux prochaines élections législatives, dans un pays comme celui-ci, un député peu beaucoup".

Catayée : "C'est vous qui me dites de me présenter ?"

Malraux : "Ou bien vous pensez qu'il y a une nation guyanaise, et qu'elle doit se développer seule. Alors, il faut voter "Non" et je pense qu'elle ne sera pas seule bien longtemps sans tomber dans une terrible misère ; mais soyez tranquille, elle ne restera pas seule : il y aura des amateurs. Ou bien vous pensez que la Guyane est française, comme les Antilles, et qu'elle se développera avec l'aide de la France. Alors il faut voter "Oui", et agir de l'intérieur. Césaire n'est pas gouvernemental..."

- Il était troublé, non par mon argumentation, mais par les sentiments qu'elle suscitait en lui. (P138)

Durant son discours Malraux s'envoûtait lui-même à mesure qu’il déclamait la démesure de son verbe, mélant à ses accents paternalistes ceux de la fraternité d’arme, empruntant tout à la fois, à la menace de la misère hors du giron français, à la transe invocatrice, et à l’ivresse du pouvoir, tant il abusait de l’ampleur des dimensions de légende humaniste et des évocations de destinée politique qu'il entendait rendre à la grandeur et à la générosité de la France pour le bien des Guyanais, mais travaillant par dessus tout à sa propre postérité, Malraux jouait son va-tout par ce « quart d’heure colonial » qui le précipitait dans un délire de crispation sur la dernière possession française conquise aux Amériques.

Face à cet exalté Ministre chargé de l'expansion et du rayonnement de la culture française" ; l'alors instituteur guyanais, Jean Mariema, Directeur de l'école d'IRACOUBO, petite commune des savanes amérindiennes de l'ouest du pays (aujourd’hui agriculteur d’élevage caprins et bovins, après avoir plaidé trente années comme avocat, puis bâtonnier du  barreau de la Guyane).

Ce dernier est aussi pénétré que Malraux d’idéaux patriotiques, du crédo de la patrie, des chants héroïques républicains de libération de l'occupation/colonisation allemande, de l’historique émancipation du peuple français et de la réthorique révolutionnaire, mais à la différence de « l’expéditionnaire » du Général,

L'instituteur se dit alors assez inspiré, dynamisé par « L’école libératrice », l’organe de presse du Syndicat National des Instituteurs (SNI) qui donnait des informations de résistance, pour élever ses revendications au profit de la jeunesse guyanaise, de son éducation par l'enseignement d'un esprit très critique vis à vis du système, et par conséquent, pour essaimer l’avenir politique de la GUYANE.

Ainsi Jean Mariema a-t-il inscrit très tôt son attachement au développement du potentiel de la jeunesse guyanaise en l'accompagnant juqu'en notre jour dans la continuité de la quête d’autonomie des étudiants en lutte pour une Université de GUYANE de plein exercice qu’ils finir par arracher victorieusement en 2013.

Le Directeur répondît donc présent à la venue de ce « colonialiste éclairé » drapé dans son aura de grand résistant de la deuxième guerre mondiale qui se prévalait même d’avoir naguère été communiste.

Il était accompagné de quelques camarades dont Guy-Rodolphe Brachet (voir le Post Scriptum de Pierre Michelon plus bas) arborant des banderoles sur lesquelles ils avaient inscrit « NON À LA DICTATURE ! » sur l’une.  « NON AU FASCISME !» sur l’autre . "NON AU RÉFÉRENDUM". "NON À L'ARTICLE 72". "NON À LA MISÈRE" et « VIVE LA RÉPUBLIQUE »  (dixit Mariema).

Et « À BAS LE FASCISME ! »,  « À BAS DE GAULLE ! » et « À BAS LA FRANCE ! » selon la version de Malraux (P 140).

