Aragon/Communisme

Ce poème d'Aragon, extrait du Fou d'Elsa composé dans la période de la Guerre d'Algérie et s'inspirant de la poésie islamique grâce aux cours particuliers de Louis Massignon (le Fou d'Elsa faisant référence au Medjnoun de Leyla), vient nous rappeler que sorti des provocations de l'immédiat post-surréalisme (on pense à Front rouge), le poète du Parti communiste fut l'auteur de fort beaux poèmes politiques mettant en scène, si l'on peut dire, ce messianisme matérialiste qu'on appelle aussi communisme.

Voilà bien longtemps, à vrai dire, que cet hommage à Aragon me titille. Sans l'avoir connu, hélas, j'ai un rapport intime à lui. Bien sûr, on peut dire que c'est ainsi que les grands écrivains entrent dans nos vies. Cela est vrai. Mais avec Aragon, c'est bien plus que cela.

Il est le poète qui m'a permis, très jeune, de faire enrager mes parents maoïstes qui, comme moult soixante-huitards, abhorraient la "crapule stalinienne" sans tomber du côté droit, comme disaient les Révolutionnaires français. 

Ce lien définitif à Aragon fut pour moi scellé en 1982-83. À la question de mon institutrice de CE2 demandant quel poète était mort récemment, j'avais répondu Aragon et elle, giscardienne (je l'ai su ensuite), me tança d'un oeil sévère en me disant : "Non, Paul Géraldy".

Aragon sentait bel et bien le souffre. Son surréalisme, pour reprendre partiellement Soupault, était "pour la vie" chez lui.

Je suis bien sûr vraiment entré dans son oeuvre plus tard mais le fil d'entrée est resté le même. Aragon, au-delà du mythe d'Elsa qui donna lieu à de magnifiques poèmes, est un grand poète du communisme et de ce que cela a représenté au XXème siècle comme foi d'ici-bas pour ici-bas. Épilogue, aussi chanté par Ferrat, dit encore cela. La ronde fragile de l'humanité sans classe. Sans cesse à relancer - et non dépourvue de dangereux écueils. 

Tout cela résonne aujourd'hui à la mesure de ce qui nous manque et qui laisse pulluler la haine des tenants des races internes à l'humanité. 

Aragon, lui, malgré ses excès de stalinien zélé, rêvait dans le superbe poème La Nuit de Moscou "d'un bonheur aussi grand que la mer / Et de l'aube au couchant couleur de la chimère".

Le lire ou l'entendre, en ce mois de février 2014 qui correspond aussi au 70ème anniversaire de la mort des héros internationalistes prolétariens de l'Affiche rouge, c'est se rappeler à quel point un idéal de cette envergure nous manque et qu'il est urgent de le retrouver, renouvelé. 

 

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