Nous sommes dans la merde? Alors soyons le joyeusement et ensemble

Nous commençons à publier les textes qui racontent notre projet. Aujourd’hui, le premier, écrit voilà quelques semaines, explique les raisons qui nous ont conduits à créer cette édition participative. Demain, nous en publierons un deuxième, plus concret, sur les actions que nous allons engager. Après-demain, le troisième reviendra sur l’analyse de la séquence politique que nous venons de vivre.

Nous avons trop de raisons de pleurer pour consentir à la tristesse. De par le monde, les puissants font la danse du scalp autour de nous. Ce n’est pas nouveau, c’est juste de pire en pire… Certains diront tout fout le camp, tout est foutu, buvons le calice jusqu’à la lie : ceux qui nous oppriment seraient trop forts pour que nous ayons la moindre chance de pouvoir changer le cours des choses ?

Alors que faire ?

- On se couche, si possible bien au chaud, en attendant mieux ou pire ?

- On tente tout de même de se gratter l’occiput histoire de se souvenir que notre matière grise est encore là, mais ce n’est pas gagné ?

- On peut aussi se détendre, rire, se souvenir que nous sommes vivants, qu’il existe d’autres vivants que l’on connaît peu ou pas. Et donc que la seule question qui vaut ici et maintenant est celle-ci :

Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ?

Faire pour soi comme pour les autres,

modestement,

concrètement,

tout de suite comme demain… 

Faire ensemble

pour rester vivants, debout, rire beaucoup, sans jamais s’empêcher de pleurer…

Bien sûr, c’est difficile d’avancer !

mais si nous sommes dans la merde, c’est sûrement autant de notre fait que de celui des autres…

Pourquoi les responsables politiques, par exemple, seraient-ils différents des autres humains ?

C’est à nous de ne pas les laisser faire quand nous ne sommes pas d’accord. C’est très difficile d’imaginer que 1+ 1+ 1+1 +1+1 cela peut faire 10 000, 100 000, un million de personnes capables d’imposer un point de vue ou de négocier au mieux.

C’est très difficile d’imaginer que nous avons un pouvoir, que le pouvoir c’est autant nous qu’eux (nommés par nous)

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles », diagnostiquait déjà Sénèque.

Oser, cela ne veut pas dire imposer quoi que ce soit mais plutôt prendre le risque de proposer…

Oser, cela ne veut pas dire qu’il faut se transformer du jour au lendemain en missionnaire.

Oser, c’est être capable de s’écouter, d’écouter les autres pour faire ce que nous voulons et rien d’autre.

Oser, cela veut dire que je prends, que tu prends, que nous prenons le risque d’avancer ensemble en n’ayant pas peur de nous tromper, car pour avancer il faut aussi pouvoir se tromper.

Cela veut dire qu’ensemble et modestement, nous sommes d’accord pour mener des expériences.

D’accord pour agir

Si nous voulons que la planète soit moins égoïste, plus inventive, c’est ici qu’il faut commencer à notre rythme, solidaires sans jamais avoir l’impression de se laisser embrigader. Ce n’est jamais la peine de faire semblant, jamais la peine d’éviter les conflits. Ils sont le prix à payer pour vivre un peu d’harmonie.

Pas de panique !

La joie est moins loin de nous que tu ne le penses. Pour préparer en douceur notre atterrissage et en débattre, nous proposons d’actionner cinq leviers distincts et complémentaires : se réunir, comprendre, résister, aider, raconter… 

Nous avons avant tout besoin de nous ré-unir

A force de vouloir être différents, nous avons accepté de vivre éloignés les uns des autres. Face à ce qui nous contraint, nous opprime, nous nous sommes affaiblis, ignorant d’autres façons de vivre que la nôtre, d’autres difficultés que les nôtres. En acceptant d’être séparés, nous avons perdu en connaissance humaine. Ce qui nous est commun n’est en rien banal, nous devons réapprendre à nous enrichir les uns au contact des autres, à recréer du lien, à relativiser ce qui nous divise, à faire face à nos difficultés, à aménager un rapport de force plus favorable…

Agir ensemble, avoir des chantiers communs est plus important que nos divergences d’opinion. C’est sur le terrain que nous donnerons des racines à notre imagination.

Aucune société n’existe dans le repli de chaque groupe, de chaque communauté, sur son identité. L’existence de l’autre, des autres, nous offre la possibilité de nous confronter et de nous dépasser au profit de ce nous estimons être notre « tronc commun », ou tout simplement notre humanité !

Comprendre le monde dans lequel nous vivons

Cela veut dire déjà sortir de sa tribu d’origine, s’intéresser aux autres, s’ouvrir à leurs expériences…

Cela veut dire aussi connaître notre histoire, avoir conscience de nos racines, comme de celles des autres peuples.