Dans tous les cas elles faisaient toutes face à l’estrade où le messager du général tentait de se faire entendre sans micro (que l’on avait saboté), ce qui eût pour effet de proprement doubler l’intolérable de l’affront qu’on lui réserva et l’emporta dans un accès de colère noire :

« Si c’est l’indépendance que vous voulez, prenez-là le 28 ! Et qui avant de Gaulle, vous avait donné le droit de la prendre ! »

Jean Mariema : "Au lieu de faire son discours, il s'est précipité, et il s'est mis à nous haranguer... Il nous insultait, et à ce moment là sa colère a déterminé des décisions ; le préfet a demandé au directeur de la Police de casser nos banderoles. Alors on nous a brisé nos banderoles, toutes nos banderoles sont cassées. Il y a avait un Haut Commissaire de la République (l’équivalent d’un chef des renseignements généraux dirions nous aujourd’hui) qui suivait tout, écoutait tout. Nous avons chanté l'Internationale : "Debout, les damnés de la terre... Nous avons chanté cela. Alors c'est fini, nous sommes humiliés, bon, c'était tout. Mais la population qui a assisté à cela s'est révoltée, et c'est à ce moment là qu'il y a eu extinction des lumières, des pierres etc avec la gendarmerie et la police etc...

Mais je suis resté debout, j'étais seul, tous les autres sont partis pour la bagarre avec les forces de l'ordre, et aux pieds de Malraux il y avait Catayée pour protéger Malraux, mais c'était fini, plusieurs personnes avaient déjà lancé des bois sur Malraux qui a pris le bois et l'a montré ; bon, il en parlera après dans son livre."

Malraux : « Une masse brillante siffla à mon oreille gauche, frappa violemment le fond, tomba à mes pieds. Je la ramassai, l’élevai aussitôt au-dessus de ma tête en continuant le discours. C’était une arme que je n’ai jamais revue : un morceau de bois de quarante centimètres dans lequel était planté perpendiculairement un énorme clou. Il en arriva quelques autres. En approchant, il eût été facile aux lanceurs de m’atteindre à coup sûr. »(P140) 

Un collaborateur du ministre : « Les gens aux banderoles étaient des gens de Catayée, plus de vagues communistes, etc. Mais pas les lanceurs de clous. » (P 144)

 « Quant au cafouillage, je m’en tiendrai à ceci : les tracts contre la France ont été imprimés par l’imprimerie de la préfecture, (…) et le coupable est l’un des instituteurs. » (P 145)

Malraux : « Vous avez la certitude que les tracts ont été imprimés à l’imprimerie de la préfecture ? (P 145)

Le collaborateur : « Absolue. » (P 145)

Malraux : « J’ai le droit de remplacer provisoirement le préfet, n’est-ce pas ? » (P 145)

Le collaborateur : « Il s’y attend, vous représentez le gouvernement. » (P 145)

Malraux : « En me quittant vous lui dites de prendre les arrêts, jusqu’à décision du ministre de l’Intérieur. Je serai à Paris après-demain matin. Cette nuit, vous le remplacez. 

Combien de « turbulents » voulez-vous faire arrêtez ? ((P 145)

Le collaborateur : « Sauf deux ou trois, ils le sont » (P 145)

Malraux : « Bravo ! Le moins longtemps possible, sauf pour les dangereux abrutis comme l’instituteur. 

Il faut seulement que les gens comprennent que les plaisanteries sont terminées. » (…) Donc, le préfet, on en parle plus jusqu’au referendum. Envoyez-le en vacances…»

Dans ces conditions, le ministre dû se résoudre à interrompre son discours (l'écrivain dira dans ses mémoires qu'il réussit à le terminer) pour le reciter le lendemain matin dans les salons, plus sûrs, de l’hôtel de ville de Cayenne comme suit :

 "Citoyens, Citoyennes",

"Je suis ici pour vous présenter le projet de Constitution qui sera soumis à l’approbation du peuple français le 28 septembre. Au nom du Gouvernement, au nom de l’homme que vous aviez rejoint lorsque dans le terrible sommeil de notre pays, il en maintenait l’honneur comme un invisible songe.

