Billet de blog 14 mai 2008

Permutations circulaires

Dans l'audiovisuel, on appelle cela la «chronologie des médias» . Soit l'obligation de respecter un certain ordre et certains délais pour diffuser un film sur un support ou un média donné. Si l'on reprend l'idée de l'instant décisif développée plus tôt, on doit pouvoir trouver quelque chose d'équivalent pour la publication des articles en ligne.

Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

Dans l'audiovisuel, on appelle cela la «chronologie des médias» . Soit l'obligation de respecter un certain ordre et certains délais pour diffuser un film sur un support ou un média donné. Si l'on reprend l'idée de l'instant décisif développée plus tôt, on doit pouvoir trouver quelque chose d'équivalent pour la publication des articles en ligne.

Six mois après la sortie en salle, le producteur peut diffuser l'œuvre en vidéo, puis sept semaine plus tard en vidéo à a demande, six semaines encore avant le pay-per-view.

Parenthèse amusante: vous avez remarqué que de gros films qui sortent vers la mi-mai, bien trop tôt pour devenir des blockbusters de l'été? Vous pensez que c'est pour le festival de Cannes? Prenez la date de sortie. Ajoutez six mois: on arrive fin novembre. Mettez encore sept semaines: on tombe après les fêtes. Autrement dit, ces films seront disponibles en vidéo pour Noël mais pas encore sous les formes suivante d'exploitation...

Reprenons: Au bout d'un an, Canal+ (et consort) peut programmer le long métrage. Au bout de deux, la chaîne gratuite qui a coproduit. Et au bout de trois, pour les autres. Le tout vise à «maximiser» le profit pour l'ensemble des acteurs de la diffusion des œuvres cinématographique en relançant l'intérêt par une nouvelle sortie (en fait, sur un nouveau support) au public de plus en plus large mais pour un coût facturé à chacun de moins en moins élevé.
Il ne s'agit pas de poser des règles, mais d'établir une régularité dans la chronologie qui permette au lecteur, de manière intuitive, de se créer des habitudes de navigation dans le site selon ses propres besoins.
Grosso modo, le journal propose des articles d'information basique (articles, notes de veille), des scoops, des enquêtes et des analyses (j'oublie notre conférence, les liens de la revue de web, les brèves du Républico et de l'Economico, les diaporamas et dessins qui compliquent un peu le jeu).

On peut les faire figurer en une (en manchette ou non), dans les rubriques (en titre principal ou non) et dans la newsletter (quotidienne, hebdomadaire ou sous forme d'alerte). Je ne mentionne pas le journal en PDF qui est une déclinaison automatique de la une, ni l'exercice d'archéologie dans les archives du site, qui trouve un équivalent dans le club, et permet de revisiter la richesse du site avec des articles peu vus ou oubliés.

Voilà de quoi faire tourner le modèle.
L'objectif maintenant: permettre à un maximum d'abonnés de lire et de commenter les articles, de n'en manquer aucun même s'ils ne passent que quelque fois par semaine, sans donner l'impression d'immobilité en laissant trop longtemps les pages figées. Accessoirement, on peut chercher à réinvestir des lieux moins fréquentés du site, comme les rubriques (on peut «récompenser» les lecteurs qui commencent par les rubriques en y prépubliant certains articles avant de les donner en «une»).
Une proposition de «régularité», enfin. Dites-moi si vous en trouvez une autre, plus pertinente:

— l'article / la note de veille: elle traite l'information du jour dans une rubrique. Elle a vocation à figurer dans la rubrique, mais elle est périssable. Elle n'apporte pas grand chose à la une qui dispose déjà de «notre conférence».

— l'analyse: elle n'est pas si éloignée de l'article de base; elle prend appui sur l'actualité incontournable, en examine les présupposés et les conséquences. C'est, en somme, une note de veille avec un point de vue. En rubrique d'abord, pour commencer la conversation (les commentaires) avec des lecteurs un peu spécialisés, puis «une», pour lui apporter de l'audience, et en newsletter quotidienne, une fois qu'elle a disparu de la «une».

— le scoop: il est périssable. Sitôt vu, sitôt repris. Il sert avant tout de pince-oreille à l'extérieur de la communauté: «Mediapart révèle telle information». Il faut donc le faire figurer très en «une» et probablement dans la rubrique correspondante puis dans la newsletter «alerte».

— l'enquête: des articles d'une longueur incroyable (en contradiction complète avec toutes les préconisations des connaisseurs du Web ;-), reprenant l'affaire aux origines des temps et les prolongeant dans les profondeurs infinies d'Internet. Comme l'analyse, on peut la faire naître en rubrique (la récompense dont je parlais plus haut), avant de l'accrocher durablement à la «une» et de lui donner une postérité avec une mention dans la newsletter hebdomadaire.

Reste maintenant à déterminer des «ambiances» pour les différents moments de la journée. Voici ce que nous avions imaginé au lancement du site:

— A 9 heures, beaucoup d'actualité, internationale notamment (pour tenir compte du décalage horaire). Une façon pour le lecteur ensommeillé de se «recaler» avec le monde et son actualité. Des notes de veille, donc, des articles.

— A 13 heures, nos grosses enquêtes, nos scoops: on a vu que c'était la meilleure heure, c'est aussi celle qui, plus prosaïquement permet de vérifier que la presse du matin comme celle du soir (qui ont beaucoup plus d'influence que nous, pauvre pure players) ne disposent pas déjà de l'information.

— A 19 heures, plus de culture et de réflexion, des analyses que l'on a eu le temps de tourner sept fois dans sa bouche...

La vie quotidienne s'est chargé de nous rendre plus pragmatique dans ces choix, bien sûr.

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