Fraternité avec les réfugiés !

Nous sommes évidemment avec celles et ceux qui militent pour l'accueil des réfugiés contre les égoïstes qui, de Macron à Le Pen, n'ont aucun scrupule à les les laisser périr en mer. Néanmoins, "accueil" ne va pas. Nous n'accueillons pas les réfugiés, pas plus que nous leur faisons l'aumône. Nous faisons respecter le droit à l'existence de la Révolution française. Ces gens sont nos frères.

"J'accueille l'étranger" proclame un badge certes généreux en ces temps de repli rance d'une Europe qui, déjà, fut à l'origine des pires abominations historiques que sont le colonialisme, l'esclavage puis l'extermination des juifs. Ce dernier désastre, du reste, n'en déplaise à Netanyahu et ses relais, ici en France, du Printemps républicain et de la gauche républicaine, laïque et démocratique, est une forme radicalisée des deux autres monstruosités de la liste. La réalité barbare du colonialisme et l'esclavage ont été appliqués sur le sol européen par les nazis. La nouveauté, donc, c'est la localisation du crime et ses victimes : des blancs, slaves et notamment polonais, pour l'esclavage et des juifs, alors indigènes de l'Europe, pour l'extermination. Les nazis n'ont pas inventé grand chose. Ils ont, si l'on peut dire, juste désigné, en Europe, des cibles comme le colonialisme français le faisait ailleurs dans le monde et ils ont rigardisé les méthodes artisanales d'un Bugeaud... On peut lire Chapoutot avec profit à ce sujet, notamment La Loi du sang, chez Gallimard.
Auschwitz, donc, c'est l'Occident, c'est l'Europe. Ces deux entités dont le consensus médiatico-parlementaire nous dit tant de bien. Démocratie, respect de la femme, universel... J'en passe et des meilleurs (ou des pires).
C'est sur ce continent que le vieux racisme de gens qui se croient blancs depuis la nuit des temps ressurgit et le badge "J'accueille l'étranger"  est donc bienvenu en ce qu'il est une tentative de déchirer un consensus sinistre anti-réfugiés. Néanmoins, pour nous, le mot "accueil" ne va pas. Nous n'accueillons pas les réfugiés. Peut-être même, s'il y a un seul monde comme le disent Badiou et au moins deux monothéismes sur trois, n'y a-t-il pas d'étrangers. Accueil suppose une inégalité entre "autochtones" et "étrangers" et partant valide l'idée de gens de souche par rapport à d'autres, qui arrivent. Fraternité gomme cela. Peut-être même est-ce pour cela que la devise d'une République introuvable proclamait "Liberté, Egalité, Fraternité", le troisième terme étant la conséquence des deux précédents.
Il n'est pas sûr qu'à l'idée de fraternité proclamée, l'égoïsme anti-réfugiés ait grand chose à répondre. Cela, hélas, ne suffira pas à faire terre les diviseurs de l'humanité mais ce serait un coin enfoncé et ça défarderait la ligne sinistre de rouges-bruns en devenir genre Sahra Wagenknecht. 
Il y a un seul monde dans lequel nous sommes tous comptables de chacun, de chacune. C'est certes très paulinien mais si ça pouvait faire taire le courant vermoulu national-catholique, ce serait déjà un pas gagné.

Fraternité avec les réfugiés !

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