Parce que la France, La France, nous tous ! a besoin de cette Constitution ; parce que, pour la France, l’homme du 18 juin a besoin de vous.

Mais qu’il n’y ai pas d’équivoque. Je ne viens pas ici solliciter des voix. Je viens, en une heure historique, tenir aux français de la Guyane un langage auquel ont droit ses vivants et ses morts, et après lequel la Guyane choisira librement sa route.

 Voici donc, avant que je prenne la parole, ce que vous dit le général de Gaulle :

 

          "J’adresse son salut à la noble population de la Guyane.

           En le lui portant, André Malraux dira le souvenir que je garde d’elle et de l’accueil magnifique qu’elle m’a réservé en 1956. La France     tout entière se souvient de la part glorieuse qu’elle a prise à sa victoire dans les deux guerres mondiales.

            La Guyane liée à la France depuis des siècles, a gardé dans la fidélité à la patrie commune, son originalité propre née de l’histoire comme de la géographie. C’est pourquoi, la République, après la Monarchie, entend maintenir aux Guyanais comme aux Antillais leurs franchises traditionnelles. À l’intérieur des nouvelles institutions que les français vont se donner, les élus de la Guyane devront pouvoir participer à l’adaptation de nos lois aux nécessités locales.

          Je suis certain qu’aujourd’hui comme naguère,

          Les Guyanais font confiance à la France et à la République.

Vive la Guyane Française !

Vive la République !

Vive la France !"...

 

"Il n'est pas question de reprendre un à un le 92 articles de la Constitution que chacun de nous peut lire.

Il n'est pas question de les déclarer parfaits. On ne demande pas à une constitution d'être parfaite, on lui demande d'être la meilleure possible en un temps donné, dans des conditions données.

Même la Déclaration des Droits de l'Homme n'était pas parfaite : on la complète depuis plus de cent-cinquante ans. Mais si elle n'avait pas été promulguée, on ne l'aurait pas complétée. Et par son texte même, notre Constitution appelle les lois qui la complèteront, mais ces lois ne pourront la compléter que si les Français l'approuvent.

Comme la Déclaration des Droits de l'Homme, elle pose des principes. Comme toutes les Constitutions historiques, elle est l'instrument d'un combat, au moment où ce combat se livre : l'instrument nécessaire au relèvement de la France, à l'édification de notre Communauté aujourd'hui.

Comme l'appel du 18 juin était à sa date l'appel nécessaire au combat de la France, à la victoire de la France, sans laquelle je ne pourrais vous parler ce soir.

Ce qui s'est passé le 18 juin 1940, vous le savez tous. En face de l'un des plus grands désastres de notre histoire, dans la nuit où l'exode sans fin des charrettes paysannes emplissait nos routes sur le vaste fond des incendies, une voix s'élèva pour proclamer envers et contre tous que la France n'avait pas perdu la guerre. Et malgré tous ceux qui parlaient alors d'imprudence ou de folie, nou schoisîmes d'obéir à la grande voix solitaire, parcque nous y reconnûmes la voix même de la France.

Encore n'eût-t-il pas suffi d'un appel, fût-il héroïque, fût-il celui de la France elle-même, pour que notre défaite se transformât en victoire.

Il y fallait aussi l'inflexible conscience de la continuité française.

Il y fallait la fermeté qui opposa pour la première fois à Churchill, le Général de Gaulle qui n'avait pas encore deux-mille soldats ; la conscience qui fait écrire au vieux lion d'Angleterre :

"Jamais je n'ai autant admiré cet homme qui osait entrer en conflit avec moi pour les droits de son pays écrasé, alors qu'il savait que si j'avais rompu avec lui, il n'aurait plus trouvé une pierre où reposer sa tête".

Il y fallait la rigoureuse persévérance qui allait conduire notre armée du Tchad à Strasbourg, de l'Italie au Rhin et au Danube ; et celle qui allait aussi faire du Comité français de Libération Nationale, le mainteneur de la République.

