Les élections, et après?

Après les deux premiers textes parus hier et avant-hier, qui présentent notre projet et les actions que nous allons engager, ce troisième propose une brève analyse de la période électorale que nous vivons. Tout en sachant que l’essentiel ne se joue pas forcément là.

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». On use et abuse sans doute de cette citation du théoricien communiste italien Antonio Gramsci. Mais il faut reconnaître qu’elle est particulièrement adaptée à la période que nous vivons, et notamment à cette dernière séquence électorale. Illustration à travers quelques exemples concrets.

Le vieux monde se meurt

Trois faits en attestent clairement.

1/ Aucun des candidats des deux partis qui se sont succédé au pouvoir sans interruption depuis près de 50 ans n’a été qualifié pour le second tour de la présidentielle. Ce sont pourtant ces deux partis qui nous ont répété à l’envi depuis des décennies que le seul monde possible était celui du capitalisme néo-libéral.

2/ Les autres candidat-e-s se sont tou-te-s positionné-e-s comme « hors système », voire « anti-système ». Que cela soit une imposture ou non, peu importe : en y ajoutant les abstentions et les votes blancs ou nuls, ce sont ainsi quatre Français sur cinq qui se sont prononcés en faveur d’une offre politique présentée comme « anti-système ».

3/ L’obscénité de la candidature Fillon (à un programme économico-social thatchérien et à des valeurs sociétales catho-intégristes sont venues s’ajouter les différentes « affaires ») n’ont pas empêché la droite de se rassembler derrière son candidat et le Medef de souhaiter ouvertement son accession à l’Elysée. La droite a ainsi semblé offrir une caricature d’elle-même, avec l’arrogance et l’autisme qui caractérisent souvent les dominants. Cela ne peut-il pas s’interpréter comme le « chant du cygne » d’un système à bout de souffle ?

Le nouveau monde tarde à apparaître

Le nouveau monde a pénétré la sphère politique, et c’est là un fait inédit par rapport aux campagnes précédentes. Des thèmes jusque-là réservés aux cercles altermondialistes ont fait leur irruption dans les débats, tel le revenu universel (qui remet en cause la centralité du travail dans nos sociétés). Et de nombreuses associations se sont félicité de voir leurs propositions reprises par certains candidats : c’est ainsi que les ONG de solidarité internationale ou Amnesty International ont accordé de bonnes notes à Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Ces deux mêmes candidats, en mettant en avant la nécessité d’une Sixième république, ont placé au premier rang des priorités le renouveau démocratique (avec des pratiques comme le tirage au sort). Un peu comme si « Nuit debout » s’était invitée dans la campagne officielle…

Mais cette embellie aura été de courte durée. Dès les législatives, le Parti socialiste a enlevé de son programme ce revenu universel qui avait focalisé l’attention lors des primaires de la gauche. Les déchirements à la gauche de la gauche ont montré que la nouvelle culture démocratique avait bien du mal à se frayer un chemin en interne. Et alors que la Sixième république avait trouvé un certain écho, c’est un partisan inconditionnel des institutions de la Cinquième qui arrive à l’Elysée. De la France insoumise à la République en marche, la désignation des candidats aux législatives semble montrer le retour en force des mêmes pratiques verticales, descendantes, jacobines, passant outre les militants locaux et les corps intermédiaires.

Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres 

Dans notre cas, le monstre a eu un nom, et un visage. Celui du populisme et de la haine des migrants, incarné par Marine Le Pen. La bonne nouvelle, c’est que le monstre a perdu. Et assez nettement. Et après un débat qui a eu le mérite de re-révéler sa nature monstrueuse et de voir, du coup, des foules d’électeurs potentiels (de l’ordre de deux millions !) se détourner de lui.

Certes le risque existe, et la phrase d’Antonio Gramsci a le mérite de nous expliquer pourquoi. Mais le pire n’est pas toujours certain. Et la vitalité démocratique de la société française semble encore suffisante pour nous en rassurer. Et si l’on cessait de faire de la peur d’une victoire frontiste l‘alpha et l’oméga de la politique en France ? Cela pourrait aussi nous faire du bien, non ?

Nous avons cinq ans devant nous. Avec une grande incertitude sur ce qui va se jouer sur la scène politique officielle. Mais avec bien des  marges de manœuvre pour tisser et retisser des liens qui donneront encore plus de vigueur au parti de la fraternité. A nous de jouer…

 

 

 

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