Billet de blog 28 juin 2018

La Jeunesse Autochtone de Guyane met Hulot face à ses responsabilités écoloniales

Invitée à Paris par le député d'Europe Écologie, Yannick Jadot, la JAG entend obtenir du ministre de l'écologie l'annulation du projet extractiviste de méga-mine industrielle à ciel ouvert "Montagne d'Or". En provenance de Cayenne hier, dès le matin de son arrivée, l'organisation amérindienne a entamé un marathon médiatique : ONG, radios parisiennes et conférences de presse jusqu'au 8 juillet

Pierre Carpentier
MÉMOIRES DE L'EAU. "Les songes de nos vivants prennent à l'eau, la source et le sel ! À la terre, le sang et la force ! Au vent, nos sacrifices livrés en confiance. Assez de ces supplices ! Les poèmes ne sont pas fait pour les chiens ! Ils portent nos libertés souveraines ! lls sont le parfum de nos royaumes ! Sois vaillant à la tâche attaquante que nous te confions ! Les dominations nous mitraillent encore mais tu répondras à ce juste tourment du devoir ou détourne toi à jamais de notre appel ! En toutes directions que tu choisisses tu nous reviendras et nos comptes te seront remis ! Pour notre générosité, tiens en partage le calme des eaux !". (Extrait "d'IRACOUBO. L'Épicentre des Eaux", 2014). " MAIS ALORS, LA GUYANE ? Une infinité que nous imaginons gorgée d'eaux et de bois. Les Guyanais demandent que les Martiniquais et les Guadeloupéens les laissent en paix. Nous avons pas mal colonisé de ce côté. C'est pourtant comme une attache secrète que nous avons avec le Continent. Une attache poétique, d'autant plus chère que nous y renonçons. D'autant plus forte que fort sera le poids des Guyanais dans leur pays. Des chants comme des rapides à remonter, des poèmes comme autant de bois sans fond." ÉDOUARD GLISSANT in LE DISCOURS ANTILLAIS (P 775).
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Nokhtua Zéba (à gauche) et Amandine Mawalum Galima

Accompagnée d'Alexis Tiouka, juriste kalina militant, expert en droit international panaméricain des peuples autochtones, co-rédacteur en 2007 de la déclaration des Nations Unies sur le droit des peuples autochtones, en présence de Jean-Paul Fereira le maire de la commune amérindienne d'Awala - Yalimapo, un des rares élus guyanais, (avec M. Jean Lecante, le maire de Montsinéry - Tonnegrande, et de Mme Cornélie Sellali Bois-Blanc, maire d'Iracoubo), a avoir pris une position très ferme contre le projet Montagne d'Or, la délégation de la Jeunesse Autochtone de Guyane emmenée par son porte parole Christophe Yanuwana Pierre est aujourd'hui constituée (sur le plateau du "Consulat" à Montparnasse) de trois générations de combattants de la liberté.

Christophe Pierre et le député d'Europe Écologie Yannick Jadot (à droite).

Alexis Tiouka : "Il y a un combat juridique, et il y a le combat sur place, sur le terrain. Vous êtes nos alliés, vous êtes conscients que la terre est en danger, quelque part dans votre coeur vous êtes peut-être Amérindiens, vous êtes peut-être des guerriers, mais des guerriers pour la paix. Le monde dans sa globalisation, est en train de marginaliser les 400 millions de peuples autochtones qui existent dans le monde, et qui luttent sans relâche. Nous allons voir en novembre 2018 un peuple qui va s'émanciper à travers l'article III de la déclaration des Nations Unies sur le droit à l'autodétermination, ce sont nos frères Kanak. Ils vont nous montrer l'exemple, c'est là que nous voulons arriver. Je suis avec mon peuple profondément enraciné dans la terre de Guyane, plus encore que les racines du grand arbre Fromager dont on sait qu'elles atteignent le fond de la croute terrestre..."

Alexis Tiouka
Alexis Tiouka et Pyèro

Amandine Mawalum Galima, voir photographie plus haut : "Pourquoi je suis contre le projet Montagne d'Or ? C'est la plus grande mine à ciel ouvert de toute la "France". En Guyane ils ont recensé 600 sites aurifères, jusqu'à présent l'état n'a rien fait et pourtant ils ont les moyens... Concernant la question autochtone, l'archéologie cherche à préserver les vestiges de notre civilisation mais ils sont en train d'ignorer un peuple qui existe toujours en ce moment, c'est un génocide silencieux qui est en train de se passer, c'est ça qu'on est venu dénoncer. On a accueilli le monde à bras ouverts, et voilà le résultat, on nous ignore. Au jour d'aujourd'hui on entend nous exterminer, mais ça ne se fera pas ! Cette fois on ne lâchera pas et on ira jusqu'au bout !..." 

 Christophe Yanuwana Pierre : "Ça fait plus d'un an maintenant, qu'on s'est mobilisés contre ce projet, et on étaient seuls, vraiment seuls, sur le terrain. (...) Nous on ne connaissait pas "Or de Question", on ne connaissait pas toutes les autres organisations qui étaient en train de se mettre en place pour bloquer la Montagne d'Or. On était une bande de jeunes, même nos ainés ne nous faisaient pas forcément confiance. Mais on a décidé d'y aller, on a apprit ce que cela voulait dire, on a informé nos chefferies qui se sont positionnées. Ensuite de plus en plus de personnes ont adhéré à l'idée en fait. De plus en plus de personnes non autochtones, quelque part. Et c'est la réussite de tout ce mouvement qui nous a permis aujourd'hui d'être là.

C'est à dire, qu'on a réussit, nous jeunes autochtones, jeunes amérindiens en Guyane française, avec ce que ça sous-entend derrière... On a hérité d'un passé assez lourd de couches extrêmes de violences qui s'accumulent encore en nous. On a hérité de toute la souffrance de nos ainés, et de toute la destructuration de notre société. Et on a réussi avec les morceaux de notre identité d'origine qui nous restaient.

On a su créer quelque chose de complètement nouveau qui nous ressemble, et c'est ce petit bout de message-là qui a fait son chemin toute cette année (...)

On va utiliser toutes les formes que l'on a à disposition pour stopper ce projet, si on y arrive pas, on est prêts à être sur le terrain et on sera sur place et on va se battre physiquement s'il le faut !

Et ça c'est une promesse qu'on a faite à ceux qui vont nous soutenir et à ceux qui vont nous combattre, parce qu'on est prêts aujourd'hui, au niveau de la jeunesse amérindienne, de la jeunesse guyanaise, je crois qu'on a suffisamment vu nos ainés souffrir des souffrances coloniales et cela ne va pas se reproduire, en tous cas, tant qu'on est là et tant qu'on est debouts, plus jamais !..."

PS

L’autochtone (les amérindiens) sera privilégié non seulement parcequ’il est rendu à un stade de survie ultime face aux colonialismes et à la modernité partout sur la planète, mais surtout parcequ’il est le garant le plus sacrifié de notre conscience collective liée à notre environnement naturel. C’est un préalable et un engagement que tout élu.e guyanais.e ou simple compatriote doit prendre en haute considération, il est indispensable de l'admettre, de le comprendre, de le reconnaître et de le défendre au même titre que l’ONU pour construire pacifiquement l'avenir de notre pays.

Soley' !

Pyèr.

Voir sur la1erefrancetvinfos.fr  : "La Jeunesse autochtone invitée par le député européen Yannick Jadot à Paris" 

Christophe Yanuwana Pierre et Pyéro. (Crédit photo Éric Coquelin)
Crédit photographie, Éric Coquelin.

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