C'est de cette continuité que la France a besoin aujourd'hui. La continuité dans l'accomplissement des grands desseins n'est plus au siècle des plans un titre de gloire, c'est pour les nations une question de vie ou de mort.

Il n'y a pas de continuité véritable sans stabilité gouvernementale. Et la Constitution est est l'indispensable moyen d'assurer cette stabilité.

Comme l'appel du 18 juin, la Constitution est un commencement. Une promesse !? Mais la différence entre les promesses du général de Gaulle et les autres, c'est que celles du général ont toujours été tenues.

L'appel du 18 juin continue par toute la France Libre, et la Constitution continuera par la France que nous ferons ensemble, mais que nous ne  pourrions faire sans elle.

Mais l'appel vous fut adressé, Français, en face d'un désastre que vous pouviez seulement réparer, alors que la Constitution vous est proposée en face d'un désastre que vous pouvez encore prévenir.

Car il est facile de'imaginer ce que serait le retour à la situation d'Avril.

On dirait vraiment, à entendre les adversaires de la Constitution, que dans une France sereine et prospère comme celle de 1900, les Français ont été appelés à participer à un coucours de juristes.

Le 29 mai, le Président de la République avait solennellement déclaré à l'Assemblée Nationale que l'État n'a cessé de se désagréger.

Dans le péril de la Patri et de la République, je me suis tourné vers le plus illustre des Français, vers celui qui fut notre Chef pour la reconquête de la liberté et qui refusa la dictature pour rétablir la République.

Lorsque le Président de la République écrivit ce message historique, la France était en grnd péril, l'Union Française allait partir en lambeaux.

Le général de Gaulle a liquidé la guerre civile, formé un gouvernement de Salut national, interdit aux fellaghas l'attente d'un autre Dien-Bien-Phu, préparé le premier département-témoin de la nouvelle Algérie, édifié la Constitution dont naîtra la Communauté française, ramené la confiance, assuré la stabilité gouvernementale.

En moins de quatre mois, il a rendu à la République, pour la France, le visage de l'espoir, et en quelques semaines, pour le monde, le visage de la fierté !

Sans renoncer à aucune liberté fondamentale. Pas même à celle d'accuser de volonté monarchique l'homme qui a rétabli la République, l'accusation étant portée par ceux dont les journaux applaudissent tous les matins l'exercice de la dictature.

Il ya pourtant bien des années, que les dictatures n'ont plus besoin de se réclamer de la monarchie ! Ce ne sont pas nos adversaires qui ont rétabli la souveraineté du peuple, c'est nous !

Une autre Constitution serait meilleure ? Laquelle ?!

Sans doute pas celle que proposent maintenant d'établir en mois ceux qui n'ont pu en établir une en dix ans ; et qui n'ont su, pendant que s'affaiblissait de jour en jour la France, qu'en écarter exactement quatre-vingt-dix-neuf projets, mais qui ne parviendront pas à écarter le centième.

Parcequ'il est l'indispensable moyen d'adapter les institutions de la République aux problèmes du XXème siècle.

Le moyen indispensable pour le développement de la Guyane accompagne le grand élan de la Métropole qui vient de retrouver sa place dans le domaine atomique et de construire, avec le palais de la Défense, le plus vaste monument de l'Europe occidentale !

Bien au-delà des problèmes juridiques, des inépuisables discussions d'articles, la question posée à la Métropole est simple, comme l'ont presque toujours été dans l'histoire les questions auxquelles tenaient le destin des peuples :

"Si vous répondez OUI, les affaires de la nation seront-elles meilleures ou pire?"

Et la vraie question qui vous est posée est la même : 

"Si vous répondez OUI ; si, comme vous le dit le général de Gaulle, vous faites confiance à la France et à la République, donnez-vous sa chance à la Guyane ?"