Comprendre le monde qui vient, c’est débattre, s’intéresser à d’autres cultures, avoir l’audace d’imaginer, de résister à ce qui contraire à nos valeurs. C’est légitimer l’existence des autres et la sienne.

Il n’y a pas cependant de sens unique de la marche. On peut à certains moments se jeter au cœur de l’action sans savoir exactement pourquoi, on s’apercevra alors que marcher fait penser. A d’autres moments on peut faire l’inverse. Aujourd’hui, comprendre le monde, c’est déjà être capable d’accueillir tous ceux qui acceptent de s’ouvrir aux autres.

Résister au rouleau compresseur qui nous étreint

Depuis des années, une foule anonyme et sentimentale invente dans tous les domaines, de la vie personnelle aux relations internationales et à la préservation de la planète, des solutions démocratiques, solidaires et crédibles.

Seulement voilà : aujourd’hui, le rouleau compresseur de la logique marchande s’attaque, par l’arme de l’étranglement financier, à toutes ces initiatives qui font que la société n’est pas aussi disloquée qu’elle le serait si les forces du marché régnaient seules et sans partage.

Face à ces menaces, la tentation du « chacun pour soi » est réelle : chaque structure ou initiative menacée espère d’abord sauver sa peau. Mais c’est ainsi l’ensemble du tissu solidaire qui se délite puisqu’il n’obéit plus, en son sein, aux logiques de solidarité qu’il prône pourtant. Il nous faut donc inventer de nouvelles formes de résistance, collectives et solidaires. Comme nous n’avons pas les moyens de le faire partout où ces initiatives sont attaquées, nous proposons de mener une première action, expérimentale et symbolique, en se donnant toutes les chances pour que celle-ci soit victorieuse. Ce qui pourrait ainsi contribuer à un effet « boule de neige »…

Aider celles et ceux qui sont brisé-e-s

Dans les années 1970, on opposait volontiers ceux qui se portaient au secours des plus démunis à ceux qui préféraient faire la révolution. Aujourd’hui, les déchirures du tissu social sont telles qu’il est devenu impossible de parler politique avec tous ceux qui vivent une forme d’exclusion violente ou qui craignent de la vivre.

La loi française punit quiconque ne porte pas assistance à une personne en danger. Ce seul point de vue légal est restrictif, il reste qu’en ne prêtant pas assistance, nous réduisons notre humanité à peu de choses.

Il y aura d’autant moins de chances d’avoir un jour des matins qui chantent que nous accepterons l’exclusion des plus démunis. Chacun, selon ses moyens, le temps dont il dispose et ses affinités, peut en toute modestie faire en sorte que le monde devienne plus vivable. Ce n’est pas parce que l’action d’un individu a des limites qu’il faut ne rien faire.

L’important est que la collectivité apprenne à valoriser la bienveillance plutôt que le rejet. La descente aux enfers de pans croissants de la population doit trouver une opposition forte et  engagée à travers des actes de solidarité ponctuels, mais concrets et précis.

Raconter le monde qui s’invente

C’est-à-dire faire circuler et s’entrecroiser les prises de parole. Veiller à ce qu’elles viennent de lieux multiples, d’expériences et de disciplines différentes, sans que les scribes, intellectuels, managers ou experts, y jouent un rôle plus important que les poètes, plombiers, chanteurs et apprentis de toute sorte. … Elaborer petit à petit un récit commun, c’est être un jour capable de démontrer que le récit qui nous soumet résulte d’un rapport de force qu’il nous appartient de faire évoluer à notre avantage. Avoir des mots en affinité avec nous, c’est sortir de la fatalité, retrouver le goût des choses, recréer du possible, de la joie, de la complicité…

Ce texte est moins une profession de foi qu’un appel au dialogue, à l’échange. A partir d’une base d’engagement commune, nous devons nécessairement confronter nos points de vue et propositions d’action pour avancer ensemble, concrétiser ce que nous avons imaginé et tirer parti des expériences menées. Ce blog rendra compte de notre avancement. D’ici un mois environ, nous espérons pouvoir établir un premier calendrier d’actions et de réunions.

Pour  échanger, vous pouvez nous adresser un courriel :

merlant.philippe@gmail.com

francoisbernheim32@gmail.com

ou nous écrire  directement sur le blog.

Philippe Merlant est journaliste, critique des médias et initiateur de plusieurs initiatives citoyennes et associatives.

François Bernheim est journaliste blogueur.

Nous avons pour ambition de contribuer à notre modeste échelle au réveil citoyen par des actes, des échanges et coopérations avec tou-te-s celles et ceux qui ne se résignent ni à l’abandon des classes populaires ni à la déshérence de la pensée de gauche.

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