Le reste est arguties, c'est-à-dire néant. Quand on sait qu'un vaisseau risque de sombreer, on ne choisit pas de discuter des théories de la navigation.

La Guyane souhaite d'abord des réformes limitées et précises :

- Une plus vaste participation à la gestion de ses propres affaires,

- La suppression du règime du territoire de l'Inini,

- L'application des lois sociales, singulièrement de celle sur les allocations familliales,

- Une réforme fiscale,

- La mise en valeur de ses richesses minières et forestières.

Le Gouvenement le sait.

- Déjà le taux des prestations familiales va être relevé de 12% avec effet à partir deu 1er juillet.

- Un Secrétariat Général aux départements d'Outre-Mer, directement rattaché à la Présidence du Conseil a été institué hier, et bientôt seront annoncés l'extension des pouvoirs des Conseil Généraux et des crédits dont la répartition leur est confiée. 

Enfin, tous les ministères ont donné leur accord pour l'exploitation des gisements de bauxite de kaw.

Ce qui montre sans équivoque que le Giuvernement et la Guyane marcheront sur la même voie dès que la Constitution le permettra ; que le Gouvernement, dans la mesure où il le peut avant le referendum, s'y était déjà engagé.

Nous savons trop, hélas ! qu'il ne suffit pas d'un vote pour assurer le bonheur ou la dignité d'un peuple ; mais nous savons aussi qu'il peut suffire d'un vote historique pour les différrer d'un siècle.

La Déclaration des Droits del'Homme ne suffisait pas, mais elle allaitdonner aux Français la dignité des citoyens ; et sans elle, comme l'appel du 18 juin, cette réunion ne serait pas ce qu'elle est.

La Constitution ne suffit pas, mais elle permet d'édifier la nouvelle République, dans laquelle l'adaptation des lois par vos élus débordera nécessairemnt les franchises traditionnelles.

Le problème de la Guyane est grave, et il faut le traiter comme tel. Mais quelques uns de ses aspects sont familiers à l'Ancien Chef de la Brigade Alsace-Lorainne que je suis, car ce problème est souvent le frère lointain de celui de l'Alsace.

Comprenons bien qu'un nouveau monde commence, et que la Constitution est avant tout le moyen de a créer ensemble.

Les grands hommes d'État depuis la Grèce jusqu'à a Russie, quelque soit leur idéologie, ont dit que toute grande histoire est faite dans la conciliation entre de grands principes et une patiente et loyale expérience.

Puissions-nous unir le vieux cœur de la France, qui n' a jamis cessé de battre ici, avec une expérience fraternelle !

Et en face de l'Histoire, prenons garde.

J'ai entendu tout à ll'heure ici, comme la semaine dernière dans un département de la Métropole : 

"Peu importe que nous répondions "Oui", puisque la majorité répondant "Oui", ce "Non" sera sans conséquence".

Il est probable, en effet, que la majorité répondra "Oui".

Mais malgré cette majorité, que deviendrait la fraternité de la Métropole avec une Guyane qui aurait répondu "Non" !?

La Métropole, qui a ladis sacrifié plus d'homme pour la Guyane que pour le Canada, qui a vu les deux cents premiers soldats du bataillon Chandon rejoindre dès octobre 40 les premières forces Françaises Libres, la Métropole n'abandonnera pas la Guyane.

Et je crois, je proclame, avec le général de Gaulle qu'aujourd'hui comme hier les Guyanais font confiance à la France et à la République.

Mais je crois aussi, avec une terrible certitude, que si, en face des nouveaux États-continents, le peuple de la Guyane répondait "Non" au peuple de France qui va répondre "Oui", l'immense et mystérieuse puissance de l'Histoire entrerait en jeu, et que malgré nous tous, avant vingt ans, la Guyane ne serait plus française.

Mais la Guyane veut rester française comme je veux rester français.

Je vous en fait témoin dans cette nuit historique, vous, mes compagnons de comat d'hier qui serez peut-être mes compagnons éternels.

Survivants de la première guerre mondiale, survivants des Dardanelles, vous répondrez 'Oui", comme l'auraient répondu ceux qui sont tombés.

Survivants du bataillon de Guyane qui avez combattu avec mes camarades d'Afrique, survivants de ce bataillon du Pacifique si durement touché lorsque nous avons remporté ensemble la victoire de Strasbourg,

Vous répondrez "Oui" comme l'auraient répondu ceux qui sont tombés.

Vous tous,

Guyanais qui êtes Français depuis que la République s'est faite, vous répondrez "Oui" à la nouvelle République pour qu'elle ne soit pas l'héritière de la IVème, mais de la 1ère qui conquît l'Europe dans un cortège de danses, de justice et de liberté !

Vous toutes, Guyanaises, 

À l'homme qui vous a donné après 15 jours de victoire, le droit de vote que cent ans de victoires françaises ne vous avaient pas donné,

Vous répondrez "Oui" !

Hommes et femmes, vous répondrez "Oui" 

Comme naguère au maire de Cayenne qui venait de fonder le Comité de Ralliement, comme le 16 mars 1943 lorsque vous vous êtes rassemblés sur cette même place sous les croix de Lorraine,

Comme vous avez répondu "Oui", il y a deux ans, à l'homme qui m'a dit que votre accueil inoubliable avait effacé pour lui tant d'oublis !

Fidèle pour toujours, vous répondrez "Oui",

comme le peuple de Paris l'a fait, le 4 septembre en chantant la Marseillaise ; Oui à la Constitution qui apporte à la Guyane sa chance nouvelle, et par laquelle notre France à tous va enfin redevenir la France !

Vive la Guyane !

Vive la République !

Vive la France !

 

PS de Pierre Michelon : 

Dans Antimémoires, le lecteur peut interpréter le revirement de Justin Catayée comme conséquence de son entretien avec Malraux (dont celui-ci relate brièvement le dialogue supposé). 

Mais un témoignage m’amène à penser que ce n’est pas tout à fait exact. 

C’est celui de Guy-Rodolphe Brachet, un des 11 contre-manifestants que j’ai pu rencontrer avec Jean Mariema. Je le cite : 

« Catayée était un ami que je considérais. Je n’étais pas dans son mouvement mais il avait de la clairvoyance : la Constitution de 1958 ne répondait pas aux aspirations des Guyanais. (...) À l’arrivée de Malraux, Catayée m’a fait venir et me dit : “J’ai reçu un télégramme, Malraux va me recevoir à 16h00, et seulement après, on pourra discuter“. Mais vers 18h00, je sors pour aller voir et écouter le discours de Malraux, et je vois le journal Debout Guyane qui dit : “Le Guyanais votera Oui à la Constitution“. Il y avaient là les vendeurs du journal, je leur dit : “Je ne comprends pas, à quel moment avez-vous pu les imprimer ?“ C’était une imprimante à la main qui demandait plus de 48h00 !

Ils m’ont simplement répondu que cela faisait suite à la conversation de Catayée avec Malraux. 

L’édition de ce journal est restée sans réponse. 

Encore aujourd’hui on ne sait pas par quels moyens ce journal avait été imprimé, s’il avait été imprimé le jour même, car Malraux aurait très bien pu venir avec une version préparée du Debout Guyane... 

Tout cela reste lettre morte* ». 

* Entretien entre Guy-Rodolphe Brachet, Jean Mariema et Pierre.Michelon le 06 novembre 2013, Cayenne.  

"Il peut en effet y avoir néo-colonialisme avec : une démocratie non-négligeable, une masse importante d'argent déversée dans le pays, et une promotion réelle de l'autochtone (...) le discours français a théorisé ici ou affiné la conception de ce nouveau colonialisme : la passion de convaincre, d'arracher le condentement du dominé, de mépriser par subtilité (...) Édouard Glissant in Le Discours Antillais. (P110-111)

Alexandra Praud. Alexandra Praud.

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